Comment ça s'est passé.
Arrivée à l'aéroport international de Taoyuan un mardi matin à 7h30, après un vol de 13h avec China Airlines. Le ciel était gris, collant. J'ai pris le MRT Airport Express directement vers la station Taipei Main Station (35 TWD, environ 1 euro), un trajet de 40 minutes où j'ai observé les rizières qui cèdent progressivement à l'urbanisation. Mon hôtel, le FX Hotel Taipei NanJing, se trouvait à 5 minutes à pied de la gare : chambre simple mais propre, douche minuscule (j'ai cogné ma tête trois fois en me lavant les cheveux). Les premiers jours, j'ai ratissé les incontournables de Taipei. Le Taipei 101 dominait l'horizon depuis partout. Je suis montée au 88e étage (500 TWD) en fin d'après-midi, juste avant le coucher de soleil vers 17h45. La température avait chuté, j'ai dû remettre ma veste. De haut, la ville s'étendait sous une brume orange et jaune, polluée mais belle malgré tout. Pas de sensation de « vertiges magiques », juste une forme de réalité : Taipei, c'est massif, chaotique, sans vraie limite. Le marché de nuit de Shilin m'a frappée dès le premier soir. J'y suis allée vers 19h30, quand la foule explosait. L'odeur était étouffante : mélange de friteuse, sauce soja, poisson fermenté. J'ai mangé des stinky tofu (臭豆腐) pour 40 TWD chez un vendeur au comptoir gris en aluminium. C'était fort, salé, presque repoussant les deux premières bouchées, puis addictif. À côté, des œufs de caille cuites à l'eau, des crêpes sucrées (egg pancakes) pour 30 TWD. Je me suis perdue deux fois en essayant de trouver la sortie du marché, ce qui m'a fait croiser des petites ruelles avec des petits restos familiaux où les propriétaires jouaient au mahjong sous des néons. Le samedi, j'ai pris le bus 260 (25 TWD) depuis Taipei Main Station vers Jiufen Old Street, une vraie galère. Le trajet censé durer 45 minutes en a pris 70 à cause d'un accident près de Nangang. Assise à côté d'une grand-mère taïwanaise qui mâchait du bétel (j'ai senti l'odeur âcre, métallique), j'ai dû serrer les dents. Mais une fois à Jiufen, vers 13h30, j'ai compris pourquoi tout le monde en parlait. La rue principale était envahie de touristes, oui, mais les petites venelles latérales révélaient des choses plus tranquilles : petits cafés, maisons avec des géraniums sur les balcons, vieilles lanternes rouges. Dans une petit tea house appelée (je n'ai pas noté le nom exact), j'ai commandé un oolong fermenté à 80 TWD. La propriétaire, une femme d'environ 70 ans, m'a expliqué en gestes comment bien le boire, en le laissant refroidir légèrement. L'odeur était intoxicante, florale et minérale. En même temps, j'ai mangé des taro balls (芋圓) faits maison, mous, sucrés, glissants. Moment marquant : elle m'a montré une photo de sa fille qui vivait en Nouvelle-Zélande, et on a parlé pendant 20 minutes en mélange d'anglais et de gestes. Ça semblait bête, mais c'était le cœur du voyage. J'ai tenté un jour à Jiufen Old Street en fin d'après-midi (vers 16h), pensant éviter la foule. C'était l'inverse : les touristes organisés en groupe débarquaient. J'ai pris un café debout chez un petit vendor (45 TWD) et j'ai attendu 17h30 pour que ça se vide un peu. Les lanternes s'allumaient progressivement, la température tombait, l'atmosphère changeait. Les gorges de Pingxi (平溪) m'ont déçue sincèrement. Je suis allée un dimanche. Le village était devenu une sorte de parc d'attractions touristique avec des centaines de lanternes en papier à louer (200-300 TWD). J'en ai lâché une (mauvaise décision écologique), mais honnêtement, c'était kitsch. Les gorges elles-mêmes étaient étroites, les cascades modestes. Le temps était gris, nuageux, j'ai pas fait belles photos. Un jour, j'ai pris le MRT jusqu'à la station Guting (ligne rouge) et j'ai marché vers le mausolée de Tchang Kaï-Chek. Bâtiment massif, blanc, un peu froid. Mais en descendant, j'ai trouvé un petit marché de fruits : papayes jaunes, longanes (龍眼), petites mandarines. J'en ai acheté 100 grammes mélangés pour 50 TWD. Le goût était intense, sucré. Les vendeurs écoutaient une radio cantonnaise, accent qui m'était familier via mes années en Hongkong. Dernier jour, balade au Botanical Garden de Taipei (gratuit, mais petite donation de 20 TWD pour les entrées). J'ai croisé des couples de retraités qui faisaient leur jogging lent sur les chemins de gravier. Des enfants, des chiens. La vie normale, loin des selfies touristiques.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de nuit de Shilin : y aller après 20h30 quand la température baisse et les vendeurs bossent vraiment
Tea house de Jiufen (rue principale, petite maison avec géraniums) : commander un oolong et discuter avec la proprio
Bus 260 vers Jiufen : mauvais trajet mais vrai voyage, pas un tour organisé
Marché de fruits près du mausolée de Tchang Kaï-Chek : goûter les longanes frais vendues au poids
MRT ligne rouge, 30-40 minutes de trajet simple : observer comment les Taïwanais vivent (horaires de boulot, gestes, bruits)
Photos — Taipei
Et au final.
Taiwan, c'est pas une révélation soudaine. C'est plutôt une accumulation de petites rencontres, de goûts, de sons, de l'inconfort urbain mélangé à de vraies connexions humaines. Taipei respire mal, c'est bruyant, cher pour un budget backpacker. Mais ça vaut vraiment le coup pour la nourriture, la chaleur des petits restaus, et le fait que tout le monde semble vivre normalement au lieu de poser pour Instagram.








