Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport international de Gaborone à 14h15, presque 3 heures de retard sur Air Botswana (vol B5-1403). La chaleur m'a frappée en ouvrant la porte de l'avion : 34 degrés, un air sec qui assèche la gorge en quelques secondes. J'ai grillé une première cigarette à la terrasse du Grand Palm Hotel sur le Tlokweng Road, en regardant les minibus colorés qui s'entassaient devant la gare routière. J'aurais dû rester une nuit à Gaborone, mais j'étais trop impatiente. Le lendemain matin, départ à 5h30 avec Maun Shuttle Express (compartiment minibus, 280 pulas, soit 18 euros). La route jusqu'à Maun, c'est 5 heures de piste rouge, brousse plate à perte de vue. À 7h45, on s'arrête au Elephant's Rest, un petit routier sur la N1. J'ai commandé un porridge de maïs avec du lait chaud et du sucre (35 pulas). C'était la meilleure décision du voyage. Le goût de ce truc basique, sucré, réconfortant après une nuit blanche, m'a remis d'aplomb. Le chauffeur, Thabo, m'a expliqué que la plupart des touristes ignorent ce restaurant. Il avait raison : une vingtaine de routiers locaux, zéro touriste. Maun s'étale sans vraiment de centre. J'ai squatté le Island Safari Lodge (hôtel, 650 pulas la nuit avec petit-déj). La terrasse donne sur le Thamalakane River. En fin d'après-midi, j'ai entendu des rire d'hyènes dans la brousse à côté, à peut-être 200 mètres. Ce son bizarre, grave, entre le rire d'homme et l'aboiement, ça vous file la chair de poule. Pas un son « nature magique », juste flippant. Les trois jours suivants en mokoro (pirogue traditionnelle en bois) dans le Delta de l'Okavango, c'est un classique du Botswana. Mon guide, Joseph, travaillait avec la petite compagnie Okavango Polers Collective. 450 dollars US les trois jours, tout compris. Joseph poussait la pirogue avec une perche de 5 mètres en silence absolu. On voyait des éléphants à 30 mètres (les oreilles énormes, j'ai cru que l'animal était deux fois plus gros que réalité), des hippopotames qui soufflaient en remontant de l'eau, des aigles pêcheurs. Pas de cris de joie « oh comme c'est beau ». J'ai surtout eu peur que l'hippo se mette en colère. Joseph a rigolé : « Ça arrive. Une fois par an. » Deuxième galère : le guide n'avait pas prévu assez d'eau potable pour le dernier jour. Je me suis battu avec 1,5 litre d'eau tiède avec goût de plastique et une chaleur qui montait à 38 degrés. J'ai vomi le midi. Joseph a proposé de l'eau de noix de coco fraîche qu'il a trouvée dans un village. C'était plus sucré qu'attendu, mais ça a sauvé la journée. Kasane, petit village au nord du parc de Chobe, 4 heures de voiture depuis Maun (en 4x4 avec Maun Travel, 320 pulas). J'ai logé au Chobe Safari Lodge, rien d'exceptionnel mais solide (520 pulas la nuit). Le soir, safari à pied le long de la rivière Chobe. Là, c'était fou : 400 éléphants dans l'eau au coucher de soleil, éclaboussures, barrissements. Le guide s'appelait Kgosi, il fumait des cigarettes sans filtre et parlait très peu anglais. Mais il connaissait chaque animal, il les nommait. « Celui-là, c'est Big Mama. Elle a 45 ans. » À 18h45, les éléphants ont commencé à partir. En 10 minutes, le bruit a disparu. Plus que le silence et le son des pas dans le sable. À Kasane, j'ai mangé au restaurant du Four Corners (intersection des quatre frontières, très touristique). Seswaa (viande hachée avec maïs, 85 pulas), pain de maïs sec. Bon. J'ai aussi essayé la bière locale Bojalwa à 18 pulas le verre. C'est une lager basique, rien de spécial. Les restaurants à Kasane sont une arnaque à prix unique : tous affichent 180-200 pulas pour les plats principaux, indépendamment de la qualité. Trois jours au Kalahari (réserve de Makgadikgadi Pans avec Jack's Camp, 420 dollars US la nuit, trop cher). Paysage lunaire : une immensité salée et plate sous un ciel sans nuages. On a marché 6 heures par 40 degrés pour voir les pans. Moment marquant : Joseph, notre guide, s'est arrêté et a montré des traces de lion datant de quelques heures. Il s'est simplement dit « nous allons faire demi-tour, c'est un gros mâle ». On l'a fait. On n'a rien vu d'autre cette journée. C'était frustrante mais logique. Le retour à Gaborone en bus (Motor Way Express, 285 pulas, 6 heures) était cahoteux et bruyant. La climatisation cassait toutes les heures. J'ai dormi debout, appuyée sur un mec qui dormait aussi. Pas glamour, mais mémorable.
Les bons plans repérés sur place.
Elephant's Rest sur la route Gaborone-Maun (petit-déj porridge 35 pulas) — le meilleur moment gastronomique du voyage
Delta de l'Okavango en mokoro avec Okavango Polers Collective — trois jours au ralenti, silencieux, 400 éléphants en fin de journée
Parc de Chobe et safari à pied au coucher de soleil depuis Kasane — immense concentration d'animaux en peu de temps
Four Corners à Kasane — point touristique surexploité mais géographiquement cool (la seule vraie curiosité)
Route N1 Gaborone-Maun — piste rouge, paysage changeant, vraie route botswanaise (5 heures, minibus à 18 euros)
Photos — Gaborone, Maun, Kasane
Et au final.
Le Botswana m'a plu, mais c'est pas un coup de foudre. Les safaris, c'est bien si on accepte de voir des animaux de loin et de ne rien garantir. Les paysages se répètent après le troisième jour de brousse. Le Kalahari m'a déçue : trop cher, trop loin de tout, et au final c'est juste un grand vide blanc. Si j'y retourne, je coupe le Kalahari et j'ajoute du temps à Maun ou Kasane pour rester dans l'Okavango.
