Comment ça s'est passé.
Arrivée à Tallinn : première impression glacialeNous avons atterri à l'aéroport de Lennart Meri Tallinn à 6 h 45, un jeudi de février. Le froid m'a frappé immédiatement en descendant de l'avion – pas une bise, mais une morsure. Moins 8 degrés. J'ai dû fouiller dans mon sac pour sortir le bonnet que j'avais rangé trop profond. Le bus de la compagnie Lux Express nous a pris au terminal, numéro de ligne 2, tarif 3 euros pour rejoindre la gare ferroviaire Tallinn Balti Jaam en 20 minutes. Le chauffeur avait l'air d'en avoir marre de son travail. Aucun mot échangé. Notre hôtel, le Three Sisters Boutique Hotel, se trouve directement sur Pikk Street dans la vieille ville. Chambre 312, un petit espace mansardé avec vue sur les toits rouges des maisons hanséatiques. Les radiateurs ronronnaient fort – on sentait cette odeur cuivrée de vieille fonte chauffée, le bruit métallique qui s'échappe quand le système se lance. J'aime bien ce genre de détail. Le réceptionniste, Jaan, parlait six langues. Il nous a conseillé le restaurant Olde Hansa à deux pas de là. Olde Hansa et les surprises culinairesOlde Hansa est une sorte de musée à manger. Décor de taverne médiévale, personnel en costume du XVe siècle, plafond bas. Nous y avons pris un repas le premier soir. J'ai commandé le steak de chevreuil avec sauce aux baies sauvages : 18 euros. Ma femme a opté pour la soupe de pois cassés aux lardons fumés estoniens, un plat de base local : 8 euros. Le goût était savoureux mais lourd. On a senti toute la graisse du lard pendant une heure après, une sensation huileuse sur les dents. Le verre de vin blanc estonien (Mustvee) était raisonnablement bon, 6 euros. Ambiance surjouée, mais efficace. Balades dans la vieille villeNous avons passé trois jours à explorer Tallinn à pied. L'église Saint-Nicolas (Niguliste kirik) date du XIIIe siècle. À l'intérieur, les vitraux modernes jurent avec l'architecture gothique usée, mais la lumière tombait à l'angle du mur ouest de façon à éclairer juste la nef centrale. J'ai pris une photo qui n'a rien rendu. La forteresse Toompea se voit de partout. En grimpant par Toompea Street, j'ai croisé une vieille femme estonienne qui vendait des myrtilles dans un pot de confiture auprès de l'escalier de Patkuli. Une euro le petit pot, il devait y en avoir 200 grammes. J'en ai acheté deux. Le goût était âcre, très nord. Le château de Kadriorg est à l'extérieur de la vieille ville. Nous avons pris le tram numéro 4 depuis Kaubamaja, la ligne la plus basique : 2 euros. Quarante minutes de trajet. Le château date de 1718, construit par Pierre le Grand pour sa femme Catherine. Le musée d'art estonien à l'intérieur était fermé pour restauration. Galère. Nous avons marché dans le parc gelé, les feuilles mortes collaient à la glace sous nos pieds avec un craquement sec à chaque pas. Personne alentour. C'était un moment un peu étrange, presque vide. Ferry vers SaaremaaNous avons pris un ferry depuis Haapsalu, à 50 km au sud de Tallinn. Nous avons loué une voiture, une Dacia Sandero, chez Europcar pour 22 euros la journée. Route via Paralepa. Le paysage en février c'est surtout du gris : champs mous, forêts de bouleaux sans feuilles. Le ferry (compagnie Saaremaa Laevakompanii) quitte le port de Haapsalu trois fois par jour. Tarif de 5 euros par personne, 15 euros pour la voiture. Trajet 35 minutes. La mer Baltique était calme ce jour-là, mais le vent soufflait à en décrocher une cheminée. On sentait le sel intensément, une odeur presque médicale. Île de Saaremaa : isolation et traces historiquesSaaremaa est une île de 2 600 km². Nous sommes descendus à Kuressaare. La ville principale s'arrête à peu près au château (Kuressaare Castle, XVIe siècle). Au-delà, c'est le néant routier. Nous avons trouvé l'hôtel Meri, vue sur la baie : chambre avec radiateur qui claquait, lit dur, café dilué au matin. Petit déjeuner compris, porridge aux myrtilles, pain de seigle, fromage blanc. Prix : 45 euros la nuit. Nous avons roulé vers le phare de Sörve. Une route de 30 km où nous avons croisé trois voitures. Le paysage s'aplatissait, s'ouvrait. Au bout, le phare blanc et rouge de 1650 se dressait seul face à la mer Baltique gelée en bordure. Il n'y avait personne. Juste le vent et ce silence qu'on entend quand il n'y a vraiment rien pour l'absorber. C'était mon moment marquant de ce voyage. Restaurant du soir à Kuressaare, Padaste Manor (maison de campagne convertie). Anguille fumée estonienne, 14 euros. C'était poissonneux, l'odeur reste. Pommes de terre bouillies, tout simple. Vin blanc local, Viljandi, 7 euros. L'établissement était presque vide un mardi. Lumière jaunâtre, très années 1990 russe dedans. Retour et bilanNous avons repris le ferry mercredi, puis l'avion jeudi. Le vol était en retard de 2 h 15 – un problème de dégivrage sur les ailes à l'aéroport de Lennart Meri. Rien de dramatique, mais ça gâche le timing. Nous avons raté notre correspondance à Stockholm, dû prendre un hotel pour la nuit (85 euros pour un Comfort Inn) et rattraper le vol suivant le lendemain matin via SAS à 9 h 35.
Les bons plans repérés sur place.
Cathédrale d'Alexandre-Nevski (Narva mnt 13, dômes dorés visibles de loin, intérieur rempli d'icônes)
Olde Hansa (Raekoja plats 1a, steak de chevreuil à 18 euros, décor moyen-âgeux pas raté)
Phare de Sörve sur l'île de Saaremaa (route D4806, silence total, mer gelée en bordure)
Parc de Kadriorg (tram 4 depuis Kaubamaja, château de 1718, atmosphère hivernale déserte)
Café Krahv (Raekoja plats 16, café crème estonien, 3 euros, comptoir en bois vieux)
Et au final.
L'Estonie, c'est une destination de février un peu rude : les villes vieilles sont réelles, pas du théâtre, et Saaremaa vaut vraiment le détour pour ceux qui aiment la solitude côtière. Le problème c'est l'hiver qui rend tout fermé prématurément et les retards des transports. À refaire, mais en mai.