Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport Félix Eboué en fin d'après-midi, déjà submergés par la moiteur. L'humidité guyannaise vous colle à la peau comme une seconde enveloppe — pas celle des tropiques exotiques des cartes postales, mais quelque chose de plus dense, presque oppressant. Un taxi blanc de la compagnie Radio Taxi Cayenne nous a menés en quarante minutes à l'hôtel Mercure du Rempart, rue Lallouette, où la climatisation était notre meilleur ami. Le premier jour à Cayenne, nous avons marché dans le centre-ville dès 6 h 30. Les odeurs du marché Madame Payée montaient depuis les étals de poisson — une senteur âcre et marine qui rappelle que nous sommes à seulement quelques kilomètres de l'Atlantique. Les vendeurs proposaient des fruits inconnus : caramboles à 3 euros le kilo, mangues de Chine, fruits de la passion. Nous avons pris un café au Café de la Gare, place Labouche, un petit noir serré pour 2,50 euros, accompagné d'un pain au chocolat guyanais plus sucré que prévu. L'Île du Diable a été le point culminant du voyage — ou presque. Nous avons réservé une excursion avec l'agence Guyane Aventure Tourisme pour 85 euros par personne. Le bateau partait à 7 h du port autonome, un trajet de quarante minutes vers le bagne. Voir les cellules de Dreyfus, minuscules et étouffantes, a provoqué une réaction physique : on comprenait enfin pourquoi les évadés n'étaient si peu nombreux. La prison flottait dans une chaleur suffocante, pas d'ombre sauf à l'intérieur des murs de pierre. La chaîne d'îles (Royale, Saint-Joseph et Diable) avait une beauté sinistre, presque toxique. Mais il y a eu une galère majeure. Le retour prévu à 15 h 30 a été repoussé à 17 h à cause d'une panne moteur du bateau. L'équipe n'a fourni ni eau supplémentaire ni ombre décente. Plusieurs touristes, dont ma compagne, ont souffert d'insolation légère. Le guide, un Créole nommé Baptiste, s'en fichait royalement — il attendait juste que nous remontions à bord sans faire de foin. Ce moment a cassé un peu la magie de la journée. À Cayenne même, nous avons exploré les rues coloniales du quartier historique. La cathédrale de Cayenne, avec ses murs jaunes vif, se dresse place des Palmistes. C'était dimanche matin ; un service en créole remplissait l'église de voix graves et chantantes. Nous ne sommes pas entrés, mais les sons traversaient les portes. Pour manger, nous avons testé deux restaurants : d'abord le Restaurant Chez Danielle, rue Madame Payée, un petit établissement sans prétention où nous avons commandé du poulet boucané et du riz coco pour 14 euros l'assiette. La viande était filandreuse, le goût fumé dominant. Plus tard, au Métropole, un établissement plus haut de gamme proche du fleuve Cayenne, nous avons mangé du lamentin (lamantin) — un poisson blanc et fade, honnêtement décevant malgré les 22 euros du plat. Les deux derniers jours, nous avons pris un taxi jusqu'à Remire-Montjoly, un quartier balnéaire où la plage est franchement grise, bordée d'une eau tiède qui ne change rien au décor. Pas de corail, pas de petit poisson multicolore. L'océan Atlantique en Guyane, c'est surtout des courants forts et une atmosphère épaisse. Nous y avons quand même passé trois heures, allongés sous un parasol en location (8 euros les deux heures). Nous avons aussi pris le bus local pour rejoindre Kourou, à environ cinquante kilomètres. La ligne 10 de la compagnie Transport Urbain Guyanne (TUG) mettait deux heures et demie pour cette distance, avec des arrêts réguliers. À Kourou, nous avons visité le Centre Spatial Guyanais, mais uniquement les zones extérieures (les visites internes nécessitent une réservation bien en amont). Voir les pas de tir depuis le parking était surréaliste — cette infrastructure européenne plantée en pleine jungle équatoriale.
Les bons plans repérés sur place.
Île du Diable et le bagne : les cellules de Dreyfus, intact depuis plus d'un siècle, au prix de 85 euros l'excursion (panne moteur incluse)
Marché Madame Payée à Cayenne : fruits tropicaux mal identifiés et poissons frais le matin vers 7 h, odeur océanique garantie
Cathédrale de Cayenne, place des Palmistes : murs jaunes vif et services en créole le dimanche, architecture coloniale sans restauration excessive
Restaurant Chez Danielle : poulet boucané créole pour 14 euros, portion généreuse et sans pretention, rue Madame Payée
Centre Spatial Guyanais à Kourou : vue des pas de tir depuis le parking gratuit, incongruité européenne en pleine jungle
Photos — Cayenne
Et au final.
La Guyane ne correspond pas à l'image paradisiaque qu'on s'en fait avant d'arriver. C'est un mélange d'histoire coloniale lourde, de nature brute et d'infrastructures désorganisées. L'Île du Diable valait clairement le détour pour son poids historique, mais les routes secondaires sont un cauchemar, la nourriture locale est moins raffinée qu'attendu, et le climat humide vous grignote l'énergie. Néanmoins, il y a quelque chose de sincère et de peu touristique dans cette destination — pas de faux sourire marketing, juste des gens qui vivent.








