Comment ça s'est passé.
On a atterri à Sarajevo un mardi matin avec Turkish Airlines, puis pris un minibus privé pour Mostar (2h30, 40 KM par personne). Le chauffeur écoutait du turbo-folk à fond et nous a lâchés devant l'hôtel Kriva Cuprija sans vraiment vérifier que c'était le bon endroit. Première galère : l'établissement était en rénovation. On a dû se rabattre sur le Muslibegovic House, une maison ottomane transformée en guesthouse dans la vieille ville, 85 euros la nuit avec le petit-déj. Mostar sent la pierre humide et l'eau de source. Les ruelles du vieux bazar dégoulinent d'humidité le matin. On a déambulé dans la Kujundžiluk Street vers 7h30, avant que les touristes n'arrivent, et on a trouvé un café minuscule, le Café Olymp, où un type nous a servi un Bosnian coffee (0,80 KM, soit 40 centimes) dans une petite tasse en cuivre avec un petit verre d'eau froide. L'amertume du café était intense, presque métallique, et l'eau était glacée. Moment bizarre mais mémorable. Le pont de Mostar et ses plongeursOn s'est levés à 6h45 pour photographier le Stari Most sans la foule. Le pont calcaire blanc émergeait du brouillard sur la Neretva verte. Vers 10h, les plongeurs ont commencé. On les a vus sauter de 24 mètres, le corps qui chute pendant 3 secondes avant de frapper l'eau avec un bruit sec. C'était à la fois beau et inquiétant. Ils font ça pour les pourboires : on a vu un mec récolter 15 euros en une matinée. On a mangé au Sadrvan, un resto discret avec une cour intérieure, près du pont. Ćevapi (brochettes de viande hachée) à 4,50 KM, Burek (pâté à la viande) à 2,50 KM. La serveuse nous a demandé si on voulait du rakija maison (eau-de-vie locale) avec le repas. On a refusé. Elle a eu l'air déçu. Découverte de la vallée et premières déceptionsOn a loué une voiture chez Europcar (comptoir en face de la gare routière) pour explorer la vallée de la Neretva. Première grosse galère : on nous a donné une Fiat Punto des années 2000 avec 200 000 km au compteur et un rétroviseur cassé. Le trajet vers Počitelj (20 km au sud) était chaotique, route étroite, pas de ligne blanche, klaxons continuels. Mais Počitelj en valait la peine : un petit village fortifié perché sur une colline, avec des maisons décorées de couleurs pastel, un minaret blanc qui pointait vers le ciel. On y a mangé une banane plantain frite dans une gargote sans nom (1,50 KM). Texture molle, goût sucré surprenant. On a aussi visité Blagaj et sa source : une caverne remplie d'eau turquoise qui sort du rocher. La température de l'eau était glaciale (10°C selon la pancarte). On s'est baigné malgré tout, pendant 5 minutes, puis on a commencé à claquer des dents. Pas bien pensé. Les musées et la fatigue touristiqueOn a passé une après-midi au War Tunnel Museum (8 KM d'entrée), un tunnel qui a sauvé Sarajevo pendant le siège (1992-1995). L'atmosphère était oppressante : des croquis au crayon des gens qui se cachaient là, des bouteilles d'eau remplies comme provisions. Guide bosniaque qui parlait vite, on a compris 30% de ce qu'il disait. Ressenti : culpabilité de touriste qui regarde la souffrance des autres. Moment où on a décroché : le quatrième musée dédié à la guerre de Bosnie-Herzégovine, en deux jours. On a loué des vélos le jour 5 et on a juste suivi la Neretva à Jablanica. Aucun musée. Juste pédaler, entendre le fleuve qui coule. Les bons coins de bouffe et la nuit en terrasseLe restaurant Tводи (Tođi) tenu par une vieille dame, derrière la mosquée Koski Mehmed-Pasha, proposait un menu du jour à 6 KM : soupe de courge, Pljeskavica (hamburger bosniaque énorme), salade de tomates. Elle parlait français parce qu'elle avait travaillé à Lyon dans les années 1980. Elle nous a offert un verre de rakija après manger. Une nuit, on s'est retrouvés à la terrasse du Café Nacionalni vers minuit. Deux gars jouaient de la guitare et du violon, des chansons folk qu'on ne connaissait pas mais qui sonnaient comme des chansons de deuil. Quelques demis de bière (Sarajevsko, 2,50 KM le demi), ambiance lourde, on est resté une heure sans parler. Retour et sentiment mitigéOn a quitté Mostar avec le bus Centrotrans ligne M401 à 16h. 6 heures de trajet vers Split, avec un arrêt à la frontière croate où un douanier nous a demandé trois fois si on avait de l'argent en liquide. Personne ne vérifiait vraiment.
Les bons plans repérés sur place.
Stari Most au lever du soleil (6h45) sans touristes, avec l'eau verte de la Neretva qui s'éclaire doucement
Sadrvan restaurant, cour intérieure pavée, ćevapi à 4,50 KM et rakija qu'on refuse poliment
Plongeurs du Stari Most entre 10h et 12h, l'eau froide qui éclaboussée sur les rochers gris
Tunnel de Sarajevo (War Tunnel Museum) : l'histoire viscérale, 8 KM, guide qu'on ne comprend qu'à moitié
Počitelj village fortifié : banane plantain frite et minaret blanc qui surplombe les toits pastel
Photos — Mostar
Et au final.
Mostar m'a dérangée plus qu'elle ne m'a fascinée. Les plaies de guerre sont encore visibles : les murs criblés de balles, les bâtiments en ruine qu'on repaint sans les restaurer vraiment. Mais les gens là-bas ont une résilience étrange, tranquille. Le café Ottoman avec ses rituels, les plongeurs du pont, les deux musiciens la nuit : c'est petit, c'est réel, c'est suffisant. Je reprochais au tourisme de manger la souffrance ici, puis j'ai bu du rakija offert et j'ai dansé une dernière nuit. Contradiction assumée.








