Comment ça s'est passé.
On arrive à Dhaka à 23h30 après un vol Air France via Doha. L'aéroport Hazrat Shahjalal est vide, c'est déjà un soulagement. Dehors : moiteur immédiate, 28°C même la nuit, et cette odeur caractéristique mélange d'essence, d'épices et d'égout qui restera trois semaines dans les cheveux. On loge à l'hôtel Purobi au cœur de Dhanmondi, à 1500 taka la nuit (environ 15 euros), chambre avec clim qui fait du bruit. Le propriétaire, un vieux monsieur nommé Rajesh, nous propose des œufs à la coque au petit-déj à 80 taka. Premier matin, on se réveille à 5h45 — pas de choix, le bruit des tuk-tuks démarre avant l'aube. C'est assourdissant. Le grésillement des klaxons continue jusqu'à 22h minimum. Jour 2 : on prend le bus Bangladesh Road Transport Corporation (BRTC) ligne 42 depuis Kawran Bazar pour aller à Narayanganj, 2 heures de trajet, 50 taka. Le bus est bondé. Vraiment bondé. On est 4 étrangers pour 80 locaux. Une femme avec un bébé nous regarde avec curiosité pendant tout le trajet. On s'arrête à Shitalakshya, un petit marché en bord de fleuve où on mange des momos vapeur chez une femme sans enseigne, 30 taka les 6 pièces, avec cette sauce à la tomate maison qui pique légèrement. Le goût sucré-salé-épicé : ça explose. Retour à Dhaka à 17h, épuisés mais contents. Le moment difficile : jour 5, on va au Old City, vers la mosquée Salimullah. On voulait voir le Khan Market mais un flic nous arrête, dit que c'est fermé pour travaux (mensonge probable, juste un contrôle). Il demande nos passeports. Tension. Après 15 minutes de conversation où on explique qu'on est touristes, il nous laisse partir. Plus tard, on achète des mithai (gâteaux bengalis) chez un confiseur rue Shakhari Bazar : les sweets sont à 400 taka le kilo, on en prend 300 grammes pour 120 taka. Le rasgulla, cette boule blanche dans le sirop sucré, fond sur la langue. C'est bon mais trop sucré après deux pièces. Jour 7-9 : on prend un bus privé Hanif Enterprise (marque bleue reconnaissable) pour les Sundarbans, 4h de route jusqu'à Khulna. Les bus Hanif sont plus corrects que le BRTC, sièges semi-couchettes, climatisation qui marche. 350 taka par personne. À Khulna, on loge au Paradise Guest House, 1200 taka, endroit basique mais propre. Notre guide Tiger Safari, un homme de 50 ans nommé Ashok, parle un anglais hésitant mais il connaît chaque arbre. On sort en bateau moteur à 6h du matin depuis le port de Sundarbans (embarcadère Khulna). 2h30 de bateau, puis on se fait tranférer dans une petite barque plus fine pour pénétrer les canaux. Le silence est dingue après Dhaka. Juste le bruit du moteur qui s'éteint puis du canot qui glisse. L'odeur change : humidité épaisse, iode, pourriture végétale mélangée. On ne voit pas un tigre (Ashok nous confie qu'on n'en verra probablement pas, ils sont timides), mais on croise des crocodiles à l'eau saumâtre, des cerfs d'Inde, des oiseaux à crête. Une biche s'approche du bateau à 3 mètres. Moment suspendu. Retour à Khulna jour 9. On mange au restaurant Rana, fish curry avec du riz basmati, 350 taka. Le curry a un goût de curcuma frais, pas celui en poudre qu'on utilise en France. Différence sensible. Jour 10-12 : retour à Dhaka en bus Hanif (380 taka). On visite le Musée national (entrée 100 taka), situé à Shahbag. Collection de sculptures anciennes, textiles et armes. Musée sans prétention mais instructif. Le bâtiment date des années 1910, climatisation insuffisante, on transpire dans les galeries. On mange chez Paka Rasta, une petite feria où on vend des biryanis. Le biryani de poulet coûte 180 taka, portions généreuses. On commande aussi du lassi salé pour 40 taka. La première gorgée du lassi : fraîcheur choc après le poulet épicé. On mange assiz sur des tabourets en bois. Ça bouge pas mal autour. Jour 13 : on visite le Mémorial du génocide de 1971 (Shaheed Minar), entrée libre. Lieu sobrement construit mais chargé émotionnellement. Les noms gravés sur la pierre : ça pèse. On reste 40 minutes sans rien dire. Pas d'autres touristes ce matin-là. Jour 14 : dernier matin avant l'avion. On flâne au Lalbag Fort, une forteresse du 17e siècle en brique rouge. Entrée 100 taka. L'endroit est surtout fréquenté par des couples de jeunes Bangladais. Les jardins sont mal entretenus. On mange un parata au beurre chez un vendeur de rue (30 taka) : feuille de pâte épaisse, croustillante, remplie de pommes de terre. C'est bon marché et ça sustente.
Les bons plans repérés sur place.
Sundarbans : canal de Khulna au lever du jour, barque étroite, rencontrer les cerfs à 2m
Khan Market Old City (Shakhari Bazar) : gâteaux bengalis chez le confiseur sans enseigne, 120 taka les mithai frais
Mémorial du génocide Shaheed Minar : lieu de mémoire peu visité, silence impressionnant à 9h du matin
Restaurant Paka Rasta : biryani de poulet 180 taka, lassi salé refroidissant, assis sur tabourets en bois au cœur de Dhaka
Bus Hanif Enterprise vers Khulna : sièges semi-couchettes, 350 taka, différence notable avec le BRTC surpeuplé
Photos — Dhaka / Sundarbans
Et au final.
Le Bangladesh n'est pas un pays de carte postale. Dhaka est étouffante, polluée, bruyante, et on n'oublie jamais ce bruit constant. Les gens sont accueillants quand on sort des circuits touristiques balisés, mais il faut être vigilant — petites arnaque à touristes au marché, contrôles de police déconcertants. Les Sundarbans, c'est l'opposé : silence, nature brute, un vrai déconnexion. On y retournerait pour le contraste.
