Comment ça s'est passé.
On a atterri à Bamako le 2 septembre en fin d'après-midi. L'aéroport Aéroport Modibo Keïta ressemble à un hangar climatisé où on transite en 30 minutes. Premier coup dur : le vol Bamako-Tombouctou avec Air Mali, censé décoller à 7 h du matin, n'a quitté la piste qu'à 11 h 45. On s'est assis dans le terminal en béton gris, à écouter les annonces en bambara, avec une chaleur qui montait déjà à 38 °C. Pas d'explication. Un mec assis à côté de moi a juste haussé les épaules : « C'est normal, ici. » Tombouctou nous a frappés dès l'approche en avion. Des toits en tôle rouille qui s'étendent entre le fleuve Niger et le désert. L'Hôtel Azalai, rue de l'Indépendance, nous a accueillis vers 14 h. Chambre correcte à 85 euros la nuit, clim qui faisait un bruit de moteur diesel, et une terrasse donnant sur la ville. C'est là qu'on a compris qu'on n'était pas dans une destination postcards. La plupart des façades sont fissurées. Les murs des maisons se délitent. On a mangé au restaurant Le Dromadaire, spécialisé en riz au poisson et brochettes de chèvre. Plat principal à 6 euros, servi à 19 h après une heure d'attente. L'odeur de cumin et de piment fumait, épaisse, collante. Le poisson était sec mais le riz basmati savait bon. J'ai goûté le mélange sucré-salé du poulet à l'arachide : une texture pâteuse qui remplit bien le ventre. On a bu de la limonade en poudre diluée (aucune eau en bouteille disponible ce jour-là). Le 3 septembre, nous nous sommes levés à 5 h 30 pour visiter la Mosquée Djinguereber. Elle domine la Medina depuis le XVe siècle, avec ses trois pyramides en adobe du même roux que la terre. À 6 h 15, le soleil frappait déjà les murs. Pas d'air. L'imam nous a laissé entrer, demandé 2 euros pour les photos, puis nous a montré les 333 colonnes de la salle de prière. Le bois de chaque pilier crie sous les pas. On a senti l'encens old school et la poussière accumulée sur 500 ans. C'est un moment où on s'est vraiment arrêtés. Pas d'agitation, juste la lumière qui changeait en passant par les ouvertures. Le marché de Tombouctou (Marché Djinguereber) est un chaos organisé. On s'y est perdu le 5 septembre entre 9 h et 11 h 30. Des vendeuses criaient les prix des oignons, des courges, des tissus indigo. On a acheté du riz local, des dates, des arachides grillées. Une femme nous a expliqué qu'elle venait de Gao, à 300 km, pour vendre ses récoltes. Elle a tendu la main pour demander un prix pour les tomates : 15 000 francs CFA (23 euros) le régime entier. On a négocié à 10 000. Le 7 septembre, on a pris la pirogue pour remonter le Niger jusqu'au village de Kabara. Départ à 8 h d'une plateforme près du Quai des Ramparts. Le guide, Ousmane, parlait français avec un accent du nord. Il faisait les blagues habituelles sur les touristes. La barque était en bois, des fissures apparentes, un moteur qui toussait. On s'est assis sur des sacs de riz vides. Après une heure, le moteur a rendu l'âme. Panne sèche. On a dérivé 30 minutes en silence, écoutant juste l'eau clapoter contre les flancs. Ousmane a farfouillé, rajouté du carburant pris dans une bouteille d'eau minérale vide. Le truc a redémarré. Les échanges ont été tendus ensuite. On s'est arrêtés à Kabara vers 13 h. Un petit port, une mosquée blanchie à la chaux, quelques pirogues tirées sur le sable. On a mangé du riz gluant avec du bouillon d'os (« c'est du luxe », a dit Ousmane) à 4 euros le plat. L'eau était trouble mais chaude. Le goût était salé, avec des grains de riz trop cuits qui collaient aux dents. Le 10 septembre, nous avons pris le bus pour Gao, un trajet de 7 heures avec la compagnie Sonef (8 euros par personne). Le bus brinquebalait sur une piste latérite, soulevant un nuage orangé. Trois arrêts pour faire le plein d'essence. La climatisation s'est arrêtée après 2 heures. Les passagers : des femmes avec des paniers de fruits, des jeunes avec des téléphones malgré les coupures de réseau. On a croisé des checkpoints militaires informels (3 en tout). Rien demandé, juste des regards. Gao était plus calme, moins touristique. On a logé chez l'habitant, une maison classique avec cour intérieure et puits. La proprio, Aïssatou, cuisinait le couscous le matin. On s'est rendu compte qu'on ne savait rien faire d'autre que se promener, écouter, regarder. Pas beaucoup d'offre d'attractions. Les musées annoncés n'ouvraient jamais. Le retour à Bamako (billet Sonef à nouveau, départ 6 h du matin) a été aussi erratique. Pas de petit-déjeuner, pas d'eau. On s'est arrêtés dans un village où une vendeuse proposait du café dans des tasses dépareillées : 50 centimes. C'était amer, avec du sucre épais au fond.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée Djinguereber, Tombouctou : colonnes anciennes en bois massif, visite à l'aube avant 7 h
Marché Djinguereber, Tombouctou : négocier le riz et les dattes, arriver avant 10 h
Pirogue sur le Niger vers Kabara : expérience brute, vérifier le carburant avant de partir
Hôtel Azalai, Tombouctou : terrasse avec vue, petit-déjeuner basique mais sympa
Trajet Gao-Bamako en bus Sonef : 7 heures de piste latérite, prévoir eau et snacks
Photos — Tombouctou
Et au final.
Le Mali n'est pas une destination de confort. On a aimé la sincérité des rencontres et la simplicité du voyage, loin des circuits emballés. Mais les retards, les pannes, et l'absence de vraie infrastructure touristique peuvent être frustrantes. À y aller les yeux ouverts.








