Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport La Aurora de Guatemala City un mardi à 14h30, crevés après 12 heures de vol avec escale à Mexico. Premier choc : la chaleur humide qui monte du tarmac, et l'odeur de gaz d'échappement des minibus jaune et bleu qui traînent partout. On a pris un shuttle collectif de Grayline (65 quetzals par personne) jusqu'à Antigua, une heure de route plutôt chaotique avec un chauffeur qui mâchait de la gomme en écoutant de la reggaeton à volume industriel. Antigua nous a saisis d'emblée. On s'est installés à l'Hotel Convento Santa Catalina, un ancien couvent transformé en hôtel, ruelles pavées de basalte noir, toits de tuiles qui craquent quand on monte les escaliers. La première nuit, impossible de dormir : les cloches de la Catedral Metropolitana sonnaient toutes les demi-heures. Pas romantique, juste fatiguant. Le matin, levée à 5h30 pour grimper jusqu'à la ruine de l'Arco de Santa Catalina — cet arc rose bonbon du 17e siècle qui trône au milieu de la rue, surréaliste en noir de monde de touristes avec leurs téléphones. On a mangé nos premiers fiambrés au marché central d'Antigua : c'est un sandwich dingue avec du poulet, jambon, fromage, tomate, enrobé dans une pâte frite. Prix ridicule : 15 quetzals (1,80 euro). Goût étrange, texture gluante, mais on en a repris. Le mercado sentait la viande pas assez réfrigérée et les épices fortes. Pas franchement appétissant si on y pense trop longtemps. Le mercredi, on a pris un colectivo rouge (minibus partagé) pour le lago Atitlán, ligne directe depuis le marché central, 3h de route pour 30 quetzals. Paysage de fou : des volcans qui crèvent les nuages, des villages qui pendent sur les flancs des montagnes. On est descendus à San Pedro La Laguna, petit bourg touristique mais pas trop contaminé à l'époque. L'eau du lac était glaciale et brune — déception. On la croyait turquoise d'après les photos. Les volcans San Pedro et Tolimán surplombaient le lieu, on les voyait se refléter quand le temps était dégagé. Moment galère : on a loué des kayaks avec un gars qui nous a promis une sortie d'une heure. On a pagayé deux heures dans le froid du matin, mains gelées, et on est revenus au point de départ à 8h du matin. Le mec a prétendu que c'était « la route que vous aviez choisie ». On lui a payé 80 quetzals de plus à contrecœur. Malentendu culturel classique ou arnaque ? Probablement les deux. On a loué une maison avec cuisine à San Pedro, rue principale près du débarcadère, pour deux nuits. On a fait nos courses au marché municipal : tomates naines, avocats, oeufs de poule pas chers. On a cuisiné un midi, moment sympa de décélération. L'après-midi, on marchait dans les rues étroites du village, les femmes tissaient devant leurs portes, les enfants vendaient du pop-corn grillé à la poêle. L'odeur du maïs soufflé, c'est devenu notre bande sonore mentale pendant trois jours. Dimanche matin, église de San Pedro à 7h : messe en langue k'iche', femmes en huipil rouge et violet, hommes en costume de velours noir même par 25 degrés. Chants polyphoniques, encens lourd qui pique le nez. On n'avait rien demandé, on n'était pas censées entrer. Une femme nous a juste fait signe que c'était bon. Moment intense, franchement pas touristique du tout. Retour à Antigua lundi matin. On a visité le site archéologique de Ciudad Vieja, les ruines du premier siège de la capitale espagnole au 16e siècle, avant qu'un tremblement de terre de 1541 ne l'rase. Pierres blanches, arcs gothiques effondrés, tout envahi de végétation. Un vieux monsieur vendait de l'eau glacée à 3 quetzals. On s'est assis 45 minutes sur les marches du cloître, sans parler. Dernier soir, restaurant Café Conditori dans le centre, réputé pour les pâtisseries. On a pris un mille-feuille et deux cafés : 85 quetzals (10 euros) pour deux. Qualité pâtissière parisienne, surprise totale. On s'était attendues à mieux oubliées depuis trois jours.
Les bons plans repérés sur place.
Lever de soleil depuis le mirador du Cerro de la Cruz à Antigua, 6h, gratuit, vues panoramiques sur toute la ville coloniale
Marché textile de Chichicastenango (40 min de bus de San Pedro), chaque jeudi et dimanche, tissus bruts à 50-100 quetzals le mètre
Randonnée volcanique San Pedro à 6h de matin depuis San Pedro La Laguna (agence El Pescador, 250 quetzals avec guide)
Restaurant Bella Vista à San Pedro La Laguna, enfouï dans une ruelle, pupusas et mole negro à 30-40 quetzals
Bain thermique de Xela (Quetzaltenango), eau chaude qui sent le soufre, 15 quetzals l'entrée
Photos — Antigua Guatemala / Lago Atitlán
Photos — Antigua Guatemala / Lago Atitlán
Et au final.
Antigua reste un havre vraiment fascinant, surtout en dehors des heures de visite organisée. Le lac Atitlán est magnifique, mais moins « vierge » qu'on l'imaginait. Le tourisme y a laissé des traces. Ce qui nous a le plus marquées, c'était les gens, pas les sites. Et honnêtement, une semaine aurait suffi : après 10 jours, on tournait en rond.
