Comment ça s'est passé.
Arrivée à Oran le 15 mars, vol Air Algérie AF 1305 en retard de 2h30 – déjà l'Algérie qui montre son vrai visage. L'aéroport international d'Oran Es Senia était bondé, climatisation défaillante, 34°C à l'intérieur. Taxi bleu réglementaire jusqu'à l'hôtel Sheraton Oran, compté 2500 DA (18 euros), le chauffeur parlait français avec un accent rocailleux, musique raï en fond. Première impression de la ville : Oran respire l'énergie grise. Pas la ville de carte postale qu'on attendait. Les façades Belle Époque côtoient des immeubles en béton décrépis, des chats maigres dormaient sur les trottoirs brûlants. J'ai passé trois jours en ville. Petit-déjeuner chaque matin au café Jawhara près du port – café noir épais (200 DA) et croissants fourrés aux dattes (150 DA chacun). Le son des bateaux qui arrivent crée une ambiance étrange, mélangée au bruit des klaxons incessants. Déambulation dans la Médina : ruelles étroites, odeur de cuir tanné qui sort des ateliers, vendeurs de cuivre qui cogent sur leurs ustensiles. Moment clé : j'ai eu un malentendu avec un marchand de la place Tahtaha – j'ai acheté ce que je croyais être des épices, c'était surtout du sable mélangé. J'ai négocié, il a rigolé, il m'a revendu trois fois moins cher. Ça m'a fait comprendre qu'il fallait sourire plutôt que se plaindre. Cap sur Tlemcen, la ville des rues tranquillesBus Tassili depuis la gare routière d'Oran (5h de route, 1200 DA) : véhicule climatisé, arrêts dans des petits villages perdus. Arrivée à Tlemcen vers 16h. Logé à la Pension Atlas, petite maison d'hôtes tenue par Fatima, femme de 60 ans qui m'a préparé un couscous merguez le premier soir – température parfaite, couscous chaud, sauce riche en oignons et piments, goût réconfortant après 5h de bus. 900 DA pour chambre + repas. Tlemcen est le contraste exact d'Oran. Ville calme, collines vertes, mosquée Sidi Brahim dominating le paysage. Promenade au mausolée de Sidi Boumediene – entrée libre, gardien me montre les carrelages azulejos du XVe siècle en bleu et blanc. Les pieds résonnaient sur le sol en pierre. Visite de la Grande Mosquée : pas très grande finalement, fermée l'après-midi, j'ai dû attendre 17h. Marché central le vendredi : fruits et légumes alignés, négociation des prix qui est un jeu – 400 DA le kg de cerises, très sucrées, achetées pour le chemin. Vers le Sahara : Béni Abbès et l'immensitéVol Air Algérie interne jusqu'à Adrar (350 euros A/R, très cher) depuis l'aéroport d'Oran. Puis minibus privé loué via Airbnb : 8000 DA pour la journée (60 euros), chauffeur nommé Karim, 35 ans, parlant l'anglais cassé mais sympathique. Route vers Béni Abbès à 5h du matin – température extérieure 8°C, vent glacial du nord, on croyait entrer dans un congélateur. L'aube sur le désert : orange pâle qui vire au rose puis au blanc – moment où j'ai vraiment ressenti quelque chose. Silence total avant 7h. Karim m'a arrêté à un petit resto routier : thé à la menthe brûlant (100 DA), morceau de pain et fromage blanc local. Sensation immédiate : mains qui se réchauffent, gorge qui s'ouvre. Béni Abbès, oasis minuscule. Hôtel Youssef logeait les peintres avant (histoire vraie, traces au mur). Dîner commandé à Youssef lui-même : tajine de poulet, prunes sèches, pain galette cuit sur le feu (600 DA). Ascension à la Koubba – petit mausolée sur la colline – coucher de soleil à 18h30. Ciel virant au violet, puis noir franc. Étoiles si denses qu'on voyait la Voie lactée en détail. Mais froid mordant (4°C), pas assez couvert. Demi-heure seulement sur place. Deux jours à Béni Abbès. Excursion aux dunes de l'Ouest : Karim me loue un chameau (2500 DA pour 3h, animal harassé, j'ai culpabilisé). Passage à travers les dunes, sable orangé et fin, particules qui rentrent partout – cheveux, vêtements, l'intérieur des oreilles. Goût du sable sur les lèvres malgré le foulard. Galère : pneu du minibus crève en revenant, changement de pneu à 15h30 en plein soleil blanc (38°C). Karim transpire, je transpire, opération 45 minutes. Eau en quantité insuffisante. Moment où j'ai pensé « c'était pas malin de venir seul ». Retour vers Oran par bus de nuit (10h, 2000 DA, arrivée 6h du matin). Sommeil impossible, sièges inconfortables, climatisation cassée à l'avant (j'étais assis loin). Mais passagers sympathiques : une femme avec sa fille qui partageaient leurs dattes – Deglet Noor, sucrées, molles. On a parlé sans vraiment se comprendre, rires suffisaient. Dernier jour à Oran : musée Ahmed Zabana sur l'histoire ottomane. Entrée 300 DA. Reliques peu spectaculaires mais armes et calligraphies qui racontent quelque chose. Resto final : Restaurant Zitoune dans le centre, grillades de merguez et côtelettes (2200 DA pour deux). Bière Flag (Algérienne, 400 DA). Sensation de confort retrouvé, climatisation, chaises rembourrées.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de Tlemcen le vendredi : fruits locaux et tissus, négociation vraie qui ne dure qu'un texte
Koubba de Béni Abbès au coucher de soleil (accès par petite montée, 30 min from town center, gratuit)
Petits déjeuners au café Jawhara d'Oran près du port : croissants aux dattes à 150 DA, vue sur les bateaux
Route de minibus Oran-Tlemcen : paysage de collines vertes vraiment différent du Sahara, départ 8h30
Nuit sous les étoiles près des dunes de Béni Abbès (louer Karim via guesthouses locals, ~2500 DA/3h)
Photos — Oran / Tlemcen / Béni Abbès
Et au final.
L'Algérie n'est pas la destination de rêve qu'on vend sur les brochures touristiques. C'est un pays qui fatigue, qui frustre par ses routes défoncées et ses retards constants, mais qui me manquera pour le rapport brut à la vie des gens – sans faux-semblants. Tlemcen et Béni Abbès restent des vraies respirations. Oran, c'était trop aride pour moi, trop urbain et pas assez chaleureux. Je repartirais, mais pour le Sahara uniquement et plus longtemps.
