Comment ça s'est passé.
J'ai atterri à l'aéroport international de Murtala Muhammed un matin de juillet, à 6h45, complètement désorientée par la chaleur moite qui frappait dès la sortie de l'avion. Le thermomètre affichait 34°C à 7h du matin. J'avais réservé une chambre au Radisson Blu Marina Lagos pour trois nuits, histoire de reprendre mes esprits dans un endroit sûr avant de me lancer. Le trajet vers l'hôtel en taxi Uber a été une première leçon de patience : une heure trente pour parcourir 25 km sur le Lekki Expressway. Les embouteillages étaient dignes de ce qu'on en dit. Assis à côté d'un chauffeur parlant un anglais mélangé de yoruba, j'ai vu défiler les petits vendeurs entre les voitures : des femmes avec des packs de jus de mangue gelée sur la tête, des gamins proposant des chewing-gums, des hommes lavant les vitres avec un morceau de mousse douteuse. L'odeur d'échappement mélangée aux odeurs de nourriture frite des petits restaurants en bord de route m'a agressée les narines pendant une bonne partie du trajet. Premier choc : le marché de LekkiLe lendemain, j'ai pris un Uber jusqu'au Lekki Conservation Centre. En chemin, le chauffeur m'a fortement conseillé d'aller au marché de Lekki plutôt qu'à celui d'Ikeja. Je n'ai pas regretté. Ce marché, c'est un mur de bruit et de couleurs. Les vendeurs crient les prix en naira : une assiette de jollof rice bien remplie avec du poulet grillé coûte entre 1500 et 2500 nairas (2,30 à 3,80 euros). J'ai commandé auprès d'une femme qui préparait son repas depuis un petit stand. Elle m'a demandé si je voulais du piment fort ou pas. J'ai dit « pas trop » mais elle a rigolé et m'en a mis beaucoup quand même. L'arrière-goût sucré du tomate et la chaleur du piment m'ont brûlé la bouche pendant cinq minutes. Les vendeurs autour ont bien ri. Ce marché, c'est aussi là où j'ai eu mon moment le plus compliqué du voyage. Une femme vendant des tissus imprimés m'a suivi pendant 20 minutes en me proposant d'acheter deux mètres de wax pour 4000 nairas. Elle était sympa mais insistante. Elle m'a finalement dit que je lui devais ça parce qu'elle avait perdu une vente en me parlant. C'était une petite forme de manipulation douce, pas méchante, juste... éreintante. J'ai acheté un mètre de tissu pour m'en débarrasser, et honnêtement je ne l'ai jamais porté. Les quartiers et les restosJ'ai aussi passé pas mal de temps sur l'île de Victoria, notamment à Ikoyi. Le Victoria Island Shopping Mall est climatisé à mort, un refuge contre la chaleur. Les restaurants là-bas sont plus chers : j'ai mangé au The Poundcake, un café branché du quartier, et j'ai payé 3500 nairas pour un cappuccino et une pâtisserie (environ 5,30 euros). Niché au cœur du quartier résidentiel d'Ikoyi, c'est là que j'ai compris comment vit une certaine classe moyenne/aisée à Lagos. Un soir, je me suis aventurée au restaurant Buka (situé à Lekki Phase 1) : de la cuisine nigériane classique dans une ambiance bruyante, avec des fans au plafond qui brassaient un air insuffisant. J'ai commandé du fufu avec une sauce d'arachide et du poisson. Le fufu, c'est une pâte blanche et collante qui sent très fort, un peu comme du manioc fermenté. À côté de moi, un groupe de Nigérians criait les résultats de matchs de football. Le bruit était constant, presque agressif, mais c'était l'énergie réelle du lieu. Transports et galères quotidiennesPour les trajets dans la ville, j'ai essentiellement utilisé Uber, même si les tarifs fluctuent énormément selon les heures. Un trajet qui coûte 800 nairas à 10h peut valoir 2500 nairas le soir. Les taxis jaunes classiques existent aussi, mais négocier le prix dès le départ demande une énergie que je n'avais pas toujours. Les minibus rouges collectifs (les danfo) parcourent la ville, mais c'est un univers à part : serrés à 20 là-dedans, pas de trajet prévisible vraiment, c'était trop chaotique pour moi en solo. Le pire jour : une panne de mon portable à l'intersection de Ajose Adeogun Street et Adeola Odeku. Plus d'Uber, plus de Google Maps. J'ai demandé de l'aide à un mec qui vendait des chargeurs téléphoniques. Il a tenté de me faire payer 5000 nairas pour m'aider à chercher un cybercafé. Je suis partie à pied. Après 15 minutes de marche dans la chaleur qui me collait au corps, un taxi est passé. J'ai négocié 500 nairas pour rentrer à l'hôtel. C'est là que j'ai vraiment senti la fatigue : Lagos, c'est éprouvant physiquement. Moments mémorablesMalgré tout, il y a eu des instants vraiment beaux. Une balade en bateau au coucher du soleil près de la Lagoon de Lagos, organisée par mon hôtel. Le ciel était rouge et orange pendant 20 minutes exactement, puis ça s'est assombri. Une femme à bord vendait des friandises (des boules de crème de coco enrobées de noix) à 500 nairas. J'en ai mangé trois. Les autres voyageurs étaient des couples d'étrangers et un groupe de Nigérians qui rentraient du travail. On n'a pas vraiment parlé, mais on regardait le même coucher de soleil. Ça m'a rappelé pourquoi je voyage. J'ai aussi visité le Lekki Conservation Centre (tarif d'entrée : 2500 nairas pour un étranger, un peu cher). Très touristique, mais les oiseaux y sont vraiment impressionnants. Et puis, la forêt y est épaisse, ça sent la terre humide et la décomposition végétale. C'était rafraîchissant après les jours en béton et bitume.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de Lekki : arriver entre 10h et 11h pour les meilleures assiettes de jollof rice, goûter celui du stand au coin près du parking
Lekki Conservation Centre : prendre un guide local pour identifier les oiseaux, prévoir de l'eau (pas climatisé du tout, c'est une vraie forêt)
Restaurant Buka à Lekki Phase 1 : aller le soir pour l'ambiance bruyante, commander le fufu-sauce d'arachide (goût très fort mais bon)
Croisière au coucher de soleil sur la lagune de Lagos : partir de Marina, prendre des boules de crème de coco vendues à bord
Radisson Blu Marina Lagos : petit-déj anglais classique à 6500 nairas, wifi stable, bon point de départ pour explorer Victoria Island
Photos — Lagos
Et au final.
Lagos m'a épuisée et fascinée en même temps. La ville bouge tout le temps, les gens sont directs, parfois agressifs commercialement, mais pas malveillants. Je repartirais, mais sûrement pas pour plus de deux semaines d'affilée : la fatigue accumulée (chaleur, bruit, déplacements compliqués) finit par peser. C'est pas un endroit qu'on contemple passivement, faut s'y jeter dedans.








