Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport de Tripoli-Mitiga un mardi matin vers 6 h 30, après un vol Tunisair depuis Tunis. Les formalités ont pris deux heures — un flou administratif typique, des formulaires sans instructions claires, des agents qui parlaient peu l'anglais. J'ai transpiré dans le hall climatisé à peine fonctionnel. C'était mon premier indice : la Libye ne serait pas un voyage lisse. Nous avons loué une voiture via un intermédiaire rencontré à l'hôtel Al Safira (rue Farhat Hached, quartier Bab Azizia). La chambre, 85 euros la nuit, donnait sur une cour bruyante où des ouvriers commençaient à 6 h. Le wifi ne fonctionnait qu'au rez-de-chaussée. L'accueil était chaleureux mais désorganisé : le propriétaire nous a donné trois clés différentes, aucune ne marchait bien. Notre première sortie : la médina de Tripoli. Nous nous sommes perdus volontairement dans le souk, humant l'odeur de cumin, de menthe moulue et de coriandre des marchands d'épices près du Château Rouge. Un vendeur nous a arrêtés pour nous vendre des dattes medjool à 3 dinars le kilo — nous en avons acheté un demi, mâchouillé en marchant. La saveur était sucrée, presque beurreuse, bien meilleure que ce qu'on trouve en France. Un moment marquant : nous nous sommes assis sur les marches du hammam Sidi Al-Din vers 11 h, regardant des femmes en hijab bleu électrique passer avec leurs seaux. Un homme nous a demandé où nous venions, puis nous a invités à boire le thé à la menthe dans sa petite épicerie. Il n'y avait pas de prix affiché. Nous avons donné 2 dinars. Il a refusé. Le deuxième jour, visite du Château Rouge (Assaraya Al-Hamra). L'entrée coûtait 15 dinars. Les escaliers étaient menaçants, certains éboulés, les murs gris et humides sentaient le moisi. Une galère concrète : le gardien a fermé la salle 4 sans prévenir, affirmant qu'elle était « en restauration ». Aucune indication, juste une décision. Nous avons quand même exploré les terrasses, d'où on voyait la baie de Tripoli grise, envahie de bateaux sans vie. Le contraste entre la mélancolie du paysage urbain et la beauté architecturale des murs ottomans était poignant. Nous avons pris un taxi blanc (sans compteur, négociation avant de monter) pour aller au musée de Leptis Magna, situé à 130 km à l'est. 45 dinars pour la journée, chauffeur qui parlait trois mots d'anglais mais qui connaissait les routes. Le trajet a pris trois heures — embouteillages à la sortie de Tripoli, puis routes cassées, puis paysages de champs arides. Nous avons mangé dans un petit restaurant routier à Khoms : du harira (soupe rouge à la tomate, lentilles, pâtes), du pain flatbread, un Coca. 8 dinars par personne. La soupe était épicée, généreuse, servie dans des bols en faïence écaillée. Leptis Magna nous a frappés. Ces ruines romaines, classées au patrimoine mondial, s'étalaient sous le soleil brûlant. L'amphithéâtre, l'arc de Septime Sévère avec ses détails en relief parfaitement conservés, le marché byzantine... nous avons marché quatre heures sous 34 °C, les pieds brûlants, la gorge sèche. L'ticket était gratuit (ou presque — nous avons donné 5 dinars au guide improvisé qui nous a montré les thermes). Moment surréaliste : le site était presque vide. Trois autres touristes allemands. La grandeur de Rome abandonnée dans le désert libyen. De retour à Tripoli, nous avons dîné au restaurant Al-Madina (avenue Ben Ashur), réputé pour ses grillades. Un plateau mixte (agneau, poulet, merguez) : 35 dinars pour deux. Savoureux, bien assaisonné. La sauce tomate-piment était addictive. Nous avons bu du thé à la menthe fraîche après, sucré à l'excès comme c'est la coutume. Les trois derniers jours, nous avons exploré les quartiers résidentiels moins touristiques : Hai Alandalus, où nous avons visité le musée de la Jamahiriya (entrée 10 dinars, collections chaotiques mais fascinantes de mosaïques antiques). Nous avons aussi roulé jusqu'à la plage d'Al-Khoms — sable noir volcanique, eau tiède, quelques habitants qui venaient y passer l'après-midi. Pas de bars, pas de commerces. Juste l'eau et le bruit des vagues. La sécurité a été un sujet constant. Les gens nous mettaient en garde : ne pas sortir seul le soir, éviter certains quartiers. Nous avons suivi les conseils, peut-être par excès de prudence. Cela a limité notre liberté de mouvement. Nuance importante : nous avons senti une tension latente dans la ville, sans incident direct.
Les bons plans repérés sur place.
Leptis Magna à Khoms — les ruines romaines avec l'arc de Septime Sévère intact, gratuit ou presque, accessible en taxi depuis Tripoli
Souk de la médina de Tripoli — achat de dattes medjool fraîches et thé à la menthe offert par un épicier rue Sidi Maslamani
Château Rouge (Assaraya Al-Hamra) — 15 dinars, escaliers vertigineux, vue sur la baie depuis les terrasses hautes
Restaurant Al-Madina avenue Ben Ashur — plateau de grillades mixtes (agneau, poulet) à 35 dinars pour deux, sauce tomate-piment excellente
Plage d'Al-Khoms — sable noir volcanique, eau tiède, atmosphère tranquille sans commerces touristiques
Et au final.
La Libye m'a déçue sur l'organisation et les infrastructures touristiques (hôtels mal tenus, horaires aléatoires, routes en mauvais état), mais elle m'a surprise par la générosité des gens et l'intensité des ruines antiques. Ce voyage était un défi, pas une détente. Je ne reviendrais pas demain, mais je ne regrette pas d'y être allée.