Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international de Hewanorra un dimanche matin à 8h30. Le contrôle des douanes a traîné quarante minutes — une femme devant nous semblait contester ses droits d'entrée. Une fois dehors, la chaleur nous a frappés : 28°C et humidité épaisse, collante. L'odeur du sel marin se mêlait à celle des gaz d'échappement des taxis jaunes massés à l'entrée. Notre chauffeur nous a conduits à Castries en deux heures. Nous logions au Auberge Seraphine, une guesthouse nichée dans les hauteurs de Morne Fortune, avec vue sur le port. La chambre coûtait 85 euros la nuit, petit-déjeuner compris. La proprio, Joan, une dame de soixante ans qui connaît chaque ruelle de la ville, nous a conseillé le restaurant Tally's pour nos premiers pas culinaires. Le repas : poisson local (snapper) à 22 euros, sauce créole piquante qui nous a fait transpirer, accompagné d'un verre de Banks (la bière locale à 4 euros). Le goût intense des piments scotch bonnet, on ne l'oublie pas. Choc des routes et première galèreNous avons loué une voiture chez Hertz Castries (zone portuaire) le lundi matin. C'était une erreur. Les routes de Sainte-Lucie sont étroites, bosselées, et les panneaux routiers presque inexistants. En montant vers les Pitons — le site patrimoine UNESCO que tout le monde vante — nous nous sommes perdus trois fois. Un virage en épingle à cheveux nous a forcés à marche arrière sur 50 mètres. Nous avons croisé un bus blanc numéroté 14, surcharge de passagers, qui nous a klaxonnés sans raison apparente. Stressant. Après deux heures, nous avons atteint Soufrière Bay, un petit port de pêche. Le sulfure montait des sources chaudes côtières : une odeur acide, presque minérale, qui pique les narines. Les deux pitons rocheux (Gros Piton et Petit Piton) surgissaient de l'océan comme deux énormes crocs. Nous avons marché quarante minutes sur un sentier improbable jusqu'à la plage des Pitons, une bande de sable noir volcanique. Là, un moment s'est gravé en nous : en fin d'après-midi vers 16h, le soleil s'enfonçait dans la mer, teintant les pitons d'orange. Pas besoin de superlatif. C'était juste intense. Marché, rhum et malentenduNous avons visité le Central Market de Castries mercredi matin. Entrée gratuite, bâtiment en brique coloniale daté des années 1880. Le bruit était assourdissant : vendeurs qui crient les prix, radio locale qui beugle. Pierre a commandé un jus de fruit frais (sorrel) à un vendeur. Prix convenu : 3 euros. Il a servi une grosse portion dans un verre en plastique qui n'était pas des plus propres. En buvant, j'ai remarqué un légère saleté sur le bord. Le goût était sucré, aigre, avec un arrière-goût qui n'était pas juste du sorrel. On a terminé le verre, mais ça nous a tracassés deux heures. L'after de ce malaise ? Visite à la distillerie Picard, à trois kilomètres de Castries direction le nord. Le rhum agricole local coûte 28 euros la bouteille (rhum blanc). Le guide, un type sympathique nommé David, nous a fait goûter trois cuvées différentes. Le rhum blanc brûlait la gorge, le rhum vieux était sucré et boisé. Nous avons acheté une bouteille du rhum ambré 3 ans, 35 euros. Ce soir-là, au bar de l'auberge, nous l'avons servi en punch avec du jus de citron frais pressé. Plages et déceptionsLa plage de Reduit, réputée la plus beau de l'île, nous a semblé surpeuplée. Dimanche après-midi, cinquante personnes en seize mètres de côte. Nous avons fini par nous baigner à Anse-des-Sables, une petite crique trois kilomètres plus loin, quasi déserte. Le sable y est blanc, l'eau à 29°C, cristalline. Notre dernier jour, jeudi, nous avons pris le bus numéro 11 (ticket 2 euros) depuis Castries vers le nord, direction Pigeon Island National Park. Le bus était bondé, arrêts tous les cent mètres, climatisation inexistante. Quarante minutes pour dix kilomètres. Une fois arrivés, le parc était fermé pour entretien. Déception classique. Nous avons donc marché sur la plage adjacente, vu des pélicans, jeté des cailloux. Moins grandiose, mais plus honnête.
Les bons plans repérés sur place.
Les Pitons vus de Soufrière Bay en fin d'après-midi, accès par la plage des Pitons (noir volcanique, 40 min de marche)
Distillerie Picard, rhum blanc agricole à goûter, 28 euros la bouteille
Central Market de Castries, mercredi matin, chaos bruyant et authentique (attention à l'hygiène des jus frais)
Route vers Pigeon Island par le bus numéro 11, 2 euros, expérience locale sans filtre
Tally's restaurant, snapper sauce créole 22 euros, goût piquant du piment scotch bonnet
Photos — Castries
Et au final.
Dix jours à Castries et ses alentours nous ont donné un tableau nuancé : paysages côtiers mémorables, rhum et nourriture bons, mais infrastructure routière chaotique et quelques mésaventures hygiéniques qui ont tempéré notre enthousiasme. Nous repartions avec un sourire, pas des illusions.
