Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à La Aurora (aéroport international de Guatemala City) un mardi après-midi étouffant. La chaleur m'a frappé en sortant de l'avion, humide et collante, avec cette odeur caractéristique d'essence et de gaz d'échappement qu'on trouve dans les grands aéroports d'Amérique centrale. Pas très ragoûtant, mais c'est la réalité. Le bus Máxima Express (ligne 32, départ à 14h) nous a menés en deux heures jusqu'à Antigua. Le trajet était épuisant : route serpentante, conducteur pressé, trois arrêts improvisés pour des passagers. Le minibus s'arrêtait dans chaque village. Une vieille dame a montée avec ses poules en cage. L'odeur n'était pas franchement agréable, je dois l'avouer. Antigua nous a surpris dès l'arrivée au Central de Autobuses. Les façades pastel, les églises restaurées, les pavés irréguliers : tout cela correspondait aux photos, mais en personne c'était plus encrassé que prévu. Les façades jaune vif de la Catedral Metropolitana s'imposaient cependant, même poussiéreuses. Nous avons trouvé refuge à la Casa Madeleine, petite guesthouse rue 5a Avenida Sur, à 75 quetzals la nuit (environ 9 euros). La chambre était basique mais propre, avec une douche chaude imprévisible. Premier moment marquant : nous avons visité le Convento de las Capuchinas un jeudi matin. Levés à 5h30 pour éviter la foule (il y en avait quand même), nous avons escaladé la tour centrale au moment où le soleil éclairait les arches croulantes. C'était effectivement beau, mais surtout étrange : entrer dans ces ruines du XVIIIe siècle, sentir la pierre friable sous ses doigts, comprendre qu'un tremblement de terre avait anéanti ces lieux. Une femme locale vendait du café au pied de la tour. Je l'ai acheté (5 quetzals). Il était noir, très sucré, délicieux avec une arrière-goût de chicorée. Nous avons mangé au Café No Hay Problema, rue Poniente. Le fiambre (salade traditionnelle locale) coûtait 45 quetzals. Le propriétaire, un gringo établi là depuis 15 ans, expliquait que le plat remonte aux traditions mayas syncrétisées. Les betteraves, les carottes, la mozzarella, les œufs : c'était sucré-salé de manière surprenante. Pas mauvais, simplement déconcertant. Le marché de Antigua (à côté du Palacio de los Capitanes Generales) nous a plongés dans un chaos coloré. Les étals de fruits, légumes, textiles s'entassaient sous un toit bas et chaud. L'air était dense, humide, chargé d'odeur de tomates trop mûres et d'ail. Une galère : nous nous sommes fait surcharger au marché. Un vendeur de bracelet nous a fait croire qu'il réduirait le prix de moitié, puis à la caisse il y avait un supplément « taxe locale ». Vingt quetzals d'arnaque bête. On apprend. Le samedi, nous avons pris un chicken bus (ces fameux minibus colorés) pour le lac Atitlán. Départ du marché central à 7h. Le trajet était chaotique : la route était en construction sur plusieurs sections, le bus s'arrêtait toutes les 500 mètres pour des aller-retours de passagers. Trois heures pour 60 km. Nous sommes arrivés à San Pedro La Laguna vers 11h. San Pedro nous a plu davantage qu'Antigua. C'est plus petit, moins touristique. Nous avons loué une chambre à Casa Kaqla (2 nuits, 200 quetzals environ, soit 24 euros) avec une terrasse sur le lac. En fin d'après-midi, l'eau était d'un bleu-gris presque irréel. Le volcan San Pedro se dressait en face, enrobé de brume. Nous avons marchés jusqu'au mirador local à 17h pour le coucher de soleil. Pas de touristes là-bas, juste un couple local assis sur un banc. Une journée entière à explorer les chemins en terre de San Pedro. Les maisons peintes aux couleurs vives, les femmes qui vendaient des huipiles (chemises brodées) sur le marché local (50-150 quetzals selon la qualité et la complexité). Nous avons pris un café au Comedor Ixil, minuscule restaurant tenu par une femme maya. Elle nous a servi du café avec un pan de ayote (sorte de pain au courge). C'était simple, robuste, vrai. On a payé 15 quetzals. Retour à Antigua le mercredi. Cette fois, le bus était plus vide. Nous avons choisi une place moins confortable mais au moins on voyait le paysage : des champs de maïs en terrasses, des nuages bas accrochés aux vallées. Le retour à Antigua nous a semblé moins frénétique après San Pedro. Globalement, le Guatemala m'a confronté à mes attentes. Les photos de cartes postales existent, mais il y a aussi la poussière, la chaleur collante, les arnaqueurs de marché, les routes en mauvais état. Ce n'est pas un endroit qui se laisse consommer en trois jours. Ça demande de la patience.
Les bons plans repérés sur place.
Convento de las Capuchinas (Antigua) : grimpe à la tour au lever du soleil, avant 6h30, quand il y a personne. Vue sur les arches croulantes du XVIIIe siècle.
Lac Atitlán depuis San Pedro La Laguna : loue une chambre avec vue sur l'eau, le mirador local à 17h (pas de touristes, juste des locaux).
Marché central d'Antigua : attends-toi à des arnaquess sur les prix, négocie ferme, mais goûte au fiambre local (45-60 quetzals).
Chicken bus pour San Pedro : expérience chaotique et authentique, départ 7h du marché, 3h de route, prépare-toi à des arrêts imprévisibles.
Café au Comedor Ixil (San Pedro) : géré par une femme maya, café noir sucré et pain au courge, 15 quetzals, ambiance sans prétention.
Et au final.
Le Guatemala vaut vraiment le coup, surtout si tu prends le temps de sortir des circuits touristiques d'Antigua. San Pedro La Laguna m'a marqué davantage que les ruines. Les gens sont accueillants, la nourriture locale a du caractère, et tu sens vraiment que tu es en Amérique centrale. Ma seule déception : j'aurais voulu plus de temps pour gravir le volcan San Pedro ou explorer les villages moins accessibles. Douze jours, c'était un peu court.







