Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Ouagadougou le 2 novembre à 15 h 30 à l'aéroport international Ouagadougou-Saint-Exupéry. Première sensation : la chaleur sèche qui s'engouffre dans la cabine, suivie immédiatement par l'odeur de poussière rouge que le vent soulève sur le tarmac. Pas désagréable, juste prégnant. On la retrouvera partout pendant deux semaines. J'avais réservé au Silky Hôtel rue Gallieni, à trois kilomètres du centre. Chambre 28, climatisée mais climatiseur bruyant : on apprendra à vivre avec. Les 45 000 CFA par nuit (68 euros) étaient honnêtes pour la catégorie trois étoiles. Le petit déjeuner servait du café très amer (servi à 6 h 45) et du pain de mie local, rien de transcendant. Jour 1-3 : Ouagadougou, la capitale bruyanteOuagadougou n'est pas une ville qu'on visite en bougeant peu. Dès le premier matin, je suis allée explorer la Place de la Révolution où vend une femme, Aïssatou, des jus de bissap frais (500 CFA, 0,76 euros). Le goût sucré-acidulé intense, presque vertigineux. Elle prépare aussi du jus de tamarin le vendredi. Moment marquant : j'ai discuté avec elle pendant quarante minutes de ses trois enfants à l'école, du prix de l'essence, de la saison des pluies. Pas de barrière de langue grâce à mon mauvais français et son sourire patient. Le marché de Rood Woko m'a perturbée un peu. Densité humaine extrême, bruits de négociations qui chevauchent les appels des vendeurs, l'odeur des produits laitiers crus sur les étals. Un portefeuille a failli être chapardé dans ma banane : j'ai senti la main, j'ai serré mon sac. C'est bête, mais ça m'a rappelé que la vigilance n'était pas un cliché ici. Pour manger, j'ai trouvé le Restaurant Sankaré Avenue Loudun : riz à la sauce d'arachide avec poulet fermier (7 500 CFA, 11,40 euros). Portion énorme, saveurs prononcées, une grand-mère aux fourneaux qui vérifiait que les assiettes revenaient vides. Repas du soir : pain et omelette au Café du Coin (2 500 CFA, 3,80 euros). Le pain était encore chaud, ce qui élevait l'expérience au-dessus de l'ordinaire. Jour 4-7 : Route vers Bobo-Dioulasso, galères et découvertesTrajet en bus avec la compagnie Rimbo Express depuis la gare routière de Ouagadougou, ligne pour Bobo-Dioulasso. Départ prévu à 8 h, départ réel à 9 h 45 après l'attente de trois passagers tardifs. Bus qui sent le diesel et l'eau de Cologne bon marché. Quatre cents kilomètres, route nationale 1, surfaces alternant asphalt décent et portions avec nids-de-poule meurtriers. À hauteur de Koudougou (km 120 environ), une crevaison. Arrêt de quarante-cinq minutes sous un soleil qui tapait fort : température ressentie 41-42 °C. Pas l'expérience idyllique, mais honnête. Arrivée à Bobo-Dioulasso vers 16 h 20. Ville plus respirable, moins chaotique. J'ai logé à la Maison Mina, guesthouse rue Soungalo Watara. Propriétaire Mina, femme d'environ soixante ans qui parlait français, anglais, dioula, mossi. Chambre simple 25 000 CFA la nuit (38 euros). Cour intérieure avec flamboyants, sensation d'être moins exposée au bruit de la rue. Bobo est réputée pour la Grande Mosquée, architecture soudanaise, blanche aux murs de terre compactée. J'y suis allée avant les prières du vendredi (vers 13 h). Les fidèles nous ont tolérées, nous femmes sans voile, mais c'était clairement un geste de générosité. La fraîcheur intérieure contraste violemment avec l'extérieur : peau qui frissonne en deux secondes. Jour 8-11 : Villages et points de vueAvec un guide local rencontré au café le matin, j'ai visité les villages de Sya et Bwaba à environ vingt-cinq kilomètres. Trajet en taxi-brousse, dix personnes pour un minibus prévu pour huit. Un enfant m'a vomi dessus à mi-parcours : galère relativisée par les sourires gênés des parents et ma propre culpabilité d'Occidentale. Riz avec sauce de feuilles au village chez Salimata, femme tissière. Elle montrait ses tissus teints à l'indigo, couleur si profonde qu'elle semblait émette de la lumière inverse. Les cascades de Sindou en fin d'après-midi. Points de vue rocheux qui donnaient sur des falaises rouges, la rivière Cascades qui coule au fond avec un bruit blanc apaisant. Pas de foule, pas de vendeurs agressifs. Juste nous trois, un autre couple allemand et les oiseaux. Jour 12-14 : Retour à Ouagadougou et départRetour en bus Rimbo Express, sans crevaison cette fois. À Ouagadougou, dernière nuit à la gare, achat de cadeaux au marché des artisans : statuettes Mossi (6 000 à 15 000 CFA pièce), tissus bogolan. Déjà vu des faux, mais certaines pièces étaient authentiquement brutes. Dernier repas au Restaurant Sankaré : tô de maïs (sorte de bouillie dense) avec sauce de foie (9 000 CFA, 13,70 euros). Texture pâteuse, goût salé et légèrement hépatique, c'était une expérience qu'on ne refait pas volontiers.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de Rood Woko à Ouagadougou : goûter le jus de bissap frais auprès d'Aïssatou tous les matins (500 CFA)
Restaurant Sankaré Avenue Loudun : sauce d'arachide maison et portefeuille cuisiné au feu de bois (7 500 CFA)
Grande Mosquée de Bobo-Dioulasso : architecture de terre, prière du vendredi à 13 h, fraîcheur intérieure surréelle
Cascades de Sindou en fin d'après-midi : falaises rouges, rivière qui murmure, zéro touristes
Gare routière de Ouagadougou : prendre Rimbo Express pour Bobo-Dioulasso malgré les retards, vrai contact avec les Burkinabé
Photos — Ouagadougou et Bobo-Dioulasso
Et au final.
Le Burkina Faso offre une Afrique de l'Ouest sincère, sans filtres Instagram. Les gens sont accueillants sans être transactionnels, les paysages concrets plutôt que spectaculaires. Mais il faut aimer l'imprévu, les bruits de la rue, les trajets cahoteaux et accepter qu'on ne parlant pas le dioula, on rates des conversations entières. Je reviendrais, mais pas avec l'idée de quitter mon cœur là-bas.
