Comment ça s'est passé.
On a atterri à Addis-Abeba un jeudi matin, 6 h 30, l'aéroport Bole International encore endormi. La chaleur m'a frappé immédiatement : 28 °C sans climatisation dans le terminal, l'odeur mélangée du kérosène et des frites de la cafétéria. Les formalités ont pris deux heures. Personne ne semblait pressé. On a pris un taxi blanc collectif (minibus Hiace blanc, comme 80 % d'Addis) jusqu'à Piassa, le quartier touristique. Le chauffeur écoutait du jazz éthiopien sur une radio crachotante. Trajet chaotique : deux arrêts non prévus, un pneu qui flatte, négociation tarifaire assez serrée. On a payé 150 birr (2 euros) au lieu des 80 proposés initialement. First galère. Les premiers jours à Addis-AbebaOn a posé les valises à l'Hôtel Taitu, une vieille bâtisse coloniale datant de 1907, juste à côté de la Cathédrale Sainte-Trinité. Les murs craquaient, le climatiseur faisait un bruit d'enfer, mais le personnel était bienveillant. 350 birr la nuit (4 euros). Le matin suivant, on s'est trainé jusqu'au Musée National. Il y a là le squelette de Lucy (Australopithecus afarensis), découvert en 1974 à 400 km d'Addis. Voir ce petit crâne vieux de 3,2 millions d'années, c'était étrange : quelque chose d'intemporel en verre teinté. L'entrée coûtait 200 birr. Pas beaucoup de visiteurs, surtout des écoles éthiopiennes. On a mangé du injera partout. C'est un pain-crêpe spongieux en teff (céréale locale) sur lequel on pose des ragoûts. Au restaurant Yod Abyssinia, rue Adwa, on a commandé un misir wot (ragoût de lentilles rouges, très épicé) et un tibs (viande sautée avec oignons). Coût : 120 birr les deux plats, plus un tej (vin de miel fermenté) à 80 birr. Le goût du tej m'a rappelé le cidre brut, sucré et fermenté à la fois. L'établissement empestait la fumée de cigarettes : aération quasi inexistante. Moment marquant : le jeudi, on a assisté à la cérémonie du café à Addis Red. Une femme en robe blanche traditionnelle (shamma) a torréfié les grains verts sur des braises dans une poêle en terre. L'odeur était intense, acidulée, bien plus complexe que n'importe quel café français. Elle a versé l'eau bouillante sur le café moulu, et on a bu dans de petites tasses sans anse. Ritual intemporel, pas du tout touristique malgré les prix (200 birr par personne). On y est restés une heure. Route vers le SimienOn a quitté Addis via la gare routière Autobus Terra, jeudi 5 h du matin. Le bus Sky bleu (compagnie Sky Bus, plutôt bien organisée) s'est dirigé vers Gondar. Trajet de 12 heures pour 250 km : routes de montagne chaotiques, trois arrêts de police sans raison claire, un freinage d'urgence à cause d'une chèvre. Un passager à côté de moi mâchait du khat pendant 6 heures d'affilée. Arrivée à Gondar à 17 h 30. Les gars à la gare nous ont pourchassés pendant 10 minutes en criant « hôtel, hôtel » en anglais. Gondar, c'est une petite ville au pied des montagnes du Simien. On a dormi à l'Hôtel Goha, sur la hauteur, 400 birr. Vue sur la ville à la tombée du jour : les maisons jaunes et rouges, les flamboyants orange en bas des rues, et cette lumière dorée qui dure 20 minutes avant le noir complet. Simien TrekOn a engagé un guide local, Dawit, 35 ans, travaille au Simien depuis 15 ans. 500 birr par jour (6 euros). Il parlait peu mais bien. Le premier jour, on a marché 4 heures vers Sankabar, 2000 m d'altitude. L'air était frais le matin, puis chaud en milieu de journée. On voyait des géladas (singes endémiques du coin) sauter sur les falaises. À midi, on a croisé un groupe d'enfants qui vendaient de l'eau glacée dans une calebasse (30 birr le demi-litre). Le camp s'appelait Sankabar Stone Camp. Tentes basiques, repas préparé par le cuisinier du camp : un pâtes-tomate sans assaisonnement et du pain brûlé. La nuit, il a fait froid (5 °C estimé). Je dormais mal dans ce sac de couchage quatre-saisons. Levé à 5 h pour voir le lever du soleil sur la vallée du Simien. On était seul. Ciel rose, puis orange, puis bleu. Les chèvres au loin. C'était muet. Aucun son sauf le vent et les oiseaux. Un moment où on était vraiment seul avec la géographie. Le deuxième jour, acclimatation difficile à 2600 m. Perte du repère du temps. J'avais mal à la tête à partir de 14 h. On a raccourci la marche. Dawit m'a donné un comprimé de paracétamol et du café très sucré au camp. Ça a aidé. Retour et derniers joursOn a redescendu à Gondar en deux jours de marche. Puis Sky Bus retour à Addis (même chaos, même prix). Dernier soir à Addis, on a dîné à Habesha, rue Adwa : tibs et bière Bedele (bière locale, 45 birr). Musique enregistrée (reggae, Sélassié partout). Clientèle mélangée : expatriés, touristes, quelques locaux. L'aéroport : même attente, même manque de clim, même chaos.
Les bons plans repérés sur place.
Cathédrale Sainte-Trinité d'Addis-Abeba : architecture coloniale italienne, tomb du Lion de Juda à l'intérieur, murs rouges et jaunes patinés
Cérémonie du café chez Addis Red, rue Tewodros : grains torréfiés sur braise, odeur incomparable, format rituel (30 min minimum)
Trek Simien National Park, Sankabar Stone Camp : lever de soleil à 5 h, géladas sautant les falaises, 2600 m d'altitude
Marché d'Addis-Abeba (Merkato) : dédale de ruelles, tissus colorés, odeur de cannelle et coriandre, risque de pickpockets (deux couples volés selon notre guide)
Injera + misir wot au Yod Abyssinia : pain-crêpe en teff, ragoût aux lentilles, accompagnement culturel non touristique (120 birr)
Photos — Addis-Abeba et Région du Simien
Et au final.
L'Éthiopie m'a transformé pendant deux semaines. Les montagnes du Simien restent greffées à ma rétine. Addis m'a frustré : pollution, chaos routier, pauvreté frappante qu'on ne peut pas ignorer en restant assis dans un minibus. Mais les gens étaient authentiquement curieux, pas agressifs. Les paysages et la cérémonie du café vont me manquer.
