Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport Bole d'Addis-Abeba un dimanche matin, 6 h 30, après une nuit blanche. L'odeur du diesel et de l'encens nous a frappés dès la sortie : c'est le mélange constant ici. On a pris un taxi blanc sans compteur jusqu'à l'hôtel Taitu sur Taitu Street, dans le centre historique. Le chauffeur a demandé 250 birr (2,50 euros), on en a donné 300 sans négocier — première erreur de novice. Les trois premiers jours, on a exploré Addis à pied. Le marché Merkato, le plus grand marché à ciel ouvert d'Afrique, nous a avalés à 8 h du matin. On s'est perdus entre les vendeuses de graines de teff et les petits ateliers de métal. Trois heures après, on en est sorties étourdies, les poumons remplis de poussière jaune. On a mangé une injera au doro wot (poulet aux épices) au café Enrico, près de la cathédrale Holy Trinity, pour 80 birr (0,80 euro). C'était bon, mais pas extraordinaire — trop sucré le teff. La route vers Arba Minch : 12 heures de galèreMercredi 5 h du matin, on s'est présentées à la gare routière Autobus Terra (Sud-Ouest d'Addis). La compagnie Selam Autobus n'existait que dans la confirmation Gmail d'une agence. On a attendu 4 heures, finalement montées dans un autobus beige surchargé, assis sur des sièges en vinyle craquelé. Les 500 km jusqu'à Arba Minch ont pris 14 heures, pas 12. Arrêts mystérieux, crevaison à Wolkite, puis un pneu de secours qui ne rentrait pas. À midi, on achetait des œufs durs et des bananes à un vendeur routier pour 40 birr. L'air était étouffant. On s'endormait, la tête contre la vitre — aucune climatisation. Arba Minch nous a accueillies avec une panne d'eau à l'hôtel Paradise Lodge. On s'est lavées à l'eau de pluie d'un bassin, le soir. Pas dramatique, mais frustrant après cette journée de route. Le lendemain, on a loué une jeep avec chauffeur Girma (40 euros/jour) pour descendre dans la vallée de l'Omo. On roulait vers Jinka, direction sud. Les villages Karo et Hamar : contact réel, pas de mise en scèneGirma nous a menées au village Karo de Dus. Les femmes avaient les lèvres tatouées de cicatrices blanches, les seins nus. Pas une zone « touristique » surorganisée : une femme de 70 ans nous regardait avec curiosité, pas comme des portefeuilles. On a bu du café local, amère, avec du beurre rance dedans. L'odeur était crue, presque animale. Une gamine de 4 ans nous a souri. On a échangé peu de mots, juste des regards. Girma expliquait que les Karo pêchaient au poison — une technique dangereuse, aujourd'hui réglementée mais souvent contournée. Le village Hamar de Turmi était différent : plus de touristes, plus de mise en scène. On a vu une cérémonie de saut du bétail (jumping ceremony), rite de passage pour les jeunes hommes. L'un d'eux sautait sur des vaches alignées, nus, sous les cris des femmes. L'énergie était réelle, mais on sentait qu'on dérangeait, qu'on était observées en même temps qu'on observait. Un jeune nous a demandé de payer pour une photo — 100 birr (1 euro). On a accepté, mais mal à l'aise. Girma a mangé une assiette de maïs bouilli avec du sel, nous avons commandé une omelette qui avait traîné une heure au soleil. Addis, retour : monastères et frustration religieuseOn est revenues à Addis pour les trois derniers jours. On a pris un vol Ethiopian Airlines (12 h plus tôt que prévu — on a raté le minibus, panique à 4 h du matin) jusqu'à Lalibela. Cette ville, perchée à 2 600 m, abrite onze églises creusées dans la roche basalte. On s'est levées à 5 h pour entrer à l'église Saint-Georges (Bete Giyorgis). Les moines nous ont demandé d'enlever nos chaussures. Dedans, l'humidité était froide, l'odeur d'encens très présente. On a entendu des chants éthiopiens orthodoxes — des voix graves qui résonnaient. C'était émouvant, mais les autres touristes prenaient des selfies, ça nous a sorties du moment. On a payé 450 birr (4,50 euros) d'entrée, ce qui nous a permis d'accéder à l'ensemble du site sur trois jours. La plupart des églises avaient des gardiens qui demandaient des pourboires supplémentaires — 50 à 100 birr. On a compris qu'on était attendues à lâcher de l'argent partout. Pas agressif, mais usant psychologiquement. Kifle Ketema Café pour le petit-déj : café noir très fort, pain injera avec du miel, 60 birr.Mules pour descendre dans les ravins : nécessaires, louées 200 birr/jour via l'hôtel.Addis pour finir : on a dîné au restaurant Ben Abeba, sur les hauteurs de Piazza. Terrasse surplombant la ville au coucher de soleil. Les pâtes étaient « fusion » (trop) — 350 birr pour deux. Mais la vue était rare. On a rencontré une couple suisse, on a discuté des galères de visa pour le Kenya.
Les bons plans repérés sur place.
Marché Merkato d'Addis-Abeba : y aller à 8 h, emporter un foulard (poussière intense)
Église Bete Giyorgis de Lalibela : se lever avant 5 h 30 pour la cérémonie des moines seuls
Vallée de l'Omo, villages Karo : passer par Girma (guide, +40 euros/jour, fiable, parle français basique)
Café Enrico, Addis : injera avec spaghetti shiro, 120 birr, terrasse calme
Route Addis-Arba Minch : prévoir un livre, beaucoup d'eau, aucune climatisation
Et au final.
L'Éthiopie nous a secouées plus qu'elle ne nous a confortées. La beauté des paysages montagneux, la profondeur du patrimoine religieux, la résilience des gens — c'est réel. Mais les trajets épuisants, la pauvreté visible, les demandes constantes d'argent ont laissé un arrière-goût ambivalent. On ne regrette pas, mais on ne reviendrait pas dans dix ans non plus.