Comment ça s'est passé.
On débarque à l'aéroport international de Paro un matin de novembre, 8 h 15, après une correspondance à Delhi qui nous a fait perdre deux heures. Le seul vol direct pour le Bhoutan, c'est Druk Air ou Bhutan Airlines, et les prix tournent autour de 400 euros l'aller-retour. L'aéroport ressemble à un petit bâtiment peint en rouge vif avec des dragons dorés partout — moins futuriste qu'on l'imagine, plus kitsch que prévu. Premier choc : l'air est glacial, 8 degrés à peine, et ça sent la fumée d'encens mélangée au gasoil des petits bus. Les chauffeurs de taxi réclament 1 200 ngultrum (environ 14 euros) jusqu'à Paro-ville, c'est trois fois le tarif officiel, mais on négocie à 600 ngultrum. Le gars nous parlera pendant 45 minutes de son amour perdu et de sa moto cassée. Paro : les premiers joursOn loue une chambre au Nyala Boutique Hotel, rue principale, 35 euros la nuit, petit déjeuner de riz gluant et sauce piment inclus. Le proprio, Tenzin, nous propose un guide pour 50 euros la journée. On refuse, on veut se perdre un peu. Grande erreur. Le Taktsang (le Monastère du Nid du Tigre), tout le monde le fait. Pour y aller, faut payer 1 200 ngultrum d'entrée, puis 400 de plus pour le guide obligatoire. La rando dure 2 h 30 en montée, et honnêtement, les genoux brûlent à cause de l'altitude (2 600 m). Mais arriver devant ce monastère construit à flanc de falaise à 3 120 m, avec des nuages qui passent entre les murs rouges, ça te plante sur place. Notre guide, Pema, nous montre une salle avec des peintures de protecteurs bouddhistes peintes en noir et or ; le contraste du noir de suie avec l'or à la feuille, c'est violent. Odeur de beurre de yak brûlé partout à l'intérieur. On teste les fried momos au restaurant Sonam Trophel en redescendant : 150 ngultrum les dix, c'est bon mais gras, les mains deviennent brillantes. À côté, on achète du datshi (fromage blanc au piment) à un petit marché en plein air. Le goût est très fort, presque agressif si on n'y est pas habitué. Ça pique vraiment, pas du folklore, du vrai. Thimphu : la capitale surprenanteTrajet Paro-Thimphu en minibus partagé : 300 ngultrum, 1 h 45 de route zigzag qui soulève l'estomac. On monte à 2 320 m. Thimphu est moins touristique que Paro, plus vrai. Les gens se déplacent en voiture ou à pied, les rues ne sont pas pavées de briques jaunes comme on l'imaginerait. On reste au hotel Tibet, 28 euros, pas de wifi fiable, pas grave. Pour manger, on trouve le Bhutan Kira Café dans le quartier de Norzin Lam : dal, riz, légumes pour 200 ngultrum. Le café est un vrai bar-restaurant, avec des jeunes qui scrollent sur des téléphones tout neufs, on sent l'Inde à côté qui tire la modernité. Le Musée National (le Simtokha Dzong) est fermé le mardi, on arrive le mardi 14 h. On doit revenir le mercredi. C'est une galère typique des petits pays : les horaires ne sont jamais respectés, ou affichés en dzongkha uniquement. Le mercredi, on trouve enfin ce musée avec des armures anciennes, des tissages en soie qu'on ne voit nulle part ailleurs, des masques de danse de 50 ans d'âge. Le marché de Thimphu (Centenary Park) le samedi matin : on y va à 6 h 45 pour avoir de la place. Odeur de chou bouilli, de poisson sec, de fruits exotiques qu'on ne reconnaît pas. Les femmes portent toutes le gho ou la kira (costumes traditionnels), pas du folklore, c'est vraiment les vêtements du quotidien. On achète du miel local à 600 ngultrum le petit pot, du fromage yak séché (très cher, 30 euros les 200 g) et des tomates. Détente et galèresOn fait une rando à Bumdrak, une petite grotte avec un couvent. Montée 3 h, c'est moins connu que Taktsang. Un moine nous propose du thé au beurre de yak, c'est tiède et salé, presque savonneux, pas mauvais mais surprenant. On paye une donation volontaire, 100 ngultrum suffisent. Grande galère : on rate notre bus de retour à Paro. On était au petit marché, on a perdu la notion du temps. Le minibus suivant n'est que le lendemain à 7 h. On doit rester une nuit supplémentaire à Thimphu, reprendre l'hôtel (60 euros au lieu des 28 prévus), et on se sent bête. Le proprio nous demande pourquoi on n'a pas de guide — c'est la question qu'on s'est posée aussi. Avant de partir, on prend un dernier verre au Snow Lion Bar dans Norzin Lam, une bière Druk (230 ngultrum, très bonne), en regardant les motos stationnées dehors. Les conducteurs fument des cigarettes sans filtre, l'air devient vraiment épais.
Les bons plans repérés sur place.
Taktsang (Monastère du Nid du Tigre) : arriver avant 9 h pour éviter la foule, la brume matinale dans les gorges, 2 h 30 de rando intense
Marché de Thimphu le samedi 6 h-9 h : fruits, fromage yak, vraies gens, pas de touristes, odeurs très fortes
Fried momos au restaurant Sonam Trophel à Paro (150 ngultrum) : addictifs, gras, saveur simple et puissante
Datshi dans les petits resto locaux : essayer une vraie portion, pas une version 'doux pour touriste', savoir que ça va picoter
Rando Bumdrak au lieu de Taktsang si on a 3-4 jours : moins touristes, grotte mystique, moine qui fait du thé au beurre de yak
Photos — Paro / Thimphu
Et au final.
Le Bhoutan est un endroit où ça bouge moins qu'en Inde, où l'argent ne suffit pas à résoudre tous les petits problèmes (bus qui partent sans prévenir, guides obligatoires onéreux). Mais être face au Taktsang en vrai, loin des photos retouchées, et manger du datshi en suant sur une montagne à 2 600 m, c'est une expérience qu'on ne regrette pas, même si on aurait aimé avoir plus de temps pour Punakha.
