Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport international Léon-Mba de Libreville un jeudi matin, après une connexion compliquée à Casablanca. Premier choc : la moiteur. Pas une moiteur abstraite – une vraie masse d'air chaud et humide qui vous colle à la peau dès la sortie du terminal. On aurait dit respirer à travers un linge mouillé. La formalité à la douane a pris quarante minutes, pas dramatique mais on le note. On s'est installés à l'hôtel Tropicana, boulevard de l'Indépendance, en face du port. Chambre correcte, clim qui fonctionne, petit-déjeuner buffet à 8 500 francs CFA (13 euros environ). Le WiFi était capricieux – typique de ce qu'on a rencontré partout. Le premier soir, on a mangé au restaurant Le Petit Baratin, à deux rues de l'hôtel. Moules farcies gabonaises et brochettes de crevettes : 4 200 francs. Bon, juste bon. Le cuisinier a brûlé légèrement les crevettes, et le jus de baobab servi ensuite compensait à peine. Mais les gens au bar voisin écoutaient du rumba congolais en direct, guitares qui déchirent, et ça valait le détour. Deuxième jour, on a visité le musée National du Gabon, avenue du Colonel Parant. Musée petit, dense, pas flamboyant. Masques fang, exposition sur Schweitzer (omniprésent ici), quelques panneaux datés. Ça dure deux heures. Entrée : 3 000 francs. On n'a pas eu de révélation, mais c'était sincère. On a croisé un groupe scolaire, les enfants posaient des questions en lingala au guide – ça, c'était vivant. Samedi matin, on a pris un minibus local (Toyota Hiace blanc, marqué « Lambaréné Direct ») depuis la gare routière du Carrefour, à Libreville. Trajet : trois heures, 6 000 francs par personne. La route monte et descend sans fin, la jungle vous ferme progressivement. On a arrêt à un petit village pour que le chauffeur remplisse des jerricans d'eau. Odeur de terre rouge mouillée, bruit des enfants qui crient autour du minibus. C'était immersif sans être théâtral. Lambaréné est une petite ville étouffante, construite sur une île du fleuve Ogooué. On a visité le fameux hôpital de Schweitzer, qui fonctionne toujours. Site de pèlerinage pour les touristes culturels, mais assez vrai : les infirmiers travaillent vraiment, on voyait du monde dans les petits bâtiments coloniaux. Pas de reconstruction touristique factice. L'hôpital-musée demande une contribution de 5 000 francs. On y a passé deux heures, moites et curieux. Le moment marquant : on était assis au bord de l'Ogooué vers 18 h, devant notre guesthouse (L'Escale, rue de la Paix, petit établissement sans prétention), et un piroguier a commencé à chanter en anglais mauvais des mélodies de reggae. Il vendait des objets sculptés en bois. On lui a acheté une figurine de caiman pour 8 000 francs – possiblement arnaquée sur le prix, mais sa voix cassée sur le fleuve qui baisse lentement, c'était mémorable. La texture du bois était froide et grasse sous les doigts. La galère majeure : dimanche, on voulait faire une excursion en bateau dans la réserve de la Lékédi. Le guide prévu n'était pas à son téléphone. On a attendu quarante minutes au port, puis on a renoncé. Ça nous a énervés vraiment, on avait bloqué toute la journée pour ça. Finalement on a marché en ville, déjeuné chez une femme qui vendait du poulet grillé dans son cour (2 500 francs, épicé à mort, très bon), et c'était mieux que prévu. Retour à Libreville lundi en minibus de nuit (départ à 19 h 30, arrivée à 23 h). Route bancale, arrêts inattendus, une femme avec un panier de poissons fumés a failli renverser mon café. Mais on a dormi un peu quand même. On a passé mercredi et jeudi à flâner à Libreville : le marché Mont-Bouët (énorme, fouilli, merveilleux le matin vers 6 h), le boulevard de la Corniche au coucher du soleil, la plage de Plage à Cocos (eau tiède, sable noir, quelques restaurants flottants où on grignotait de petits pains avec du fromage blanc et de la sauce tomate). Le Gabon n'est pas un pays agile pour le tourisme. Les infrastructures existent mais elles bougent lentement. On ne croise pas de foules de routards. Ça veut dire que ce qu'on rencontre vient moins d'une industrie touristique rodée et plus de vraies gens qui font leurs trucs. C'est moins confortable, plus intéressant.
Les bons plans repérés sur place.
Musée National du Gabon, avenue du Colonel Parant (Libreville) – deux heures honnêtes, masques fang authentiques, pas hollywoodisé
Hôpital Schweitzer à Lambaréné – pèlerinage vrai, bâtiments coloniaux qui fonctionnent encore, senti le formol et l'histoire
Marché Mont-Bouët (Libreville) avant 6 h 30 du matin – fruits tropicaux dont on ne connaît pas le nom, odeurs de poisson frais, démonstration de commerce réel
Minibus local Libreville-Lambaréné avec Toyota Hiace – trois heures de vraie route, jungle qui se referme, arrêts inattendus, 6 000 francs
Dîner chez l'habitante à Lambaréné, cour privée, poulet grillé et sauce ardente – 2 500 francs, accueil sans protocole
Photos — Libreville / Lambaréné
Et au final.
Neuf jours au Gabon, ce n'était pas transformateur, mais sincère. La jungle est réelle, la chaleur vous rappelle que vous n'êtes pas chez vous, les gens sont gentils mais pas rodés au tourisme. On regrette juste de ne pas avoir pu voir Loango ou les gorilles du Parc national de Lopé – trop courts, trop cher pour nous. À refaire, oui, mais il faut de la patience.
