Comment ça s'est passé.
Levée à 5 h 30 à l'hôtel Manly Pacific pour attraper le premier vol Qantas QF 771 de Sydney vers Melbourne. Assis côté hublot, j'ai vu les côtes rocheuses s'éloigner sous un ciel rose pâle. Le frisson habituel des décollages, mais doublé d'une angoisse bête : première fois en Australie, seule, avec un budget serré. Les trois premiers jours, j'ai exploré Sydney. Le quartier de The Rocks m'a accueillie dès le matin avec l'odeur salée du port et les cris des mouettes qui squattent les terrasses. Petit déjeuner chez Paramount Coffee House, Barangaroo : un flat white à 5,50 AUD et des tartines d'avocat que je paie 16 AUD (la surprise du choc tarifaire). La baie de Sydney Harbour s'étend devant moi, Opera House blanc sur fond de building de verre. Pas de cliché : c'est juste massif et oppressant. La galère du bus touristiqueJ'ai voulu prendre le bus 333 direction Bondi Beach. Mauvaise idée : grève partielle des transports ce jour-là (info non mise à jour sur le site TripAdvisor local). Quarante minutes d'attente sous 28°C de chaleur sèche, mes vêtements collant à la peau, avant d'apprendre que le trajet était détourné. Finalement, je suis allée à pied depuis Circular Quay en comptant sur mon GPS. Les jambes ont crié. Leçon : toujours vérifier Transport NSW le matin même, pas la veille. À Bondi, j'ai nagé entre deux drapeaux de sauvetage, l'eau froide (17°C en novembre austral) me coupant le souffle. Les surfeurs passaient à côté, bronzés, habitués. Moi, j'étais maladroite, fébrile. Ce malaise là, c'était ma vraie raison du voyage : sortir de ma routine. Melbourne et la Great Ocean RoadVol le jour 4 vers Melbourne (Jetstar JQ 600, moins cher, plus secoué). J'ai loué une voiture chez Hertz, terminal international de l'aéroport. La route côtière de Great Ocean Road m'attendait : 243 km de asphalt serpentin le long de falaises de calcaire. Soleil tapant, fenêtre ouverte, odeur de l'océan mélangée à celle du goudron chaud. Déjeuner à Lorne, petit village balnéaire : fish and chips chez Kosta's, 24 AUD pour une barquette généreuse. Le poisson avait encore le goût du sel de mer. À côté, un couple de retraités belges discutait des vagues. C'est comme ça : on partage des tables de restaurant avec des étrangers, et soudain on se sent moins seul. Les Douze Apôtres (Twelve Apostles) : formations rocheuses de 45 mètres qui surgissent de l'eau. J'y suis arrivée vers 16 h 30, heure d'or. Le parking était bondé. Des groupes de touristes chinois avec des selfie sticks. Et moi, photographe au téléphone, incapable de capture ce qui s'offrait vraiment : l'immensité muette des rochers, les vagues qui les frappent depuis 20 millions d'années. Moments plus silencieuxLe jour 8, j'ai ratté ma correspondance à Adelaide. Retard de 2 h du vol précédent (panne moteur signalée, pas expliquée). J'ai dû passer la nuit à l'aéroport, dépensant 85 AUD pour un motel cheap. Douche froide (thermostat cassé), bruits de ventilation la nuit entière. Le lendemain, fureur bête, j'ai écrit à Qantas. Réponse : rien. Ça m'a rappelé que voyager seule, c'est aussi encaisser les petites déceptions sans faire de théâtre. En revanche, la baie d'Encounter au sud, près de Victor Harbour, m'a rendue muette. Pas de restaurant fancy, pas de routard qui pose pour Instagram. Juste des falaises grises, le vent qui cingle le visage, et le sentiment d'être minuscule. Deux heures là, seule sur une plage vide, à lire un vieux roman qu'une routarde française m'avait laissé à l'auberge. Les derniers jours, j'ai trainé à Melbourne, dans les laneways de Fitzroy : cafés cachés, street art sur les murs, libraires qui connaissent les noms des clients. Le Huxtaburger à Brunswick Street, 18,50 AUD pour un burger épais, jus de viande qui coule sur les doigts. Les hipsters de Melbourne, c'est un cliché, mais les clichés existent souvent pour une raison.
Les bons plans repérés sur place.
Bondi Beach via le bus 333 depuis Circular Quay (nager entre les drapeaux orange et rouge des maîtres nageurs)
Petit déjeuner chez Paramount Coffee House à Barangaroo, flat white + avocat sur tartine
Great Ocean Road jusqu'aux Twelve Apostles (départ le matin tôt, parking plein après 14 h)
Lorne, village côtier : fish and chips chez Kosta's, assis en face de l'océan
Encounter Bay près de Victor Harbour : falaises grises et vent glacial, quasi désert touristique
Photos — Sydney, Melbourne, côte sud
Et au final.
Quatorze jours qui ont remis ma boussole d'aplomb. Les paysages australiens sont puissants, mais ce qui reste, c'est surtout les creux : les heures perdues aux transports, les nuits d'insomnie à cause du décalage, la solitude qui pèse certains matins. À recommencer ? Oui. Mais pas seule la prochaine fois.
