Comment ça s'est passé.
Levé à 5h30 à l'hôtel Sahel, rue du Général Seyni Kountché, pour éviter les 45°C de l'après-midi. La voix de l'imam du minaret d'à côté nous a déchiré les tympans. C'était notre premier matin à Niamey et j'ai tout de suite compris qu'on était loin des hôtels climatisés du Maroc. Nous avons passé les trois premiers jours à explorer le centre-ville. Le marché du dimanche à côté de la mosquée Niamey Grand Marché débordait de tissus indigo, de mangues Alphonso à 200 FCFA le kilo, et surtout de cette odeur prenante de cuir traité et d'épices mélangées. Mon sac s'est fait chiper un ticket de bus à la station routière Agadez Voyages – classique arnaque où le faux agent montait d'une main pendant que je jetais un œil à mon téléphone. Perte de 3000 FCFA, bien sûr. Le restaurant L'Aménagement, en face du fleuve Niger, proposait un riz au poisson local à 2500 FCFA. Le goût était trop salé mais authentiquement nigerien. J'y suis retourné deux fois pour observer les enfants qui jouaient dans le fleuve à 18h, quand la température descendait enfin sous les 40°C. Ce moment-là, assis sur la terrasse avec une Flag (bière locale à 1500 FCFA), j'ai senti pour la première fois qu'on n'était pas en transit mais vraiment quelque part. Nous avons loué une voiture avec chauffeur auprès de l'agence Désert Tours pour la journée à Tillabéri, à 65 km au nord. Le chauffeur, Moussa, conduisait comme les routes lui appartenaient. La poussière rouge entrait par chaque fenêtre et s'accumulait sous les ongles. Sur la route, arrêt au village de Filingué : femmes qui tressaient les cheveux sous les acacias, vendeurs de beignets friands encore chauds. Nous avons mangé trois beignets pour 500 FCFA. La visite du Parc du W Niger, à 220 km au sud, fut décevante sur un point : pas d'animaux en septembre. La chaleur étouffante avait fait fuir girafes et antilopes. Nous avions payé 15000 FCFA par personne (5 euros) à un guide peu causant. C'était une galère de deux heures en voiture sur piste, avant de constater que l'entrée du parc était fermée pour « raison administrative ». Moussa a ri, dit que c'était normal en saison sèche. Le retour s'est fait en silence. Meilleur moment : le musée national du Niger, place du Petit Marché. Entrée à 2000 FCFA. Les masques dogon et les instruments de musique exposés dans les vitrines nous ont cloués sur place. Une femme conservatrice nous a expliqué pendant trente minutes les rites liés à chaque objet. Pas de touristes autres, pas de foules. Juste nous, l'histoire, et l'air chaud qui rentrait par les fenêtres hautes. Le vol Air Niger vers Agadez (compagnie locale) a eu trois heures de retard. Assis quatre heures à l'aéroport de Niamey-Diori Hamani, énervement garanti. Mais les aéroports africains ont ce truc : les gens attendent sans se plaindre. Nous avons fini par nous asseoir par terre avec d'autres passagers, qui nous ont offert du thé à la menthe dans des petits verres. Température : 47°C officiel, probablement 50 ressentis. Agadez a été trois jours de déroutement complet. Ville de 150000 habitants, cœur du Sahara, caravanes de sel qui arrivent du Ténéré. La grande mosquée du XVIe siècle, avec son minaret de terre cuite de 27 mètres, dominait tout. Nous y avons vu les artisans fabriquer les croix d'Agadez en cuivre, les vendre 5000 FCFA aux touristes. L'hôtel Aïr où nous avons dormi n'avait pas d'eau chaude mais le patio de nuit, avec les étoiles du désert sans pollution lumineuse, valait à lui seul le voyage. Retour à Niamey le 11e jour. Nous avions l'impression d'avoir traversé un temps différent.
Les bons plans repérés sur place.
Marché du dimanche à Niamey Grand Marché : les étals de tissus indigo et les vendeurs de mangues Alphonso (aller le matin à 7h avant la chaleur maximale)
Musée national du Niger, place du Petit Marché, 2000 FCFA : les masques dogon et l'absence de foules
Terrasse du restaurant L'Aménagement au coucher du soleil : riz au poisson local et vue sur le fleuve Niger
Grande mosquée d'Agadez et ses croix de cuivre : immersion Sahara pur, 5000 FCFA pour une croix artisanale
Village de Filingué sur la route de Tillabéri : beignets friands à 500 FCFA et rencontres sans attentes avec les femmes locales
Photos — Niamey
Et au final.
Le Niger m'a fatigué physiquement par sa chaleur implacable et m'a frustré par certaines galères administratives (fermeture du parc, retards). Mais les rencontres vraies, l'absence de tourisme de masse, et cette chaleur même qui rend chaque gorgée d'eau précieuse : ça vaut le coup d'y aller, si on accepte de sortir de sa zone de confort.








