Comment ça s'est passé.
J'ai quitté l'aéroport Manas de Bichkek un dimanche matin à 6 h 30, après un vol Air Kyrgyzstan qui avait deux heures de retard. La capitale m'a frappé tout de suite : odeur d'essence et de barbecue de viande grillée mélangées, une chaleur sèche de 28 degrés à 7 heures du matin. Je me suis installé à l'hôtel Issyk-Koul Panteleo, rue Panfilov (chambre 342, 45 euros la nuit), avant de descendre au marché de l'Osh Bazaar. L'Osh Bazaar, c'est vraiment là qu'on comprend le Kirghizstan. J'ai acheté des samsa à la viande pour 2 soms (moins de 0,03 euro), et elles étaient encore chaudes. Des vendeurs criaient en kirghize, en russe, en anglais cassé. J'ai goûté du kymyz (lait de jument fermenté) pour la première fois : c'est aigre, légèrement gazéifié, pas bon du tout, mais culturellement intéressant. Un vieux marchand a ri en me voyant faire la grimace. Le voyage vers le Lac Issyk-KoulMercredi matin, j'ai pris un minibus partagé (marshrutka) depuis la gare routière de Bichkek vers Karakol, ligne 5, à 6 h du matin. 350 soms (4 euros environ) pour 5 heures de route. Le chauffeur roulait à fond sur une route qui n'était qu'à moitié asphaltée, poussière partout, mes affaires qui volaient sur la banquette arrière. Une mère avec deux enfants vomissait en silence. Pas la meilleure partie du voyage, honnêtement. Karakol est une ville côtière, avec le lac Issyk-Koul juste en bas, deuxième plus grand lac d'altitude du monde. J'ai réservé une chambre chez un habitant, Altan Guest House, 30 euros avec petit-déj (oeufs, pain, thé noir servi à 80 degrés). De ma fenêtre au premier étage, je voyais les montagnes Tian Shan qui se dressaient direct, enneigées. Le silence était complet la nuit, juste le vent qui soufflait fort. Les journées au lacJ'ai loué un vélo auprès d'Erkin (petit atelier rue Toktogul) pour 200 soms par jour (2,50 euros). Les routes du bord du lac étaient plates, faciles. L'eau est d'une transparence bleue légèrement translucide qui reflète juste le ciel. Je me baignais seul à 7 h du matin, l'eau à 19 degrés, c'était vivifiant. Un seul moment désagréable : un cheval s'est enfui d'une ferme locale et m'a presque foncé dessus près de Jyrgalan. J'ai dû sauter du vélo en panique. J'ai mangé du plov (riz, viande de mouton, carottes) au restaurant Jyrgalan Lodge pour 350 soms (4,20 euros). C'était salé, gras, délicieux après six heures de vélo. Le propriétaire, Nurlan, m'a offert un thé gratuitement en me voyant solo. On a parlé deux heures via un traducteur Google qui déconnait régulièrement. Il m'a expliqué qu'il avait 62 ans, qu'il travaillait dans ce restaurant depuis 1998. Trek vers le Lac Ala-KulSamedi et dimanche, j'ai fait un trek avec un guide kirghize nommé Abdoul (80 euros les deux jours, repas inclus). Montée à 3 650 mètres d'altitude. À 2 500 mètres, l'air devient vraiment raréfié, on respire plus fort. Abdoul me criait « Slowly, slowly ! » en riant. On a dormi en yourte de fortune, elle était mal isolée, j'ai tremblé toute la nuit. Mais le lever du soleil sur le lac Ala-Kul, complètement gelé, avec les pics enneigés en miroir, c'était intense. Pas une photo qui rend justice. On a croisé des bergers kirghizes qui élevaient des yaks. Abdoul leur a parlé, puis m'a dit qu'ils trouvaient fou qu'un Français monte jusque là sans raison précise. « Pourquoi tu grimpes ? » a demandé l'un d'eux. Bonne question. Retour à BichkekLundi, marshrutka retour (même ligne, même 350 soms). Cette fois, un groupe de touristes allemands était dedans, ça rendait la route un peu moins chaotique. J'ai passé mes derniers jours à Bichkek en visitant le Musée d'Histoire Nationale (entrée 100 soms), qui montre bien la complexité de la région : invasions, Urss, indépendance, instabilité. Les photos des années 1990 dans la capitale sont dingues, des bâtiments en ruines partout. Aujourd'hui, c'est réparé, mais l'histoire traîne encore. Dernier repas : pâtes aux fruits de mer au restaurant Navat, rue Erkindik (280 soms, 3,50 euros). La nourriture kirghize est souvent simple, basée sur viande et féculents. Cette fois, c'était frais au moins.
Les bons plans repérés sur place.
Osh Bazaar à Bichkek, vendredi matin avant 9 h, avec samsa chauds et kymyz à la cuillère
Lac Issyk-Koul, route côtière Karakol-Jyrgalan à vélo, premières heures du matin avant la chaleur
Trek Ala-Kul avec guide Abdoul, yourte incluse, à partir de Karakol (vérifier disponibilité en été)
Restaurant Navat rue Erkindik à Bichkek pour pâtes locales sans prétention
Musée d'Histoire Nationale (100 soms d'entrée), archive visuelle de 30 ans de transformations politiques
Et au final.
Le Kirghizstan m'a marqué par son aspect brut, sans artifices touristiques. La beauté des montagnes et du lac est véritable, pas du marketing. Par contre, les routes pourries, le système de santé fragile, et le manque d'infrastructures touristiques rendent les déplacements épuisants. J'y retournerais pour aller plus loin à l'est (Naryn, Talas), mais pas en espérant du confort.