Comment ça s'est passé.
Levé à 5 h 30 à l'hôtel Radisson Blu sur Victoria Island, le climatiseur qui grinçait depuis minuit enfin arrêté. Dehors, 28 °C déjà, l'air écrasant malgré l'heure. J'ai cherché un café décent : le spot Café Noir sur Ikoyi Lane, où un espresso coûte 1 500 nairas (3 euros), m'a sauvé de la débâcle matinale. Propriétaire nigériane, trentaine, elle causait commerce international avec ses clients en yoruba et en pidgin anglais. Ambiance de petit bureau pré-faillite, chaises en plastique bleu ciel. Premier choc : le trajet vers le Lekki Conservation Centre. J'ai pris le BRT (bus rapide) ligne 3 depuis le terminus de Ikorodu Road — 200 nairas le ticket, environ 40 centimes. Bus blindé de chrome orange et blanc, climatisé à mort, mais pris au piège dans un embouteillage monstre pendant 2 h 30 pour un trajet supposé durer 45 minutes. Vieille femme à côté de moi vendait des beignets chauds (akara), odeur d'huile de palme omniprésente. Un homme en costard m'a demandé trois fois si j'étais touriste. Moment gênant, pas méchant, juste insistant. Le Lekki Conservation Centre méritait le détour : 78 hectares de forêt tropicale humide, sentier en passerelle à 10 mètres de hauteur, singes dans les branches. Entrée 3 500 nairas (7 euros). Le guide, Chuka, connaissait chaque feuille, chaque cri d'oiseau. Il m'a montré un python caché sous une racine — moment où j'ai retenu mon souffle sans le faire exprès. Au retour, petit restaurant de brousse, riz jollof avec poulet grillé, 2 000 nairas. C'était bon mais trop gras, j'ai eu mal au ventre jusqu'à demain. Marché de Balogun et première arnaqueMercredi, j'ai voulu explorer le marché de Balogun, cœur commercial de Lagos Island. Dès l'entrée, chaos contrôlé : vendeurs debout sur des tabourets, écrans de téléphones partout, argent qui change de main en permanence. J'ai acheté deux pagnes « authentiques » (tissu batik) pour 8 000 nairas (16 euros). Deux heures plus tard, en comparant avec d'autres touristes à l'hôtel, j'ai compris que j'avais payé le double. Vendeur avait souri largement quand je suis parti. Leçon apprise : toujours demander le prix à trois vendeurs d'abord. L'odeur là-dedans : mélange d'encens bon marché, de sueur collective et de fruits stockés trop longtemps. Déjeuner au restaurant Lekka Wraps (spécialité locale), 1 200 nairas pour une wrap avec viande épicée, avocat et sauce piquante. Goût puissant, impossible de parler pendant 5 minutes après. Propriétaire Bukola m'a fait goûter un jus de bissap maison, sucré-acide, presque astringent, différent de tout ce que j'avais mangé. Soirée sur la plage d'ElegushiJeudi soir, plage d'Elegushi à Lekki : 20 h 15, coucher de soleil orange rasant, température 26 °C, une fraîcheur avant la nuit. La plage était pleine de jeunes gens, couples, groupes bruyants. Bar de plage Ajia Beachbar, bière Star 600 nairas, musique afrobeats à volume élevé (Wizkid, Burna Boy sur repeat). J'ai vite compris que les touristes seul(e)s ici, ça attire pas mal l'attention. Trois mecs m'ont demandé où j'étais seul, gentils mais relous. J'ai changé de coin trois fois avant de trouver un endroit tranquille près des rochers. Samedi, je suis allé au Musée national du Nigéria (musée national Lagos, sur Campbell Street, 1 000 nairas). Collections d'art Ife et Benin, vieilles cloches en bronze, sculptures. Chauffeur de taxi sur place m'a dit que c'était rien comparé aux salles fermées du musée de Benin City, mais j'ai trouvé ça suffisant pour 2 h 30 de visite. Guide parlait français avec accent fort, au moins il s'y donnait. Dernier jour : marché flottant de Makoko, communauté lacustre. Bateau de 6 places avec moteur thermique, conducteur qui conduisait comme un fou. 2 500 nairas (5 euros). Maisons sur pilotis, enfants sautant dans l'eau marron, odeur de poisson fermenté saoulante. Achats de fétiches touristiques en bois : 1 500 nairas pièce. Moment surréaliste mais pas mal déprimant : voir comment les gens vivent entassés là-dedans.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de Balogun (Lagos Island) : négocier avant d'acheter, arriver avant 11 h pour éviter la grosse bousculade
BRT ligne 3 : expérience transport local au complet, départ Ikorodu Road, 200 nairas
Restaurant Lekka Wraps (Ikoyi) : wraps épicées, patron qui parle français cassé, 1 200 nairas
Lekki Conservation Centre : passerelle surélevée, python caché, guide Chuka de 14 h 30 à 16 h
Makoko flottant : bateau privé, enfants, odeur de poisson, partir avant 15 h (jours courts)
Photos — Lagos
Et au final.
Lagos mord, criarde, grasse, imprévisible. Pas pour les vacances zen. J'y ai appris le chaos urbain, la résilience des gens, et que 3 euros de café espresso au Nigeria, c'est un luxe qu'on paye en tolérant les vendeurs qui crient. Grosse fatigue des trajets, mais des rencontres vraies, zéro touristes pâtes-plages.








