Comment ça s'est passé.
Levé à 5 h 30 à l'hôtel Ilala Lodge pour attraper le premier minibus collectif vers les chutes Victoria. La route depuis Harare avait été chaotique : départ retardé de deux heures à la gare Harare Coach, attente interminable sous 31°C, climatisation défaillante. Mais dès les premiers regards sur le rideau d'eau qui s'élève à 100 mètres, la fatigue s'efface. L'air sentait l'humidité mélangée aux embruns, presque salé malgré les 1 700 kilomètres de distance avec l'océan. J'ai enfilé le poncho fourni — indispensable, même pour les photos « au sec ». Première galère : le site officiel des Victoria Falls ne permet pas les paiements en ligne depuis la France. J'ai dû faire la queue une heure au guichet d'entrée avec 35 autres touristes pour payer les 30 USD d'entrée (montant officiel, pas de négociation). Les guides locaux traînaient à l'entrée, proposant des tours aux chutes Devil's Pool pour 45 USD par personne. Un guide nommé Themba — qui parlait français avec un accent du Katanga — m'a finalement accompagné pour 25 USD. C'était une arnaque à peine déguisée : il m'a juste conduit aux points de vue touristiques classiques du parc. Les chutes elles-mêmesLa Zambie et le Zimbabwe se partagent le site. Côté zimbabwéen, le principal point d'observation reste le pavillon principal, à 300 mètres de la crête. J'ai senti une vibration imperceptible sous mes pieds — la force brute de l'eau. Les enfants du village de Mosi-oa-Tunya, juste en aval, vendaient des artisanats (sculptures en pierre savonneuse, vraiment belles) pour 5 à 15 USD. J'en ai acheté une petite girafe, sculptée à la main par un artisan nommé Joseph. Il m'a montré son atelier, une cabane en tôle ondulée, où il travaillait avec trois outils grossiers. Moment marquant : voir quelqu'un créer avec si peu, et sachant que chaque vente lui importait réellement. Harare : la capitale qui déprimeJ'ai consacré trois jours à Harare après Victoria Falls. Première impression : la monnaie. Les distributeurs ne distribuent plus qu'en RTGS dollar (monnaie locale depuis 2019), inflationniste à mort. 1 USD équivalait officieusement à 20 RTGS dollars, mais le marché noir offrait 35 pour 1. Calculs constants, mentaux épuisants. J'ai séjourné à l'hôtel Meikles, 5-étoiles historique au cœur-ville, à 180 USD la nuit — désuet, froid, mais avec de la prestance coloniale. La ville elle-même souffrait. Des immeubles en béton gris attendaient une rénovation depuis 20 ans. Les rues du quartier Harare CBD sentaient l'essence brûlée et la poussière rouge. Mais j'ai découvert le restaurant Pablano's, petite crêperie française tenue par une Lilloise née à Harare : une omelette aux fromages coûtait 4 USD, délicieuse, oasis de normalité culinaire. L'odeur du fromage fondu m'a ramené à quelque chose de civilisé après trois jours de bouffe touristique. Marché Mbare et découvertes réellesLe marché Mbare, c'est le poumon économique informel de la capitale. Samedi matin, 7 h, j'y ai traîné avec un ami zimbabwéen, Blessing. Brouhaha permanent, couleurs vives des étals de fruits, vendeurs criant leurs tarifs en shona. Les tomates coûtaient 1 USD la douzaine (prix novembre 2023). J'ai goûté les sadza (polenta locale) avec de la viande grillée pour 2 USD — goût neutre, saveur dans la sauce aux tomates épicée. Les mouches tournoyaient autour des étals de viande ; Blessing m'a expliqué que les clients vérifiaient la fraîcheur à l'odeur, pas au regard. Petite secousse pour l'hygiène occidentale. Dernier jour, visite du musée national du Zimbabwe (National Museum), entrée 5 USD. Collections préhistoriques correctes, mais peu d'informations en français. Les pierres de Zimbabwe, sculptures en stéatite du 11e-15e siècle, valaient le détour. Toutefois, le musée fermait à 16 h 30 pile. Arrivé à 16 h 20, on m'a refusé l'entrée. Politique britannique rigide, pas de flexibilité. Transports et logistiqueLes vols intérieurs Zimbabwe Express coûtaient 120 USD Harare-Victoria Falls (1h 20 min). À Victoria Falls, j'ai loué une voiture sans chauffeur auprès d'Avis : 50 USD par jour, essence environ 1 USD le litre (élevé pour la région). Les routes principales sont correctement entretenues, mais les panneaux manquent ; l'GPS était indispensable et capricieux (zone rurale).
Les bons plans repérés sur place.
Victoria Falls depuis le pavillon principal (30 USD entrée) : levé à 5 h 30, poncho obligatoire, sensation de vibration sous les pieds
Restaurant Pablano's à Harare CBD : omelette-fromage 4 USD, ilot français authentique en centre-ville
Marché Mbare le samedi matin (7 h) : sadza-viande grillée 2 USD, odeurs brutes d'économie informelle
Atelier de Joseph au village Mosi-oa-Tunya : sculptures en stone soapstone 5-15 USD, vente directe au créateur
Musée national du Zimbabwe (entrée 5 USD) : pierres de Zimbabwe 11e-15e siècle, ferme strictement à 16 h 30
Et au final.
Le Zimbabwe m'a surpris : Victoria Falls vaut vraiment le détour, et les rencontres avec des gens comme Joseph ou Blessing ont eu plus de poids que les monuments. Harare m'a déçu, ville fatiguée en transition économique, sans infrastructure touristique fluide. À refaire, j'aurais passé moins de temps en capitale et plus dans les zones rurales (Hwange, les Kariba).