Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport international Léon M'Ba un jeudi matin, 6 h 30, les pieds collants de sueur avant même de franchir les portes. La chaleur humide du Gabon vous saute dessus comme quelque chose de vivant. Le taxi du Palais de la République (l'hôtel qu'on avait réservé, rue de l'Indépendance) a dû faire trois détours pour éviter les routes barrées. Trente euros pour 20 km, cher payé, mais le chauffeur a expliqué qu'il y avait des manifestations sporadiques en centre-ville. Libreville, c'est pas ce qu'on imaginait. Pas une capitale routarde. Les rues du quartier Bessieux puent l'essence et les ordures entassées en monticules le long des trottoirs — cette odeur persistante de décharge qu'on respire même en marchant vite. On s'est posé au Palais de la République (chambre 317, ventilo bruyant, eau chaude imprévisible), pas luxe mais clean. Le personnel parlait français avec un accent du Gabon qui coupait nos phrases en deux. Les premiers jours : marché et frustrationsLundi matin, on a traîné au marché du Mont-Bouët vers 8 h. C'est là que ça devient concret. Les vendeurs crient des prix en francs CFA : une papaye coûte 500 FCFA (0,75 €), les bananes plantains 1000 FCFA. Les poissons frais alignés sur des étals rouilles, la odeur salée et iodée qui monte, les mouches qui font des tours de piste. Une femme nous a servi du nyembé (soupe à base de poisson et feuilles de manioc) dans un petit resto sans nom, rue du Commerce, 2500 FCFA. C'était salé, chaud, riche — pas mauvais, mais on a eu peur du digestif pendant deux jours. Galère numéro un : on a voulu prendre le minibus pour Pongara (plage protégée, 50 km au sud) avec la compagnie Sotraga. Le bus était sensé partir à 7 h du terminus de la gare routière. Il est parti à 9 h 45. On a patienté avec une trentaine d'autres dans cette chaleur, assis sur des bancs en plastique dur, les vitres pas tout à fait fermées, entendant les vendeurs de cacahuètes grillées hurler leurs prix dehors. Pongara : solitude et mosquiquesPongara ressemble à ce qu'on cherchait : une plage large, grise, peu fréquentée. On a loué un bungalow chez Mme Biyoghe (son lodge, le Pongara Beach Resort, prix hôtel 35 000 FCFA la nuit, environ 53 €). L'eau était tiède, presque amniotique. On s'est baigné vers 17 h, juste avant la tombée du jour. C'était calme, presque vide. Pas d'autres touristes visibles. Juste le son des vagues plates qui cognent le sable, le cri d'un oiseau blanc qu'on a pas pu identifier. La nuit : débâcle. Les mosquiques. Pas quelques mosquiques. Des milliers. Même avec la climatisation, ils trouvaient des brèches. Le drap était trempé. On a dû avaler deux fois la dose de Paludrine prévue pour le voyage. On sentait l'insecticide Baygon pulvérisé par Mme Biyoghe dans la chambre, cette odeur piquante et chimique qui te brûle les narines. Personne à Libreville ne nous avait vraiment prévenus. Ou c'était « évident ». Lambaréné et retour mitigéOn a foncé à Lambaréné par le bus Trans-Gabon (compagnie nationale, départ 6 h 15) pour voir l'hôpital du Dr Schweitzer. Le musée est fermé le mardi (on y est allés mercredi). Le bâtiment principal est une coquille vide, les planches craquent sous les pieds, l'humidité a dégradé les murs. Pas de vraie visite guidée, juste un gardien qui nous a montré des pièces d'archives en français. On a payé 3000 FCFA pour une expérience assez creuse. Le retour vers Libreville s'est fini dans les embouteillages. On a mâché deux packs de Chiclets à la mangue achetés au marchand de la gare (500 FCFA le pack). Arrivé vers 18 h à l'hôtel, crevés. Fin du séjourLes deux derniers jours, on a exploré le quartier du Vieux Port, bu du jus de gingembre frais au bar Le Chalutier (6000 FCFA, sucré à mort). On a craché une petite fortune à la boutique de l'aéroport pour des souvenirs qu'on n'utiliserait jamais. L'envol était à 14 h samedi. On a bien dû attendre 45 minutes après l'embarquement officiel : retard « moteurs ».
Les bons plans repérés sur place.
Marché du Mont-Bouët à Libreville — arriver à 8 h avant la chaleur max, négocier les prix en FCFA
Pongara Beach Resort, plage vide au coucher du soleil — porter du deet haute concentration, vraiment
Nyembé au petit resto rue du Commerce — le vrai goût du Gabon, pas touristique
Bus Sotraga pour Pongara — attendre le départ réel (+ 2 h normal), apporter eau et patience
Lambaréné, musée Schweitzer — moins spectaculaire qu'on l'imagine, 1-2 h max
Photos — Libreville
Et au final.
Le Gabon, c'est un coup de poker. Libreville a du potentiel mais c'est pas net — les routes sont pourries, l'accueil est poli sans plus, et les insectes font du tourisme une affaire de stratégie sanitaire. La nature est réelle (Pongara, les lagunes), mais elle demande du physique et une vraie tolérance à l'inconfort. On ne regrette pas, mais on n'y reviendraient que pour faire le Delta de l'Ogooué, pas pour la capitale.








