Comment ça s'est passé.
Levé à 5 h 30 depuis notre chambre du Citizen Hotel (Taipei) pour attraper le premier bus 101 à 6 h 15. Direction le sommet du Taipei 101 : on voulait éviter la foule de touristes en groupe. Mauvaise nouvelle : même à cette heure, il y avait déjà quarante personnes à l'ascenseur. L'air conditionné du bâtiment cognait fort, c'était glacial alors qu'on sortait d'une nuit moite. Arrivés à l'observatoire au 88e étage, le soleil était encore bas sur le bassin versant. La vue valait le coup d'être debout aussi tôt, même si les photos sont devenues banales après deux minutes. On a traîné dans Taipei pendant deux jours avant de descendre à Jiufen. Le temple Chiang Kai-shek, avec ses soldats au garde-à-vous figés en marbre blanc, m'a laissé de marbre aussi, malgré les bâtons d'encens qui dégageaient une odeur sucrée et âcre qui s'accrochait aux vêtements. Au marché de nuit (Shilin Night Market), on s'est fait arnaqué sur le prix des gyoza : le gars affichait 50 TWD la portion, puis à la caisse c'était 80. On a payé sans discuter, épuisés. Les gyoza étaient trop gras de toute façon. Descendre à Jiufen : le vrai coup de cœurC'est le train qui nous a posé problème. La ligne de montagne Pingxi Branch Line, censée être « pittoresque », était en travaux partiels. On a attendu 40 minutes à la gare de Taipei Main Station, assis par terre, en shorts mouillés. Mais une fois qu'on a quitté Taipei, les choses se sont clarifiées. À Jiufen, on a loué une petite auberge (Jiufen Teahouse Heritage Inn) pour trois nuits : 2 400 TWD par nuit. La proprio, Mme Chen, parlait un français rouillé appris il y a trente ans. Elle nous a conseillé d'éviter la Old Street principale le week-end. On l'a écoutée. On s'est levés à 8 h du matin un jeudi, bien avant l'arrivée des cars de touristes à 10 h. La ruelle montante de Jiufen Old Street, avec ses petits restaurants familiaux nichés dans du béton années 70, sentait l'anis étoilé et le tofu fermenté. Les petits pains farcis au taro (taro balls, 20 TWD) sortaient du four à bois, dégoûtants de beurre. On en a mangé trois chacun. Ce moment-là, assis sur des petits tabourets en bois devant un étal, la bouche brûlante, les yeux qui larmoient de chaleur : c'est ça qu'on était venus chercher. Pas les selfies. Ce qui n'a pas marchéLes gorges de Jiufen, qui devaient être spectaculaires selon nos sources en ligne, se sont révélées bondées et balisées comme une cour d'école. On s'attendait à de la roche brute, des chutes d'eau cachées : on a trouvé des escaliers en béton, des chaînes de sécurité, des vendeurs de bouteilles d'eau à tous les carrefours. La température a grimpé à 32 degrés. On a tiré la langue au bout de deux heures et on a décidé de remonter au village prendre un vrai repas. À Mme Chen, on a demandé où manger en dehors des circuits touristiques. Elle nous a envoyés chez sa cousine, 300 mètres plus haut. Restaurant sans enseigne en anglais (juste écrit en caractères chinois). Riz au poisson salé, soupe de pousses de bambou, tofu poêlé : 380 TWD pour deux. Le poisson puait bon, vraiment bon, un truc qu'on retrouve pas à Paris. Le service était lent (quarante minutes d'attente), mais c'était des vraies gens qui mangeaient là, des grands-mères, des enfants d'école, pas un seul touriste occidental. On a pris le bus 925 pour Shiufen (line 925, départ à 14 h 10 depuis Jiufen main road), une petite gare fantôme du Pingxi Branch Line où les visiteurs laissent des souhaits sur les rails. Ça paraissait ringard sur les photos, mais une fois sur place, à écrire nos prénoms sur un petit panneau de bois avec des stylos fournis par une vieille dame, on a dû admettre que c'était touchant. Elle nous a offert du thé oolong gratuit. Ses mains tremblaient en versant.
Les bons plans repérés sur place.
Taipei 101 : monter tôt (6 h, bus 101) pour passer avant les groupes organisés
Jiufen Old Street : les petits pains farcis au taro chez les vendeurs de rue, dès 8 h du matin
Restaurant sans enseigne anglaise à Jiufen haut (conseil Mme Chen) : riz au poisson salé à 380 TWD pour deux
Shiufen station sur la ligne Pingxi Branch Line : atelier de souhaits sur les rails avec thé gratuit
Marché de nuit de Shilin : y aller en semaine pour respirer, éviter le week-end
Photos — Taipei
Et au final.
Taiwan, c'est réel, c'est dense, et c'est loin d'être aussi « zen » qu'on voudrait le croire. Mais les gens sont généreux, la bouffe est sérieuse, et si tu sais éviter les pièges touristiques (bus bondés, prix gonflés, selfie-spots murs à murs), tu trouves des moments sincères. On regrette juste de ne pas avoir eu le temps de remonter aux sources chaudes de Beitou—ça devrait être pour la prochaine fois.








