Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international de Hewanorra le 2 décembre en fin d'après-midi. Le vol Air Caraïbes depuis Fort-de-France a eu 45 minutes de retard, ce qui nous a énervés au départ, mais on a vite déchanté en découvrant la vraie raison : un orage tropical avait bloqué les pistes. Une fois au sol, l'air était épais, humide, chargé d'une odeur de sel mêlée à celle des gaz d'échappement des minibus jaunes et bleus qui attendaient les touristes. Nous avons pris un taxi partagé jusqu'à Castries (environ 45 euros pour deux, prix affiché sans négociation possible). Le trajet dure 90 minutes et traverse des villages côtiers où les Sainte-Luciens pendaient leur linge entre les palmiers. Notre guest house, le "Morne Fortune View" près du quartier de Morne Fortune, était une petite maison créole repeinte en bleu clair. La proprio, Véronique, faisait bouillir de l'eau pour le café local à 6 heures du matin, et cette odeur de canelle et de gingembre frais nous réveillait chaque jour. Chambre simple, ventilo bruyant, 70 euros la nuit. Le marché couvert de Castries, vendredi matin Le samedi matin, levés à 6 h 30 pour explorer le Castries Central Market. Ce bâtiment colonial datant de 1891 était bien plus vivant que je ne l'imaginais. Des femmes vendaient des légumes empilés en pyramides : bananes-figues jaunes à 3 euros le régime, christophines vertes, ignames énormes. L'acoustique résonnait de créole et de cris de vendeurs. Une femme nommée Denise nous a vendu un sachet de crevettes décortiquées (presque gratuit, 2 euros) en nous expliquant qu'elle les avait pêchées le matin même. On a acheté aussi du calaloo frais pour faire une soupe à l'hôtel. Mais voilà la galère : à midi, pluie tropicale d'une violence incroyable. Les rues de Castries se sont transformées en ruisseaux. Nous étions piégés au restaurant "Diamond Falls", rue Micoud, avec vingt autres touristes et locaux. Le propriétaire, un gars sans prétention, nous a servi du lambi grillé (poulpe) avec du riz et des légumes pour 18 euros l'assiette. C'était bon, mais le service a pris deux heures. Température intérieure étouffante, ventilation zéro, jus de fruits dilués à faire pleurer. Piton Marin et les plages au nord Mercredi, nous avons loué une voiture chez "Island Car Rentals" (45 euros/jour, essence non comprise). Nous avons roulé vers le nord en suivant la West Coast Road. Le paysage passe très vite de urbain à complètement sauvage. Nous avons arrêté à Pigeon Island National Park : un ancien îlot militaire relié à la côte par une bande de sable blanc. L'entrée coûte 8 euros, horaires 9 h à 17 h. Les ruines de Fort Rodney sont à flanc de montagne, escalades de pierre brute, pas de rampes de sécurité. Vue sur l'océan Atlantique qui cognait dur. Température ressentie : 32 degrés, humidité moite et collante. Nous avons mangé au snack "Pigeon Island Café" (sandwichs miteux à 10 euros) avant de descendre à Gros Islet, un village de pêcheurs où rien ne semblait avoir bougé depuis 20 ans. Les filets étaient étendus sur le sable noir, les barques peintes en rouge et bleu. Nous avons bu un rhum punch au bar du petit port : rhum blanc local, jus de fruit de la passion, glaçons pleins de sable. Prix ? Dieu seul le sait, le gérant a donné un chiffre à la tête du client. Anse des Pitons et le sud Jeudi, route vers Soufrière et les Pitons. La route sinueuse longe des plantations de cacao et de bananes. À Fond Gens Libres, une petite route étroite descend vers Anse des Pitons, une plage magnétique entre les deux pics de roche volcanique. On y voit clairement pourquoi c'est sur le drapeau du pays. Pas de commerces, juste du sable gris doré, de l'eau turquoise, quelques pécheurs. Nous avons nagé pendant une heure, peau qui brûle malgré la crème 50+, odeur de iode très présente. Déjeuner au restaurant "Bouton" juste en retrait de la plage : poisson grillé avec sauce créole (tomate, piment) pour 20 euros. Le propriétaire parlait l'anglais avec accent français, ce qui nous a rassurés. Il a mentionné que les prix montent de 30 % pendant Noël et qu'il y aurait bientôt trop de monde. Nous avons eu la chance de visiter presque seuls. Dimanche matin, dernier jour. Nous avons tenté de prendre le minibus local (bus numéro 4 depuis Castries, départ supposé à 7 h 30, petit drapeau blanc pour arrêter). Le chauffeur était absent à 8 h. Une dame locale nous a dit qu'il était parti à Gros Islet. Arnaque probable, ou juste désorganisation tropicale. Nous avons pris un taxi à 20 euros pour retourner à Hewanorra. Derniers détails sensoriels Les soirées sentaient le frangipani blanc, les fenêtres étaient ouvertes partout. Le son des grenouilles la nuit était fracassant. Nous avons goûté du rhum créole vieilli (très bon, 35 euros la bouteille), du pain de coco au marché (succulent, 1,50 euros la part), du jus de carambole frais. Les locaux nous ont parlé du carnaval en février, mais nous n'étions pas là pour ça.
Les bons plans repérés sur place.
Castries Central Market le samedi matin (bâtiment de 1891, vendeurs de christophines et crevettes fraîches)
Pigeon Island National Park et les ruines de Fort Rodney (entrée 8 euros, vue sur l'Atlantique depuis 300 m de hauteur)
Anse des Pitons entre les deux pics volcaniques au sud (accès route de Fond Gens Libres, plage semi-sauvage)
Minibus jaune numéro 4 depuis Castries vers Gros Islet (expérience locale authentique, si le chauffeur vient)
Diamond Falls restaurant rue Micoud pour le lambi grillé en cas de pluie tropicale inattendue
Photos — Castries
Et au final.
Sainte-Lucie, c'est beau et bien moins touristique que ce qu'on redoutait en décembre. Castries n'est pas une capitale de carte postale, les rues sont usées, la pollution sonore existe. Mais les gens sont honnêtes, la cuisine créole vaut le coup, et l'eau est merveilleuse. Le bilan : 8 jours bien remplis pour un coût modéré (2 200 euros pour deux avec vol inclus), sans avoir l'impression d'être dans un circuit balisé.
