Comment ça s'est passé.
On a atterri à Tripoli un mardi matin vers 7 h 30 à l'aéroport international Mitiga, après un vol Tunisair chaotique avec deux heures de retard. L'odeur de kérosène mélangée à celle des échappements des taxis jaunes m'a frappé immédiatement en descendant de l'avion. Les formalités ont traîné, mais un gars du bureau d'immigration nous a aidés contre 20 dinars (6 euros) — galère typique, mais efficace. On s'est retrouvés à l'Hôtel Corinthia, avenue Mehran Ben Abdessalem, dans le centre-ville. Chambre 314, vue sur le port. Le petit-déj buffet était correct : café noir serré, pains plats encore tièdes, fromage blanc, miel. À 8 euros la nuit avec une salle de bain agréable, c'était raisonnable pour Tripoli. Le premier jour, on a traîné dans la Médina. On s'est perdu — c'est obligatoire, paraît-il. Les petites ruelles sentaient le poisson séché et la coriandre. Au souk Al-Attarine, on a acheté des bracelets en argent (négociation chaude : 45 dinars au lieu des 80 proposés). Les vendeurs vous crient dessus sans malveillance. On a déjeuné chez Abu Al-Sid, restaurant sans prétention rue Jerba, assiette de shakla adess (pois chiches à la sauce piquante) à 4 dinars. Un moment marquant : une vieille dame nous a invités à entrer chez elle pour du thé à la menthe pendant que son petit-fils jouait sur un téléphone cassé. Aucun mot ne passait, juste du sourire et du geste. Les deux jours suivants, on a loué une voiture avec un conducteur recommandé par l'hôtel, Karim, 35 dinars par jour. On a roulé vers Leptis Magna, à 120 km à l'est. La route longeait la côte : méditerranée gris-bleu, odeur de sel. Les ruines romaines de Leptis m'ont saisi — c'est vrai qu'on voit les colonnades du IIe siècle presque intactes, le port antique avec ses quais rongés. On y a passé 4 heures. Pas de café sur le site, on avait apporté de l'eau. Karim nous a montré des coins moins touristiques. Tarif d'entrée : 5 dinars pour les étrangers. On a tenté un restaurant plus chic le mercredi soir : Al-Baraka, rue Sadat. Poisson grillé (seabass local), frites molles, une tomate. Compté 25 dinars pour deux avec une bière (10 dinars la Casablanca). L'électricité a coupé 20 minutes pendant le repas. Le serveur a apporté des bougies sans faire de drame. C'est là que j'ai compris comment marche Tripoli : tu dois accepter que rien ne fonctionne comme prévu et trouver ça normal. Le mercredi soir, on a visité la mosquée Karamanli. Pas de chaussures à l'intérieur, bien sûr. L'acoustique de la cour était cristalline. Un groupe d'enfants jouaient au football avec un ballon dégonflé sous les arcades. Samedi, on s'est risqués à prendre le minibus public jusqu'à Sabratha, 70 km à l'ouest. Pas de ticket d'avance, on monte, on paie 2 dinars en route. Trajet 1 h 45 avec arrêts. La température était montée à 31 °C. À Sabratha, le théâtre romain est un spectacle : trois étages de murs dorés face à la mer. On a mangé des sandwichs au thon chez un petit vendeur de rue (2 dinars chacun) en regardant l'eau. On avait prévu une sortie snorkeling le dimanche, mais la mer était trop agitée. Le centre de plongée Tripoli Dive Center rue Al-Rashid nous a remboursés sans tracas (180 dinars pour deux). À la place, on a traîné à la plage de Ras Hassan — eau froide, pas de baignade d'ailleurs, mais l'endroit était tranquille. Les provisions coûtaient peu cher : un déjeuner à l'épicerie du coin (pain, fromage, tomate, olives) : 5 dinars. Les bus publics : 1-2 dinars. Une bière à l'hôtel : 8 dinars. Les tensions politiques se sentaient à peine au quotidien, mais on a remarqué des barrages informels et des contrôles de papiers. La sécurité était acceptable en restant dans les zones touristiques. Rien de dangereux vécu directement.
Les bons plans repérés sur place.
Leptis Magna : ses colonnades du IIe siècle et son port antique quasi intact — mener 3-4 heures avec Karim comme conducteur
Médina de Tripoli, souk Al-Attarine : marchands de bracelets et épices, perdez-vous volontairement entre les étals
Restaurant Abu Al-Sid rue Jerba : shakla adess à 4 dinars, pas de luxe mais authentique
Théâtre romain de Sabratha (minibus public 2 dinars) : trois étages de pierre dorée face à la Méditerranée
Mosquée Karamanli : entrez avant l'asr pour voir la cour en lumière naturelle, escaliers en marbre usés par les siècles
Photos — Tripoli
Et au final.
Tripoli et sa région restent fascinantes pour ceux qui aiment les ruines et l'imprévisibilité urbaine. C'est exigeant : infrastructure limitée, instabilité politique, services intermittents. Mais les gens sont généreux et les sites romains valent le détour. Je n'y retournerais pas demain, la fatigue logistique était réelle.
