Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international Hazrat Shahjalal de Dhaka un mardi matin, à 6 h 30. Le premier choc : la chaleur moite, presque 32 °C dès l'aube, collante, qui s'accroche à la peau. Le trajet en taxi depuis l'aéroport jusqu'à notre hôtel, le Dhaka Regency dans le quartier de Gulshan, a pris trois heures au lieu d'une. Le chauffeur, Karim, ne parlait que le bengali et anglais basique, mais sa radio crachait du Bangla pop à volume maximal — des mélodies aigues et des battements de tabla qui m'ont donné envie de dormir et de rire simultanément. Le lendemain, nous avons visité le Musée national du Bangladesh, rue Curzon. L'entrée coûtait 20 taka (0,19 €), et c'était un chaos organisé : des escaliers mal balisés, des salles mal éclairées, mais des trésors cachés — des statues hindoues du 9e siècle, des miniatures mogoles. L'odeur de poussière et d'humidité était écrasante, presque suffocante dans certaines sections. Un moment marquant : nous avons croisé une classe d'écoliers en uniforme bleu et blanc, qui nous criaient « Hello, hello ! » avec des sourires éclatants. Cela m'a rappelé pourquoi je voyage. Nous avons mangé au Café Coffee Day près de Farmgate. Un cappuccino à 180 taka (1,70 €), une part de cheesecake industrielle mais honnête. La climatisation marchait trop bien — on gelait après la fournaise dehors. Le contraste était saisissant, inconfortable. Le troisième jour, nous avons pris le bus Shohagh (ligne 65, 25 taka le ticket) depuis la gare routière de Kamalapur jusqu'à Sadarghat, le port fluvial sud de Dhaka. C'est un marché flottant chaotique où des centaines de petits bateaux et ferries s'entassent. Les cris des vendeurs, le clapotis de l'eau brune du Gange, l'odeur piquante du poisson séché — c'était brutal, immédiat. Nous avons embarqué sur un ferry local (pas touristique) vers l'île de Narayanganj. Crème solaire oubliée. Coup de soleil en règle. Galère numéro 1. À Narayanganj, nous avons découvert des chantiers navals où des ouvriers démolissaient des navires à mains nues, presque. Pas de sécurité visible. Pas de casque. Juste de l'acier qui s'écroulait. C'était malsain à regarder, mais impossible de détourner les yeux. Le repas du soir au restaurant Roshni Charcoal Tandoori (à Old Dhaka) : dhal roti pour 80 taka (0,75 €), chicken tikka pour 180 taka (1,70 €). Le tandoori était fumant, les épices — curcuma, coriandre, piment rouge — dominant totalement mes papilles. Le serveur parlait français approximativement. Il m'a fait un prix spécial parce que je lui ai dit que j'aimais vraiment la nourriture bengali. Gentillesse sincère, sans arrière-pensée apparente. Nous avons passé deux jours à explorer les rues d'Old Dhaka, particulièrement le quartier de Shakhari Bazaar, un marché de potiers et d'artisans. Les ruelles sont trop étroites pour deux voitures. Les murs tombent en ruine. Les enfants jouent au football avec des ballons dégonflés. Les femmes vendent des tissus depuis des boutiques microscopiques. C'est dense, coloré, pauvre, vivant. Galère numéro 2 : un homme nous a suivies pendant 20 minutes, prétendant nous vendre de fausses montres Rolex. Nous avons accéléré le pas, il a abandonnée. C'est venu trop vite, trop agressif. Cela nous a mises mal à l'aise. Le dimanche, nous avons pris un train vers Mymensingh avec la Bangladesh Railway. Quatre heures de trajet, 320 taka (3 €) en classe intercity. Le train était bondé, les portes ouvertes, le vent chaud entrant par les fenêtres sans vitre. À Mymensingh, nous avons visité le Botanical Garden, un jardin oublié où les orchidées poussaient en liberté, où les chemins étaient envahis de plantes tropicales. Seuls sur place. Silence. Sauf le chant des oiseaux et les insectes. Retour à Dhaka. Dernier soir au restaurant Nirob Natore (littéralement « mur blanc »), une petite gargote sans enseigne. Réduit à un comptoir, six tabourets. Nous avons mangé des momos (boulettes vapeur bengali) et bu du chai sucré épais à 30 taka le verre. Le propriétaire a refusé notre pourboire. « Déjà heureux que vous soyez venue », a-t-il dit. Ces moments-là remplissent le voyage de sens.
Les bons plans repérés sur place.
Sadarghat (port fluvial de Dhaka) : ferries locaux bondés, vrai commerce fluvial, pas touristique
Café Coffee Day Farmgate : cappuccino 180 taka, climatisation glaciale, vue sur la rue
Musée national rue Curzon : 20 taka l'entrée, statues du 9e siècle, odeur de poussière authentique
Old Dhaka, Shakhari Bazaar : marché de potiers, ruelles étroites, pas d'autres touristes
Botanical Garden de Mymensingh : train Bangladesh Railway 4 h, jardin tropical quasi désert
Photos — Dhaka
Et au final.
Le Bangladesh m'a surprise, déroutée, frustrée aussi. C'est chaotique, pas organisé pour les touristes, les arnaqueurs existent. Mais il y a une sincérité humaine, une énergie brute qui manque à beaucoup de pays. Je ne reviendrai pas forcément, mais je ne regrette rien.
