Comment ça s'est passé.
Levé à 5 h 30 à l'hôtel Camayenne de Conakry, depuis ma fenêtre du 3e étage j'entends déjà les klaxons des taxis jaunes et blancs qui remontent la route du port. La chaleur commence déjà à écraser, on est à 28 °C à peine 6 heures du matin. Je descends prendre un café au bar de l'hôtel : un expresso tiède à 2 500 francs guinéens, servi avec une baguette blanche rassis. Les femmes de ménage chantonnent en lingala en faisant les chambres, c'est presque devenu une ritournelle après trois jours. Première galère dès ce matin : le minibus que j'avais réservé la veille pour Kindia n'était pas là. Le chauffeur a disparu avec l'avance, classique. Le réceptionniste de l'hôtel, Mamadou, m'a regardé avec un sourire résigné et m'a dit « c'est la Guinée, monsieur ». Il m'a finalement trouvé une place dans un vieux bus « Transguinée », immatriculé GN-4472, qui partait à 8 h 15 depuis la gare Dixinn. Trajet de 2 h 30 sur une route défoncée, à côté d'une femme qui vendait des cacahuètes grillées avec un sachet en plastique malodorant qui empestait l'huile rance. Trois arrêts « sauvages » pour des clients qui levaient juste la main au bord de la route. À Kindia, je descends à la gare routière centrale, chaos total : vendeurs de jus de fruits qui vous crient dessus, motos-taxi qui vous frôlent sans casque. J'ai pris une chambre à l'hôtel Kindia Palace, rue Samory Touré, une bâtisse orange avec grillage en fer forgé. 45 euros la nuit, un lit avec climatisation bruyante qui sonne comme une rafale tous les quarts d'heure. Le patron, Tidiane, un gars d'une cinquantaine d'années, m'a recommandé un restaurant local, chez Aïssatou, à 200 mètres en descendant la rue principale. Chez Aïssatou, j'ai mangé un thieboudienne (riz aux poissons) avec sauce à la tomate et okra. Le plat coûte 8 000 francs guinéens, environ 0,95 euro. Arrivé chaud, servi dans une assiette rouge en plastique, accompagné d'eau en bouteille. Le goût : très épicé, avec des fragments d'arête, c'était correct sans être transcendant. À côté, j'ai vu des ouvriers qui mangeaient une soupe à base de riz et légumes, beaucoup plus économe. Le serveur, Ismaël, parlait assez bien français, il m'a expliqué qu'il y avait des touristes environ deux fois par mois ici. Le lendemain matin, départ vers 7 h pour les chutes de Kinkon, à 30 km au nord. Après discussion avec Tidiane, j'ai loué un motos-taxi avec un chauffeur, Hassan, pour 40 euros la journée. Trajet d'une heure et demie : pistes rouges de latérite, odeur de poussière qui rentre dans les narines, villages avec cases en terre. Hassan chante des chansons de Youssou N'Dour pendant qu'on roule, ça fait passer le temps. On traverse deux rivières à gué. À Kinkon, c'est un mec du village, Sékou, qui me guide vers les chutes : un bassin d'eau turquoise encadré de roches noires, une cascade de 8-10 mètres qui tombe en bruit blanc constant. Moment marquant, oui, mais mitigé : l'eau est glaciale (coup de froid même sous 35 °C), et il y a des mouchons qui piquent partout. J'ai plongé 10 minutes et ça suffisait. Sékou me demande un pourboire de 25 euros à la fin, je trouvais ça gonflé pour un guide improvisé, on s'est mis d'accord sur 15. De retour à Conakry : le marché et les débuts de tension Retour à Conakry après trois jours. Séance au marché Madina, le plus grand marché de la ville. Immense, bruyant, on s'y perd. Vendeurs de tissus, légumes, poissons séchés, viande de brousse. L'odeur des poissons fumés prend à la gorge, très fort. J'ai acheté des mangues à 500 francs chacune chez une femme avec un plateau sur la tête. Trois jours de tension politique à Conakry : manifestation brève près de la Place du 8-Novembre, des jeunes scandent contre l'absence d'électricité. Rien de dramatique, mais j'ai préféré rester près de l'hôtel ce jour-là. Dernier repas à l'hôtel Camayenne au restaurant « Le Jardin » : brochettes de poulet et riz blanc, 12 euros. J'avais imaginé pire. Pas excellent, mais efficace. En fin de séjour, j'ai discuté avec d'autres voyageurs français au bar : un biologiste en mission à Médecins du Monde, un couple qui restait six mois pour une ONG. Personne n'avait eu son visa sans problème, tout le monde parlait de files d'attente à l'ambassade et de demandes absurdes. Internet : instable partout. J'ai utilisé la carte SIM locale Sotelgui (5 euros pour 3 Go, mais ça coupait toutes les deux heures) Argent liquide obligatoire : peu de distributeurs qui marchent, penser à retirer à l'aéroport Taxis : toujours négocier avant de monter, les compteurs n'existent pas
Les bons plans repérés sur place.
Cascades de Kinkon près de Kindia : bassin turquoise, eau très froide, guide local à 15 euros, arriver le matin pour moins de mouchons
Marché Madina à Conakry : immense, chaotique, odeur forte de poissons fumés, faire ses achats en fin d'après-midi quand les vendeurs commencent à baisser les prix
Thieboudienne chez Aïssatou à Kindia : 8 000 francs, portions généreuses, à manger sur place pour l'atmosphère locale
Hôtel Camayenne à Conakry : boulevard de la Corniche, bon petit-déjeuner, réceptionniste Mamadou très utile pour trouver des solutions face aux imprévus
Route Dixinn-Kindia en bus Transguinée : trajet étroit et chaud, mais occasion de voir les villages de l'intérieur et rencontrer des voyageurs locaux
Photos — Conakry
Et au final.
La Guinée, c'est une destination qu'il faut venir voir en ayant accepté le désordre. Conakry fatigue rapidement, trop bruyant, trop chaud, trop d'improvisation dans les services touristiques. Kindia et les chutes en revanche valent le détour, même si les deux heures de piste défoncée refroidissent. Je n'y retournerais probablement pas demain, mais ce voyage m'a marqué par son côté brut, sans paillettes.








