Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport international de Dacca Shahjalal vers 14h, morts de fatigue après 18h de vol. Premier choc : la chaleur moite qui nous a frappés en sortant de la passerelle — 34°C, humidité à 80%, le genre de climat qui colle à la peau immédiatement. Le taxi jaune et noir qui nous a pris à l'hôtel Dhaka Regency (tarif à l'arrivée : 800 taka, soit 8€) nous a plongés direct dans le cauchemar routier de la capitale. Trois klaxons à la seconde, des motos qui slalomaient entre les voitures, des flaques qui faisaient jaillir de l'eau boueuse sur le pare-brise. On s'est tous regardés : « on a vraiment choisi ça ? » Les trois premiers jours ont été consacrés à Dhaka. On a logé au Hotel Iqbal, rue Kakrail, chambre double avec clim pour 2500 taka par nuit. Pas glamour mais fonctionnel. Le patron, un monsieur barbu qui parlait un français approximatif, nous a conseillé le restaurant Karim's pour goûter au vrai biryani de Dhaka. On y a mangé assis sur des chaises en plastique bleu, l'odeur des épices chaudes (cumin, cardamome, clou de girofle) qui envahissait tout. Le biryani coûtait 350 taka (3,50€), c'était onctueux, parfois un peu gras, mais addictif. Le lendemain matin, levés à 5h30 pour visiter le marché de Sadarghat avant que la fournaise devienne insoutenable. Les vendeurs de légumes, de poisson, de fleurs, les cris en bengali, le chaos organisé de milliers de gens. On s'est perdus deux fois avant de trouver le débarcadère des ferry — petit galère : mon copain s'est fait piquer son portefeuille par un enfant, on l'a rattrapé mais c'était flippant. Le moment qu'on n'oubliera pas : la visite du Mausolée de Shaheed Minar, place Azad. On s'attendait à un lieu touristique vide. Au lieu de ça, c'était un mercredi après-midi, des étudiants partout, des couples, des familles. On a senti la charge émotionnelle du lieu — ce monument dédié aux morts du Mouvement pour la langue bengalie, c'était pas juste des pierres, c'était vivant. Une femme nous a expliqué en anglais l'histoire, puis ses amies nous ont proposé du thé au lait du petit café à côté. Ces moments-là, on ne les avait pas sur l'itinéraire, ça vous tombe dessus. On a pris le bus Shyamoli Transport depuis la gare de Fulbarigate (départ 7h du matin, 450 taka par personne) pour rejoindre Khulna, porte d'entrée des Sundarbans. Le trajet a duré 6h, bus climatisé mais avec des arrêts au hasard, des vendeurs de fruits et de biscuits qui montaient à chaque fois. Khulna était petite, poussièreuse, mais on a trouvé un guide décent, Mr. Rahman, qui parlait anglais et knew where to go. Deux jours en bateau dans les Sundarbans, le plus grand mangrove du monde. Les crécelles de chaleur, le bruit des singes langurs, l'odeur de vase chaude qui montait de l'eau. Mr. Rahman nous a dit qu'on avait peu de chances de voir un tigre du Bengale — sur 100 touristes, 3 peut-être. On n'en a pas vu, mais on a vu des crocodiles, des cerfs aquatiques, des aigles. C'était suffisant. La nuit dans la cabane du bateau, pas de fenêtre vraiment étanche, les moustiques qui passaient à travers, on a dû dormir entièrement couverts sous une mousseline étouffante. Retour à Dhaka, derniers jours au marché Old Dhaka, le Hatirjheel — un lac artificiel transformé en promenade. Les gens prenaient des selfies, les petits restaurants informels au bord servaient du roti et du curry pour 200 taka. On a raté le musée national, trop fermé un lundi (grosse deception, on avait mis ça sur la liste). On a plutôt vu le Lalbagh Fort, construit au 17e siècle, des murs rouge brique qui tombaient un peu en ruines mais magnifiques au coucher. Entrée 50 taka par personne. Le dernier soir, au restaurant Paka's rue Karwan Bazar, le proprietaire nous a servi du dawat masala chaï — le thé sucré, épicé, qu'on boit brûlant. On a bavardé avec une famille bangladaise assise à côté de nous, ils nous ont dit qu'on devait revenir en hiver pour avoir moins chaud. Fair point.
Les bons plans repérés sur place.
Sadarghat Ferry Market — à l'aube, avant 7h, foule de vendeurs de fleurs et de poisson, odeur impossible à décrire
Restaurant Karim's rue 41, Kakrail — le biryani dhalal des locaux, assiette en métal, serveurs qui courent
Bateau aux Sundarbans depuis Khulna — louez avec Rahman (contactez l'hotel à Khulna), nuit sur le bateau incluse, moustiquaire obligatoire
Lalbagh Fort — entrée le soir après 16h, murs ocre-rouge, silence relatif, très peu de touristes
Thé du soir au Paka's — chaï masala fait maison avec lait et épices, chaud même à 30°C, 30 taka le verre
Et au final.
On est partis contents d'être venus, moins contents du climat permanent. Dhaka c'est frénétique, parfois éttouffant, pas toujours accueillant (il y a des petites arnaques, des regards lourds selon le quartier). Les Sundarbans nous ont manqué en termes de wildlife spectaculaire. Mais le pays existe vraiment, il parle vrai, les gens sont souvent bienveillants quand on ose créer du contact. On referait ça, mais en novembre-janvier seulement.







