Comment ça s'est passé.
Arrivé à Chisinau un mercredi soir par le vol Wizz Air W65432 depuis Bucarest, j'avais des attentes flottantes. La Moldavie n'est pas sur les radars des voyageurs francophones, ce qui semblait prometteur. Mon hôtel, le Lido Hotel rue Stefan cel Mare (39 euros la nuit), offrait une chambre basique mais propre, avec une fenêtre donnant sur une rue passante où les marshrutkas (minibus de transport en commun) klaxonnaient dès 6h du matin. Le bruit était infernal les premiers jours, puis on s'y habitue. J'ai commencé par la cave Milestii Mici, à 40 km au sud. Le trajet en taxi m'a coûté 180 lei moldaves (environ 9 euros), mais le chauffeur m'a largué à l'entrée sans indication claire. J'ai dû marcher 20 minutes sous le soleil d'octobre pour trouver l'accueil. La dégustation guidée (60 lei, 3 euros) a révélé une cave creusée sur 200 kilomètres, avec des rangées infinies de bouteilles poussiéreuses. On a goûté un Sauvignon Blanc 2019 et un rouge sec local légèrement trop acide à mon goût, mais le silence des galeries souterraines, seulement brisé par les pas du guide et le goutte-à-goutte lointain, m'a marqué. C'était étrange, mélancolique. Chisinau elle-même m'a déçu à première vue. L'avenue Stefan cel Mare est large, grise, sans charme particulier. Les bâtiments datent de l'époque soviétique, repeints en couleurs pastel sans conviction. En revanche, le marché Piata Centrala (place centrale) m'a surpris. J'y suis allé un samedi matin vers 8h, et l'odeur de tomates crues, de fromage frais et de pain chaud s'y mêlait à celle, moins agréable, du fumier des étals à bestiaux. Une babouchka vendait des paladoc (pains moldaves fourrés au fromage) à 2 lei pièce. J'en ai acheté trois et mangé le premier en marchant, brûlant dans ma bouche. C'est simple, pas sucré, parfait pour comprendre ce qu'on mange ici. Le musée d'Art (Museul de Arta al Moldovei) sur la Piata Marii Adunari Nationale m'a occupé deux heures. Entrée 20 lei. On traverse des galeries vides avec des peintures russes du XIXe siècle et des sculptures soviétiques. Un gardien somnolent lisait un journal en moldave. Pas de foule, pas de drones touristiques, juste des œuvres et du silence. C'était reposant, mais aussi un peu triste de constater que personne ne venait vraiment les voir. J'ai commis l'erreur de croire que Chisinau avait une « vie nocturne ». Le bar O Fabrica (Strada Alexei Mateevici 60) était censé être le spot branché. Entrée gratuite, mais les cocktails à 80 lei (4 euros) cachaient une qualité médiocre. Le mojito avait le goût d'eau sucrée avec un trait de rhum bon marché. Les serveurs parlaient russe et moldave, peu d'anglais. Un couple moldave dansait seul sur piste vers 23h, pendant qu'on regardait des clips musicaux russes sur écran géant. J'ai quitté après une heure, déstabilisé par l'ambiance. Orheiul Vechi, un site monastique à 45 km nord, a été mon moment émouvant. Pris un marshrutka depuis la gare routière (numéro de ligne 130) pour 15 lei. Le trajet 90 minutes dans un minibus surchauffé avec des poules vivantes entreposées à l'arrière. L'odeur de crotte de poule, j'en parle encore. Arrivé en fin d'après-midi, j'ai monté à pied vers le monastère de Orheiul Vechi perché sur une falaise calcaire. Les murs du monastère sont gris clair, les icons à l'intérieur très anciennes, éclairées par des bougies. Une femme en foulard noir priait à genoux, entièrement absorbée. Son dévouement silencieux m'a rappelé que le tourisme ne colonisait pas ce lieu, pas encore. Gastronomiquement, j'ai mangé au restaurant Natalia (Strada Puschkin 18), un établissement local sans prétention. Mămăligă (polenta moldave avec fromage et œuf) : 25 lei. Ciorba (soupe aigre et chaude) : 20 lei. Verre de vin blanc local : 15 lei. Total 60 lei pour un repas complet. La mămăligă était lourde, crémeuse, exactement ce qu'il fallait après une journée de marche. Galère confirmée : retard de marshrutka au retour d'Orheiul Vechi (2h d'attente, conducteur en train de réparer l'essieu avec un tournevis rouillé). Arnaque supposée : un taxi qui m'a demandé 500 lei pour 3 km en ville, alors que le tarif normal est 100-150 lei. J'ai refusé et marché. Les moldaves eux-mêmes reconnaissent cette pratique envers les étrangers. Bilan : Chisinau n'est pas une destination à cocher sur une liste. C'est une ville où le temps s'écoule différemment, sans pression d'attractions à visiter. Les caves de vin justifient seules le détour. Le reste—la gastronomie simple, les rencontres humaines sans filtre, les paysages agricoles en octobre—agissent en sourdine, sans spectaculaire. J'ai trouvé ca reposant, mais aussi parfois vide.
Les bons plans repérés sur place.
Milestii Mici cave : dégustation dans les galeries souterraines à 200 km, blanc sec local 2019
Orheiul Vechi monastère : falaise calcaire et icônes anciennes à la bougie (marshrutka ligne 130, 15 lei)
Marché Piata Centrala samedi matin : paladoc chauds à 2 lei pièce, odeur de pain et fromage frais
Restaurant Natalia pour mămăligă authentique : 25 lei, fromage fondu en polenta épaisse
Avenue Stefan cel Mare en fin d'après-midi : promenades sans foule, architecture grise soviétique repeinte pastel
Photos — Chisinau
Et au final.
La Moldavie m'a offert une pause insolite, loin des circuits de randos et des selfies devant des églises blanches. Les caves de vin de Milestii Mici valent vraiment le coup. Cela dit, Chisinau reste une capitale de seconde ligue : peu de restaurants de qualité, infrastructure touristique fragile, et un sentiment d'isolement parfois oppressant. À recommander à ceux qui fuient les foules, pas à ceux qui veulent du confort ou de la couleur locale théâtrale.








