Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport de Ljubljana Jože Pučnik un mardi matin gris, après un vol Ryanair depuis Paris Charles de Gaulle qui a décollé avec deux heures de retard. Le bus 28 nous a menés au centre-ville en 45 minutes pour 4,50 euros. La gare routière Avtobusna postaja Ljubljana sentait le diesel et les vieilles tapisseries – un mélange qu'on retrouverait partout en Europe centrale. Le premier choc : Ljubljana est bien plus petite qu'on l'imaginait. La vieille ville tient dans trois rues piétonnes. Nous avons posé nos sacs à l'hôtel Slon, rue Miklosiceva, chambre 312, avec vue sur le marché central qui grouille de vendeurs dès 7 h du matin. Les pêches venaient d'Italie, à 2 euros le kilo. Le café au Kavarna Tromostovje, en terrasse devant le pont des trois dragons, coûtait 2,10 euros et était servi par une fille qui parlait cinq langues et roulait les yeux quand les touristes demandaient où trouver du « vrai café slovène ». Le lac de Bled et les réalités du tourisme de masseMercredi, nous avons pris le bus 1G depuis Ljubljana vers Bled, 1 heure 15 de trajet, billets à 7,50 euros aller-retour chez Arriva. En arrivant vers 10 h 30, nous avons compris immédiatement : c'était blindé. Les trois hôtels les plus proches du lac vendaient des sucreries à la réception, et des groupes de touristes asiatiques occupaient chaque cm² de la rive nord. Notre moment marquant ? Pas la vue postale du château. C'était plutôt la conversation avec Matej, le propriétaire du petit restaurant Gostilna na Gradu, qui nous a avoué qu'il avait augmenté ses prix de 40 % en trois ans à cause des Chinois et qu'il ne pouvait plus se permettre de rester ouvert hors saison. Un soupe aux orties coûtait 11 euros. Délicieuse, mais trop chère pour la portion. Nous avions fait la galère : nous avions voulu emprunter des barques de pêche traditionnelles à 8 euros, mais le type au kiosque nous a dit qu'il fallait revenir à 14 h pile parce qu'avant, « les touristes organisés occupent tout ». Le château de Bled lui-même était à 9 euros l'entrée. Trois salles de murs blancs, deux reconstitutions historiques en plastique, et une vue correcte mais sans plus sur le lac depuis la terrasse. Nous avons mangé une part de gâteau de Bled au miel – le truc classique –, presque trop sucré, 4 euros dans un café bondé. Les grottes de Postojna et la vraie SlovénieJeudi, nous avons loué une voiture chez Budget à Ljubljana (60 euros par jour, essence comprise environ 35 euros). Route vers les grottes de Postojna, 1 h 45 en direction du sud. Le parking touristique coûtait 3 euros. Les grottes elles-mêmes : 29 euros par adulte pour le parcours en train souterrain et à pied. C'était effectivement impressionnant. La température à l'intérieur stable à 8 °C, même en juin. L'air sentait l'humidité minérale, presque métallique. Mais là encore, groupes organisés et cris d'enfants partout. Nous avons déjeuné au restaurant du site, un Proteus copié-collé des autres restaurants touristiques slovènes : une assiette de fromage local (Tolminc, très bon, texture granuleuse) à 13 euros, pain grillé inclus. Après, détour par le château de Predjama, 15 minutes plus loin. Gratuit d'approcher de l'extérieur, 10 euros pour entrer. Ici, moins de touristes. Un château accrochéà la falaise, construit au XVe siècle, avec des tunnels souterrains menant au village d'à côté. Nous avons croisé une femme slovène seule qui visitait aussi et qui nous a dit : « C'est comme ça qu'on aimait les châteaux avant qu'ils deviennent des selfie-sticks. » Nous avons ri. C'était vrai. Vin blanc, Trieste et retourVendredi, nous avons enfin quitté le circuit touristique. Direction la côte slovène – oui, il y a une côte, minuscule – vers Izola et Piran. La route côtière est magnifique mais étroite. Port d'Izola, nous avons mangé du poisson frais grillé au restaurant Mandrač, 16 euros pour deux filets. Le vin blanc local (Sauvignon Blanc de la région de la vallée de l'Isonzo, région frontalière partagée avec l'Italie) coulait à 3 euros le verre. Un goût sec, herbacé, sans prétention. Piran, c'était la carte postale slovène la plus fidèle : ruelles Vénitiennes, murs jaunes et roses, église de Saint-Georges avec son clocher dominant tout. Nous y avons passé deux heures sans foule de dingues. Le dimanche matin à 9 h 30, avant l'arrivée des cars de tourisme, c'était sérieux. Un matin en silence, juste les cormorans qui pêchaient dans le lagon. Les derniers joursRetour à Ljubljana, auberge Hostel Celica pour les deux dernières nuits. Un ancienne prison reconvertie en auberge design. Original, oui, mais bruyant à cause des routards anglais qui buvaient du punch fait maison jusqu'à 3 h du matin. Nous avons finalement dormi au balcon. Dernier repas à Ljubljana : biftek slovène accompagné de haricots blancs au Gostilna Sokol, rue Prešernova. 14 euros, généreux, bon marché traditionnel sans cinéma. C'est ce que nous aurions dû manger plus tôt au lieu de chercher les restaus Instagram.
Les bons plans repérés sur place.
Restaurant Gostilna Sokol, rue Prešernova à Ljubljana : biftek slovène et haricots blancs, 14 euros, sans touristes
Piran le dimanche matin avant 10 h : ruelles vénitiennes presque vides, église de Saint-Georges, cormorans pêchant
Château de Predjama (entrée 10 euros) : falaise vertigineuse, tunnels souterrains, un tiers du flux de Bled
Grottes de Postojna (29 euros) : train souterrain spectaculaire, température 8 °C, air minéral ressenti
Vin blanc local Sauvignon Blanc de la vallée de l'Isonzo (3 euros au verre) : goût herbacé sec, accompagne bien le poisson
Photos — Ljubljana et Lac de Bled
Et au final.
La Slovénie, c'est beau, oui. Mais en juin-juillet, les lieux touristiques deviennent des parcs à thème. Les vrais moments ont été avec les gens, les petits restaus slovènes, les routes vides vers Piran. Bled, c'est un piège à touristes doré. Nous y retournerions, mais en avril ou septembre, et nous éviterions la rive nord du lac.
