Comment ça s'est passé.
J'ai débarqué à Ouagadougou le 3 novembre en fin d'après-midi, après un vol Air Burkina depuis Dakar. L'aéroport international Ouagadougou (Aéroport de Ouagadougou) est petit, bondé et chaotique : pas de climatisation, une file de douane qui avance au rythme des contrôles manuels. J'ai négocié un taxi jusqu'à l'hôtel Splendid pour 8 000 francs CFA (environ 12 euros), sur la Place du Cinquantenaire. Le chauffeur m'a averti : « À partir de 19 h, évite de marcher seul. » C'était dit sans agressivité, juste comme un fait. La première nuit, depuis mon balcon, j'ai senti l'air sec du Sahel, presque brûlant encore à minuit. Les sons de la ville : motos sans silencieux, vendeurs ambulants, appels de vendeurs de télécom. Le dépaysement n'était pas « magique » mais viscéral et légèrement oppressant. Premier jour à OuagaLevé à 5 h 30 pour prendre le petit-déj à la terrasse du Splendid. Café au lait sucré, pain beurre : 2 500 CFA. La serveuse m'a proposé du mil : gros boulettes blanches au lait aigre. J'ai goûté. Texture collante, goût neutre, légèrement aigre. Pas mauvais, mais inattendant. J'ai marché vers le Marché Central (Marché Central de Ouagadougou), le cœur pulsant de la ville. Les odeurs explosent : poisson séché, épices, fruits tropicaux pourrissants sous le soleil. Homme qui crie son load de tomates. Femmes assises derrière des pyramides d'oignons. Un enfant m'a alpagué : « Cadeau ? Cadeau ? » Je n'ai pas cédé. Première galère mineure : un vendeur de souvenirs m'a montré des masques en plâtre comme du bois véritable. J'ai décliné, il a fait la tête. J'ai pris un meal au restaurant Saveurs du Sahel (rue de la Liberté) : riz sauce arachide avec viande de mouton dur, pour 4 500 CFA. En sueur, les ventilateurs brassaient de l'air chaud. Une femme à table à côté mangeait en silence, face au mur. C'était juste une fin de journée ordinaire, sans décorum touristique. Route vers Bobo-DioulassoLe jour 5, j'ai pris un minibus de la compagnie Rimbo Voyage (gare routière de Ouagadougou, 6 h du matin) pour Bobo-Dioulasso, 365 km à l'ouest. Trajet de 6 heures. Intérieur étouffant, musique gnawa à tue-tête, trois passagers entassés par rangée. Une passagère a vomi après une heure. Le chauffeur n'a pas ralenti. Moment marquant (négatif) : panne à Koudougou, vers 11 h. Deux heures d'attente sous un arbre, à boire du jus de bissap acheté à une femme de passage. Les gars autour riaient, fumaient, parlaient en mooré. J'étais seul touriste blanc. Pas de malveillance, juste visible. Très visible. Arrivé à Bobo vers 13 h 30. La ville respire mieux : moins dense, plus d'arbres, une lumière jaunâtre qui filtre entre les feuillages. J'ai pris une chambre au Guesthouse Bobo-Résidence (quartier Dioulassoba), 15 000 CFA la nuit avec petit-déj compris. Patron bienveillant, Laurent, qui m'a donné des tuyaux : « La mosquée Sidi Sanda vaut le coup de l'intérieur, parle à l'imam, il te montrera. » Bobo-Dioulasso : autre rythmeJ'ai déambulé dans la Vieille Ville (Quartier Dioulassoba) : ruelles étroites, murs de terre ocre, femmes qui pèlent des oignons sous les porches. La mosquée Sidi Sanda de 1880 environ, architecture soudanaise, style briques de terre. L'imam, Mohammed, m'a parlé dix minutes sur la géométrie sacrée du bâtiment. Pas de baratin touristique. C'était clairement quelqu'un qui vivait là depuis cinquante ans. Repas au restaurant Le Carrefour : mafé (sauce d'arachide riche) avec poulet, riz blanc, 3 800 CFA. Assiette généreuse. J'ai parlé avec un couple belge qui travaillait pour une ONG locale depuis trois ans. Leurs plaintes : l'eau du robinet chaude même en hiver, les coupures d'électricité chaque semaine, les routes défoncées. Mais aussi : le coût de vie bas, les gens ouverts, pas de folklore pour les touristes. Jour 9, j'ai loué un petit minibus avec chauffeur (nom du chauffeur : Samba) pour la cascade de Karfiguéla, 65 km nord-est. Paysage : savane jaunie, baobabs isolés, villages minuscules en pisé. La cascade en novembre était un filet d'eau, je le savais. Mais l'endroit était vide, silencieux. Samba a acheté des mangues à une gamine, 500 CFA. Il m'a dit : « En avril-mai, l'eau remplit tout, c'est fou. » Pique-nique sec sur place, sandwichs moisis du guesthouse. Galère seconde : mon téléphone (sans roaming payant) n'avait ni réseau ni data. J'étais isolé 3 heures. Paradoxe : c'était reposant et légèrement angoissant. Samba m'a ramené avant 18 h comme convenu. Coût total : 35 000 CFA avec carburant et sa journée. Dernier jour et retourMarché aux fruits et légumes de Bobo (Marché Sankarani) : c'est un vrai marché, pas folklorique. Femmes assises sur des caisses, vendeuses de condiments, enfants qui jouent au foot avec un ballon de plastique troué. J'ai acheté des ananas (500 CFA pièce), des papays pas mûres. Goût sucré, chair fibreuse. Les vendeurs n'ont pas gonflé les prix, les gens normaux paient ce prix. Retour à Ouaga en minibus le jour 12 (Rimbo Voyage encore, même bruit, même inconfort, pas de panne cette fois). Nuit au Splendid encore. Départ jour 13 sur Air Burkina vers Dakar. L'avion avait une heure de retard, annoncé verbalement (pas de SMS, pas d'email, un gars qui criait depuis la porte).
Les bons plans repérés sur place.
Marché Central de Ouagadougou : le vraie vie de la ville, sensations brutes, pas de carte postale (odeur de poisson fumé garantie)
Mosquée Sidi Sanda de Bobo-Dioulasso : architecture terre du XIXe siècle, la parole de l'imam vaut mieux qu'un guide acheté
Cascade de Karfiguéla : paysage de savane vide, minimaliste, testé en novembre (eau faible mais paysage brut)
Guesthouse Bobo-Résidence : petit-déj copieux inclus, patron avisé qui parle pays pour vrai, pas de mystification
Minibus Rimbo Voyage (Ouaga-Bobo) : l'expérience du transport local, chauffeur qui connaît la route par cœur, pas de sécurité avérée mais au moins c'est honnête
Et au final.
Burkina Faso, ce n'est pas une destination facile. Les routes sont défoncées, l'eau est un problème, la communication est aléatoire. Mais j'y ai vu des gens qui vivaient dignement malgré peu, une culture qu'on ne joue pas pour les touristes. Bobo-Dioulasso m'a plu plus qu'Ouagadougou, qui m'a épuisé. Je ne reviendrais pas demain, mais je ne regrette pas d'être venu.