Comment ça s'est passé.
Nous avons débarqué à Abidjan un mardi matin, vol Air Côte d'Ivoire depuis Bruxelles. L'aéroport Félix Houphouët-Boigny sent la terre mouillée et le carburant—une odeur qu'on retrouvera partout en ville. Le taxi depuis l'aéroport jusqu'à notre hôtel, le Sofitel Abidjan, a pris deux heures au lieu de quarante minutes : embouteillage monstre sur la route du Plateau. Le chauffeur nous a expliqué qu'il fallait compter trois fois plus en heure de pointe. Nous avons logé au Sofitel, quartier du Plateau, chambre 407 avec vue sur la lagune Ébrié. À 7h30 le matin, depuis la fenêtre, on voyait les pirogues de pêcheurs qui traversaient l'eau grise, leurs moteurs crachotant. Le bruit était constant—une sorte de bourdonnement urbain permanent. Le petit-déjeuner (250 000 FCFA pour deux, environ 380 euros) était correct mais les œufs frits avaient le goût du beurre de mauvaise qualité. Le cœur battant : le Marché de TreichvilleNous nous sommes aventurés à Treichville pour le marché, mercredi matin à 6h. Erreur tactique : nous nous y sommes rendus à 9h au lieu de 6h, et c'était déjà étouffant. Les odeurs de poisson frit, de viande séchée et d'épices nous ont assaillis avant même de voir les étals. Un vendeur de beignets nous a arnaqués de 1 000 FCFA (1,50 euro) en changeant le prix après que nous ayons mordu dans un beignet à la noix de coco—le goût était sucré, presque chimique. Mais le jus de bissap frais, acheté à une femme au coin de la rue, était cristallin et tellement acide qu'on en avait les lèvres qui picotaient. Ça, c'était bon. La lagune et le silence rareVendredi après-midi, nous avons pris un bateau avec un guide local, Kouadio, qui nous a menés sur la lagune Ébrié. Quarante-cinq minutes de pirogue motorisée pour 30 000 FCFA par personne. Les habitations flottantes du village de Koumassi apparaissaient soudain : des petites maisons sur pilotis faites de planches de bois et de tôle ondulée. Une femme lavait des vêtements dans l'eau marron. Un moment marquant : à mi-chemin, le moteur s'est arrêté sans raison. On est restés quinze minutes sans bouger, sans bruit sauf le clapotis de l'eau. Kouadio riait et disait que c'était normal, qu'il fallait laisser le moteur « respirer ». On s'est sentis suspendus, un peu isolés. Le calme m'a mise mal à l'aise. Quand le moteur a redémarré, on a tous respiré mieux. Nourriture et déceptions culinairesNous avons mangé au restaurant Le Wafou, rue de l'Attié, le jeudi soir. L'attiéké (couscous de manioc) était trop sec. Le poisson à la sauce tomate (22 000 FCFA, 33 euros) manquait de sel et d'épices. En revanche, le fufu servi le samedi matin au marché de Cocody—pâte de banane plantain—avait une texture crémeuse incomparable, accompagné d'une sauce arachide fumante. Nous l'avons mangé assis par terre, à côté d'une petite fille qui nous observait en souriant. Le Plateau et ses impossibilitésNous avons essayé de visiter la Cathédrale Saint-Paul, rue Henri-Laboury, mais elle était en restauration. Les travaux bloquaient l'accès depuis trois mois. Nous nous sommes rabattus sur une balade entre les grands immeubles de bureaux du quartier, colonnes de verre et d'acier qui contrastaient bizarrement avec les petits bars de rue en tôle ondulée où les ouvriers buvaient du bangui (un alcool blanc, fort, à 500 FCFA le verre). La température atteignait 34°C à 14h et on transpirait sans arrêt. Le musée municipal (entrée 3 000 FCFA) était fermé le samedi. Nous n'avons pas réessayé. Transport et dernière journéePour nous déplacer, nous avons pris les minibus « gbakas »—petits bus jaunes décorés de dessins religieux et de inscriptions « Dieu merci ». Le ticket coûtait 300 à 500 FCFA selon la distance. Un gbaka nous a laissés en rade le dimanche : le chauffeur a décidé d'arrêter avant la destination parce que la route était trop embouteillée. Nous avons dû marcher 1,5 km sous le soleil. Notre dernier jour, nous avons visité le Parc de la Banco, au nord-est d'Abidjan. C'est une petite forêt tropicale de 3 400 hectares, avec des chemins boueux et des arbres immenses. L'humidité était écrasante, 95 %. On voyait à peine à trois mètres devant nous. Les singes—nous en avons aperçu trois—nous observaient en silence. C'était le moment où on s'est vraiment déconnectés du chaos urbain.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de Treichville le matin (avant 7h) pour éviter la foule et goûter les beignets frais à la noix de coco
Lagune Ébrié en pirogue avec Kouadio : villages flottants et silence de moteur coupé au milieu de l'eau
Fufu et sauce arachide au marché de Cocody, samedi matin : manger assis par terre avec les locaux
Parc de la Banco pour la forêt humide et les singes, hors du bruit urbain constant
Jus de bissap frais aux vendeurs de rue : acide, sucré naturel, 500 FCFA le gobelet
Photos — Abidjan
Et au final.
Abidjan n'est pas une ville facile. Les transports sont chaotiques, la nourriture inégale, et on se sent souvent hors de ses repères. Mais il y a quelque chose de vivant, d'authentiquement brut dans la manière dont la ville fonctionne. Les gens sont généreux, même quand ils nous arnaquent. Je reviendrais, mais avec des attentes différentes.








