Comment ça s'est passé.
Nous sommes arrivés à Dakar le 14 février en fin d'après-midi sur le vol Air Senegal (décalage horaire de 5 heures, chaleur étouffante en sortant de l'avion). Pas de panique : j'avais réservé une chambre à l'hôtel Terrou-Bi situé dans la Médina, quartier central mais pas le plus tranquille. Le trajet en taxi depuis l'aéroport Blaise Diagne a pris 1h30 au lieu de 45 minutes annoncées — le chauffeur a dû contourner un accident sur la Corniche. Prix : 8 000 CFA, soit environ 12 euros. Première leçon : négocier toujours avant de monter. Dès le premier matin, levés à 5h30 pour rejoindre le port autonome de Dakar et prendre le bateau pour Gorée (départ 7h, retour 17h). Billet : 5 000 CFA aller-retour. La traversée dure 20 minutes ; j'ai vomi discrètement en sentant l'odeur d'essence et d'eau saumâtre qui monte du moteur. Mon compagnon m'a regardée avec un sourire compatissant. Gorée, l'île des fantômes Gorée est une île de 900 mètres de long. Vous vous y perdez volontairement. Nous avons grimpé les rues pavées chaotiques jusqu'à la Place Fort-Saint-Jago vers 8h30. Là, premier moment marquant : une femme âgée, Madame Diop (rencontrée par hasard), nous a parlé 45 minutes de son enfance sur l'île, de la dernière visite du pape, de ses petits-enfants partis à Marseille. Aucun intérêt touristique, juste de la vraie vie. Nous avons acheté ses bracelets tressés (1 500 CFA chacun) sans vraiment les vouloir, par culpabilité. Mais on ne regrette pas. La Maison des Esclaves sur Gorée reste un lieu dense. Entrée : 3 000 CFA. Le guide sénégalais expliquait les voûtes, les chaînes, la lumière qui rentre par les petites fenêtres. Quelque chose de glacial dans sa voix, pas du spectacle — c'était factuel, douloureux. Une visite qui ne se digère pas en deux heures. Déjeuner à la Pharmacie (petit restaurant sans prétention) : thiéboudienne (riz au poisson) pour 4 500 CFA, jus de gingembre frais pour 1 000 CFA. Le poisson était sec. C'est banal à dire, mais c'est important : tous les restaurants touristiques de Gorée proposent la même version fade du plat national. Il faut chercher ailleurs. Dakar : le marché et le béton Retour à Dakar l'après-midi. Nous avons traîné au marché Sandaga (quartier Plateau) vers 15h. Bruit assourdissant, odeur de cuir neuf et de poisson sec, femmes qui crient les prix en français, en wolof, en pulaar. Galère concrète : j'ai failli me faire piquer mon téléphone. Un gamin m'a tiré la manche pendant que deux autres me pressaient. Heureusement, un vendeur de chaussures a gueulé et ils ont déguerpi. Leçon numéro deux : ne pas sortir d'objets de valeur dans les marchés. Le soir, nous avons mangé au restaurant Ngor Diarama (Plateau, rue Félix Faure) : mafé de veau (sauce d'arachides) pour 5 500 CFA, plat correct, patron parlant français et anglais, ambiance semi-touristique mais sans pression. Bière Flag locale : 2 000 CFA. Musée IFAN et promenades urbaines Musée IFAN (Institut Fondamental d'Afrique Noire) : collection impressionnante de masques, de sculptures. Entrée : 5 000 CFA. Pas grand monde, visite silencieuse, collections bien étiquetées. J'ai passé une heure à regarder des statues érotiques féminines du Sénégal colonial. Ce musée demande du calme, pas du tourisme de groupe. La Corniche de Dakar se parcourt à pied entre 7h et 8h le matin. Température entre 20 et 24°C, athlètes qui font leur jogging, vendeurs de café au lait qui s'installent. Nous avons pris un café et un pain sucré (café : 500 CFA, pain : 200 CFA) en regardant les pêcheurs arrimer leurs pirogues jaunes et bleues. C'est morne, normal, sans fioriture — c'est ça qui est beau. Dernier jour, nous avons tenté de voir le Monument de la Renaissance Africaine. Entrée : 5 000 CFA. Ascenseur en panne (comme souvent). Escaliers : 110 marches en plein soleil midi (oui, nous les avons comptées). Vue : sympa mais surexposée. Bof, franchement. Nous avons mangé une glace Nestlé bas de gamme à la base (2 000 CFA) en pestant contre le choix culinaire limité. Transport urbain : les cars rapides (minibus colorés) coûtent entre 150 et 300 CFA par trajet. Personne ne vous explique les trajets. Les chauffeurs crient les destinations. Nous nous sommes trompés trois fois de direction. C'est énervant mais c'est très local.
Les bons plans repérés sur place.
Port autonome de Dakar le matin (7h) : voir les pirogues de pêche jaunes amarrées, bateau pour Gorée départ régulier
Maison des Esclaves sur Gorée (3 000 CFA) : guide sans détour, voûtes intactes, impact émotionnel réel
Marché Sandaga (quartier Plateau, Dakar) : thiéboudienne correcte chez les petits vendeurs, attention aux pickpockets
Restaurant Ngor Diarama (rue Félix Faure, Plateau) : mafé de veau 5 500 CFA, service sans prise de tête
Corniche de Dakar à 7h du matin : café 500 CFA, pirogues de pêche, pas touristique
Photos — Dakar / Gorée
Et au final.
Dakar et Gorée ne sont pas des destinations « faciles ». Elles sont vivantes, bruyantes, parfois sales, souvent mal organisées. Nous avons adoré parler avec Madame Diop et manger la vraie thiéboudienne quelque part, mais les restaurants pour touristes nous ont rappelé à quel point les tarifs de Gorée sont gonflés. À faire, oui. À idéaliser, non.
