Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Mitiga le 14 novembre, après un vol Tunisair retardé de 2h30. L'aéroport est petit, presque désuet, avec des vitres sales et une climatisation qui peine. En sortant du terminal, la chaleur nous a frappés d'un coup : 28°C en novembre, l'air chargé d'humidité méditerranéenne et d'essence. Le chauffeur de taxi, Ali, nous a extorqué 60 dinars (20 euros au lieu des 35 affichés) avant même de négocier. Première galère. Nous avons dormi à l'hôtel Al-Wahda, rue Zawiya Al-Hamra, chambre 304 avec vue sur le port de Tripoli. Les murs jaunes pissaient l'humidité, mais le propriétaire, un homme de 70 ans nommé Mustafa, nous a offert du café noir épais et sucré en fine tasse chaque matin à 6h. Cet instant— assis sur le balcon avant le chaos urbain— est devenu un rituel apaisant. Tripoli : la médina et ses odeurs contrastéesLa médina de Tripoli sent à la fois le jasmin et l'urine. Les ruelles sont étroites, pavées de calcaire blanc usé. Nous avons mangé au restaurant Al-Khaleej, petite gargote sans enseigne, sur la place Al-Rashid. Le propriétaire nous a servi un tajine de poulpe à 18 dinars (6 euros), avec du pain flatbread encore chaud. La viande était tendre, le bouillon parfumé à la cannelle et au gingembre. À côté, des vendeurs criaient le prix de leurs oranges : 4 dinars le kilo. Le marché aux poissons, près du port, ferme à 14h. J'y suis allé seul à 13h45, tard. Les odeurs de poisson pourri, de sel et d'algues m'ont envahi les narines avant même de voir les étals. Un vieux poissonnier, Nasser, m'a montré des mulets frais, les yeux encore brillants. Il ne parlait que l'arabe. Nous nous sommes compris par gestes et chiffres criés. Leptis Magna : 45 km à l'est, une sensation de solitudeLe 17 novembre, nous avons loué une voiture Peugeot 307 orange chez Avis Tripoli (rue Ali Elmabrouk). Le prix : 85 euros pour 3 jours. Nous avons roulé vers l'est, sur la route côtière qui longe la Méditerranée. À Khoms, première pause à la gare routière, nous avons bu un café au lait très sucré dans un café sans nom, le verre brûlant entre les doigts. Leptis Magna apparaît soudain. Le site archéologique est géré par un office local, ticket d'entrée 15 dinars. Les ruines romaines du IIe siècle s'étendent sur des kilomètres : colonnes effondrées, mosaïques érodées, théâtre aux gradins éventrés. Nous étions seuls presque toute l'après-midi. Le garde, un jeune nommé Rachid, nous a expliqué l'histoire en anglais fragmenté tandis que le vent chaud soulevait une poussière ocre. La sensation : isolement total, immersion dans une grandeur morte. La panne est venue au retour. À 16h30, le moteur a calé à 15 km de Khoms. Pas de réseau. Nous avons attendu 1h sur le bas-côté, la température extérieure tournant autour de 32°C. Un camion de transport de moutons s'est arrêté. Le conducteur, Ahmed, nous a remontés gratuitement jusqu'à la station-service. À Khoms, le mécanicien a diagnostiqué un problème de carburant, résolu en 40 minutes, coût : 35 dinars. Nous avons perdu notre soirée. Retour à Tripoli : marché At-Talaah et derniers joursLe marché At-Talaah, le vendredi matin, regorge de textiles, de chaussures chinoises et de souvenirs. Nous y avons acheté des bracelets en argent à 22 dinars (7 euros la paire). Le vendeur, un homme jovial, nous a invités à boire du thé à la menthe. Nous avons refusé par fatigue, chose que nous regrettons. Le 22 novembre, départ à 14h35 sur vol Tunisair. Mitiga était embouteillée. L'attente aux contrôles a duré 1h. Nous avons raté le duty-free, resté assis à boire un horrible café tiède au bar de l'aéroport.
Les bons plans repérés sur place.
Leptis Magna au coucher du soleil : ruines du théâtre romain avec gradins intacts, ticket 15 dinars, visite de 3h sans touristes
Al-Khaleej restaurant (place Al-Rashid) : tajine de poulpe à 18 dinars, pain chaud, vrai goût d'épices
Hôtel Al-Wahda, balcon 304 : café noir à 6h du matin avec Mustafa, vue sur le port agité de Tripoli
Marché At-Talaah le vendredi : bracelets en argé massif à 22 dinars la paire, atmosphère dense et authentique
Route côtière vers Khoms : 45 km de solitude méditerranéenne, arrêt à la gare routière pour café très sucré
Photos — Tripoli
Et au final.
La Libye nous a secoués. Pas de tourisme organisé, des transports imprévisibles, une insécurité palpable dans les regards. Mais les ruines de Leptis Magna et la sincérité des habitants, particulièrement Mustafa et Rachid, restent vivantes. À refaire ? Peut-être, mais mieux préparés, et en acceptant que tout s'oppose à notre confort occidental.
