Comment ça s'est passé.
Levée à 5 h 30 le premier matin dans le taxi-brousse qui m'a déposée à l'Hôtel Camayenne près du port de Conakry. L'odeur d'essence mélangée aux fumées de charbon de bois m'a saisie avant même de poser mes bagages. Le gérant, Mamadou, m'a expliqué que l'eau chaude fonctionnait deux fois par semaine—c'était mon jour de chance. Chambre 12, ventilateur bruyant mais efficace, 45 euros la nuit. Les trois premiers jours, j'ai exploré le centre-ville. Le Marché Madina, près de la gare routière, était un vrai dédale : vendeurs de téléphones contrefaits, marchandes de fruits qui criaient leurs prix en peul, odeur écrasante de poisson séché mélangée à la sueur. J'y ai mangé un tiébou djen (riz au poisson) à 3 euros chez une femme sans enseigne qui cuisait dans une ruelle. Délicieux mais trop salé. Le bus local, le N°7 bleu et jaune, m'a menée au Palais du Peuple : fermé pour raisons politiques—galère numéro un. Le gardien m'a suggéré d'essayer le mercredi, mais je n'avais pas le temps. Le Café de la Paix, rue KA015, près de la cathédrale, était mon repaire. Café crème à 1 euro, connexion internet approximative mais un endroit où les Conakryens discutaient politique entre deux tasses. Un matin, j'y ai entendu un débat en malinké que je ne comprenais pas, mais l'énergie était palpable. C'est là qu'un touriste m'a mis en garde : ne pas traîner seul après 18 h. Message reçu. Le mercredi, je me suis lancée dans l'excursion aux Îles de Los. Le bateau du Port Autonome, petit catamaran blanc déglingué, partait à 7 h 30. Trajet quarante minutes jusqu'à l'Île de Roume. L'eau était tiède, le ciel gris, mais en débarquant j'ai senti cette odeur de mangue verte et de sel—moment où le stress urbain a fondu. La plage était quasi vide. Une femme vendait des crevettes grillées sur le sable pour 5 euros. Les ruines du fort français datent de 1790 selon la pancarte rouillée. Reste peu de chose, juste des murs écroulés et des racines qui poussent partout. Vendredi, tentative d'aller à Mamou, ville de l'intérieur, en minibus avec quinze autres passagers entassés. Le voyage était censé durer 3 h 30. Nous avons crevaison à 50 km de Conakry. Deux heures à attendre sous le soleil, température qui frôlait les 35 degrés. Un homme vendait du jus de canne à sucre frais—seul truc appétissant ce jour-là. Moment moins glorieux du voyage. Finalement arrivée à Mamou à 18 h. La ville en elle-même était décevante, juste une gare routière géante et des petits hôtels sans charme. Demi-tour le lendemain. Restaurant Chez Fatoumata, petite maison peinte en rose, près du Stade du 28 septembre, m'a servie les meilleures brochettes de viande (0,50 euro pièce). Le propriétaire racontait que Conakry avait beaucoup changé, que les années 2000 étaient folles. Il a insisté pour que je goûte au vin de palme maison—très sucré, très alcoolisé. Dimanche matin, mosquée Fayçal : pas mal de monde, appels à la prière à 5 h 45 audibles de l'hôtel. Ambiance recueillie mais je me sentais voyeuse. J'ai préféré observer de loin. Après-midi au jardin botanique du Palais de la République, déjà un peu à l'abandon mais avec des manguiers géants. Entrée gratuite mais le gardien attendait clairement une contribution—5 euros versés sans débat. Les coupures d'électricité étaient fréquentes. Trois soirs j'ai dîné à la lampe de poche. Les gens s'adaptaient, s'assirent sur le pas de leur porte. Pas dramatique, juste un rappel que les infrastructures sont fragiles. Retour le jour 12 via Air Guinée, vol à 7 h du matin, aéroport Conakry à 5 h : bus mini d'hôtel payant (8 euros).
Les bons plans repérés sur place.
Marché Madina, secteur nord de Conakry : vendeurs de tissus par milliers et odeur de fumée de grill inévitable
Île de Roume et ses plages tranquilles : catamaran depuis le Port Autonome, 5 euros aller-retour
Café de la Paix rue KA015 : point de rencontre local, wifi aléatoire mais vraiment authentique
Brochettes de viande chez Fatoumata, 0,50 euro pièce : la meilleure affaire culinaire de Conakry
Coupures d'électricité aléatoires : prévoir une lampe frontale, c'est indispensable
Photos — Conakry
Et au final.
Conakry m'a surprise par sa chaleur humaine et son énergie brute, mais c'est une ville difficile pour un touriste seul : transports imprévisibles, infrastructure fatigante, insécurité réelle après le coucher du soleil. Les îles m'ont reposée mais ce n'est pas une destination finie. À revenir avec plus de temps pour l'intérieur.








