Comment ça s'est passé.
Levé à 3 h 30 du matin à l'aéroport d'El Alto (4 150 m d'altitude), j'ai senti d'emblée cette respiration laborieuse. Pas de dramatique, juste la présence physique de l'altitude qui te rappelle où tu es. Le chauffeur de taxi me parle en espagnol — mauvaise surprise, je m'attendais à un peu d'anglais. On arrive à l'hôtel Casa Andina dans le quartier de Sopocachi vers 5 h du matin, je dois attendre 10 h pour ma chambre. La Paz m'a d'abord frappé par le son : les vendeurs de rue qui crient « helaaado, fruta, café » dès 6 h, les minibus qui klaxonnent sans arrêt, les musiques de cumbia qui sortent des petits commerces. C'est un chaos organisé. Je traîne au marché de San Francisco pendant trois heures, où l'odeur de poisson séché et de tiges de persil frais se mélange à celle du diesel des motos. Je commande une salteña chez une femme assise par terre : pâte fourrée de viande, pommes de terre, olives et œuf dur — 8 bolivianos (environ 1 euro). C'était bon, gras, lourd, parfait. Galère à La Paz : le bus touristique Jour 2, je réserve un tour du Salar d'Uyuni via l'agence Andes Salt Expeditions au prix de 650 bolivianos par personne (95 euros). On m'annonce le départ à 7 h. À 7 h 45, toujours rien. Le guide arrive, m'explique que le bus a une panne électrique. Attente de deux heures. Là, j'ai senti la frustration vraie, celle où tu te demandes si tu as jeté ton argent par la fenêtre. Finalement, on part à 9 h 50 avec quatre touristes allemands. Route vers Oruro, puis Uyuni. Paysage de haut plateau, herbes jaunes, air sec qui déshydrate méchamment. On s'arrête au petit restaurant El Camino à Oruro : caldo de huesos (bouillon d'os) et quinua à 25 bolivianos. Goût salé, simple, ça remonte un peu le moral. Le Salar : blanc à perte de vue Arrivée à Uyuni vers 17 h. On descend à l'hôtel Palacio de Sal — littéralement un palace entièrement construit en blocs de sel. Les murs sont en sel, le mobilier en sel. C'est une sensation bizarre, presque kitsch, mais efficace pour dire où tu es. Le soir, température qui dégringole, peut-être 5 degrés. Je mets trois couches. Jour 3 : départ à 6 h 30 du matin, 4x4 pour traverser le Salar de Uyuni lui-même. C'est blanc, blanc, blanc. Horizon qui se dissout, géométrie parfaite, miroir à l'horizon lors de la saison des pluies (nous, c'était saison sèche). On s'arrête aux îles : Incahuasi, couverte de cactus géants de 5 à 10 mètres. J'ai pris des photos évidentes, mais honnêtement, après 2 heures, le blanc commence à fatiguer les yeux. On mange un sandwich au fromage blanc dans une petite cabane sur l'île — saveur fade, pain sec. Le guide, José, a une vraie force : il connaît l'histoire géologique du site, le fait que c'est un ancien lac Poopó, asséché depuis des millions d'années. Il m'explique aussi l'arnaque des geysers d'Atacama — beaucoup de petits hôtels trop touristiques à Uyuni vendent des forfaits gonflés. Il me conseille d'éviter les circuits de 4 jours. La Paz : lenteur et vodka Retour à La Paz le jour 7. J'ai loué un appartement chez l'habitant, rue Linares, à 40 euros par nuit via Airbnb. La proprio, Elena, 67 ans, m'offre du api le matin : bouillie de maïs sucré au lait. Goût douceâtre, texture pâteuse, j'ai dû forcer un peu pour finir le verre par politesse. J'ai passé du temps au bar Soja (vodka locale, 35 bolivianos le verre), où j'ai rencontré des locaux qui bossent en IT. Ils m'ont expliqué que La Paz est en train de gentrifier certains quartiers, mais que les prix baissent aussi dans d'autres. Conversation normal, hors guide touristique. Une vraie galère : j'ai dû aller à la Caja Nacional de Salud (la sécurité sociale) parce que j'avais un problème dentaire. 2 heures pour voir un dentiste, consultation gratuite, mais le détartrage était 150 bolivianos (22 euros). Système pas fluide, mais efficace et honnête. Dernier jour avant départ : je suis resté au musée de l'Eau à La Paz, moins connu que le Museu de los Metales. Exposé sur la gestion de l'eau dans la ville à 3 640 m d'altitude. Entrée 30 bolivianos. Franchement intéressant, pas sur-intellectualisé. J'ai quitté La Paz le jour 14 en vol Aerocon vers Brasília. À l'aéroport, j'ai acheté des tucumanas (beignets fourré à la viande) à 3 bolivianos l'unité. J'en ai pris 6.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de San Francisco à La Paz : se perdre 2 heures entre les vendeurs de tiges d'oca et les étals de poissons séchés
Île Incahuasi au Salar d'Uyuni : cactus de 10 m, sel blanc, midi à 5 °C
Restaurant El Camino à Oruro : caldo de huesos à 25 bolivianos, goût pur
Hôtel Palacio de Sal : dormir dans les murs de sel, absurde mais efficace
Musée de l'Eau de La Paz : petit, peu connu, plus vrai que le museu touristique
Et au final.
La Bolivie, c'est du vrai. La Paz te fatigue, l'altitude te serre, les transports ne sont jamais à l'heure. Mais le Salar est une expérience physique qu'on ne peut pas contourner, même si elle déçoit un peu en durée. J'aurais aimé passer plus de temps sur les cultures aymara de la région de Tiwanaku plutôt que de rester collé aux circuits touristiques.