Comment ça s'est passé.
Levé à 5h30 au Radisson Blu Hotel pour observer l'appel à la prière résonner depuis la Mosquée Jame'Asr Hassanil Bolkiah. C'est étrange d'écouter l'adhan avant même de prendre son café : les haut-parleurs distillent un son grave, mélancolique, qui envelope toute la rive gauche du fleuve Brunei. J'ai ressenti une forme de respect silencieux imposé par l'architecture urbaine elle-même. Le premier choc : Bandar Seri Begawan n'est pas une capitale débordante. C'est une ville endormie, ordonnée jusqu'à l'étouffement. Les rues sont propres, presque stériles. Pas de mendiants, pas de vendeurs à la sauvette, pas de bruit. Juste du silence et du béton. Les prix choquent pour ce qui ressemble à une petite ville : un nasi goreng au restaurant Aminah's Kitchen côté marché de Gadong coûte 8 BND (5 euros), un café au café Nana's coûte 3,50 BND. Le contraste avec une vraie street food du Cambodge ou du Vietnam m'a frappé. Jour 2 : Le fleuve et les villages sur pilotis J'ai pris le taxi bleu dès 7h45 (tarif fixe 2 BND depuis l'hôtel) pour rejoindre le quai près du Masjid Jame'Asr. Une pirogue motorisée (bateau privé, 40 BND pour deux heures) m'a conduit vers Kampong Ayer, ces villages flottants qui existent depuis le 15e siècle. Le moteur sent l'essence brûlée, mélangée à l'odeur de poisson séché qui émane des cabanes. L'eau brunâtre du fleuve Brunei n'est pas particulièrement propre : on voyait des plastiques flotter ici et là, ce qui gâche un peu la carte postale qu'on imaginait. Une escale chez un marchand de souvenirs dans une maison sur pilotis (rez-de-chaussée inondé, on doit sauter pour monter). La femme, Rohani, vendait des paniers tressés à 12-15 BND. Elle m'a offert du teh tarik (thé sucré tiré), épais, sucré à l'extrême, avec un goût de lait concentré. C'était bon mais écoeurant après deux gorgées. Elle parlait peu d'anglais, j'ai parlé peu de malais : on s'est compris en sourires et en pointant les objets. Jour 3 : Marché central et premier accroc Samedi matin, direction le Central Market à Gadong. Un bâtiment blanc classique années 1990, pas spécialement attrayant de l'extérieur. À l'intérieur, ça bourdonne : poissons frais sur la glace, fruits tropicaux, vêtements. J'ai acheté des mangues au durian (une grosse erreur) : le goût sucré et pâteux n'a rien à voir avec ce que les blogs touristiques vantent. Amer, presque moisi. J'ai laissé tomber après trois bouchées. Pépins du jour : j'ai cherché la station de bus centrale pour aller à Jerudong Park (parc d'attractions) en consultant Google Maps. Erreur majeure. Les bus locaux, numérotés 1 à 50 environ, ne respectent pas vraiment les horaires affichés. J'ai attendu 45 minutes le bus 24 qui ne venait pas. Un taxi blanc m'a gentiment ramené à l'hôtel (coût supplémentaire : 25 BND). Frustration et sueurs froides : la climatisation brunéienne dans les taxis, c'est zéro degré. Jour 4-5 : Forêts et pause La Brunei Forest School, c'est un trek de 2 à 4 heures dans la forêt tropicale primaire. Départ à 9h du matin. La chaleur est humide, collante, suffocante. Les insectes bourdonnent partout. J'ai transpires à travers ma chemise neuve en 20 minutes. Le guide local (Rizal, un Dusun d'une cinquantaine d'années) montre les traces de gibier, les plantes médicinales. Il parle lentement, explique : c'est loin d'être un spectacle, c'est du travail. À la fin, mes chevilles picotent de petites piqûres de moustiques même sous le répulsif. En revanche, le restaurant Gerai Makanan au bord de la Brunei Bay (à Muara, 20 km au nord) vaut vraiment le coup. Poisson grillé (ikan siakap) à 18 BND, riz à la noix de coco à 3 BND. L'eau salée à quelques mètres, la fin d'après-midi qui dore le ciel. Un moment où on se dit qu'on n'est pas venu pour rien. Jour 6-7 : Mosquée et dernière vagabondage La Mosquée Jame'Asr Hassanil Bolkiah reste le monument principal. Architecture de marbre blanc, dômes dorés. Accès gratuit mais tenue stricte exigée (pantalons, épaules couvertes). Les photos sont restreintes. On entre dans un silence religieux absolu, les pieds sur des tapis épais, l'air conditionné qui gèle les os. C'est beau mais étouffant. Pas de liberté de mouvement, pas de balade : on reste 20-30 minutes max. Le dernier jour, rien à faire : marche sans but dans le quartier de Bandar. Petite épicerie, une librairie, un salon de coiffure. Brunei, c'est ça : une vie ordinaire hyper civilisée, à mille lieues du chaos routier du Vietnam ou du bruit permanent de Kuala Lumpur.
Les bons plans repérés sur place.
Kampong Ayer (pirogue motorisée depuis le quai du Masjid Jame'Asr) : villages flottants authentiques mais survendus
Central Market à Gadong : vraie vie locale le samedi matin, poissons frais et fruits tropicaux
Mosquée Jame'Asr Hassanil Bolkiah : architecture imposante, entrée libre mais règles strictes
Restaurant Gerai Makanan à Muara : poisson grillé ikan siakap avec vue sur la baie
Forêt tropicale primaire (trek 2-4h avec guide local) : chaleur intense, vrais traces de vie sauvage
Et au final.
Brunei m'a surpris par son silence et son ordre maniaque, mais aussi déçu par le manque d'âme touristique : peu d'attractions variées, peu de vie nocturne, des prix élevés pour peu de richesse culturelle. À recommander uniquement si on recherche la détente dans un pays sûr et propre, pas l'aventure.







