Comment ça s'est passé.
Nous avons débarqué à l'aéroport international de Lahore un mardi matin vers 6 h 30, complètement endormis après un vol de nuit depuis Istanbul. L'air chaud et humide nous a frappés de plein fouet en sortant de l'avion. Le taxi jusqu'à notre hôtel, le Pearl Continental sur Mall Road, nous a coûté 800 roupies (environ 2,50 euros). Le trajet a duré 45 minutes dans un embouteillage cahotique où les motos se faufilaient entre les voitures tandis que des klaxons hurlaient sans arrêt. C'était d'ailleurs notre premier choc : le bruit constant du trafic, mélangé à la puanteur des gaz d'échappement. Après un café rapide au lobby de l'hôtel (150 roupies pour un chai très sucré), nous avons pris un rickshaw automatique pour le Badshahi Mosque en fin d'après-midi. Notre chauffeur, Mohammad, parlait un anglais approximatif mais était sincère. Il nous a menés à travers les ruelles étroites du vieux Lahore où des hommes fumaient de longues cigarettes devant des petits magasins étriqués. La mosquée elle-même était moins grandiose qu'on ne l'imaginait, encrassée par la pollution urbaine, mais la prière du coucher de soleil que nous avons entendue résonnait avec une force brute. Le premier vrai problème : nous avions réservé une table au restaurant Café Aylanto pour le soir, un établissement réputé près de Fortress Stadium. Après avoir traîné pendant deux heures dans les rues adjacentes, nous avons découvert qu'il était fermé pour rénovation. Aucune notification. Mohammad nous a proposé d'aller chez son cousin qui tenait un petit restaurant de brochettes, Kabab House, dans une ruelle que nous aurions jamais trouvée seuls. Le nihari (ragoût de viande traditionnel) à 450 roupies était savoureux, mais l'endroit n'avait pas de vraie table : nous étions assis sur des tabourets en plastique, les pieds frôlant le sol crasseux. Quand même, les brochettes ont un goût que les restaurants « branchés » ne capture jamais. Mercredi, nous avons pris un minibus PK-5 vers Amritsar, théoriquement 35 km. Le trajet, qui devait durer 1 h 30, en a pris plus de 3 : crevaison. Nous avons attendu sur la route en plein soleil, 34 degrés, à côté d'un champ de riz. Une femme du village nous a offert du lassi (yaourt fouetté salé) dans un verre en terre cuite à peine rincé. Nous avons bu quand même. L'eau froide et laiteuse a un goût acidulé qui n'existe pas dans nos supermarchés. Le chauffeur a finalement changé le pneu avec l'aide de trois passagers qui descendaient tous du minibus. À Amritsar, nous avons visité le Golden Temple jeudi à l'aube, levés à 4 h 45. La cour en marbre brûlante sous nos pieds dès 6 h du matin. Les fidèles faisaient leurs ablutions avec une concentration totale. Nous avons mangé un dal bhaat (lentilles et riz) dans la cuisine commune du temple, gratuitement, assis en rangées avec une centaine d'autres personnes. Aucune séparation touristique/pèlerins : on était dedans, simplement. Samedi, de retour à Lahore, nous avons flâné au marché de Anarkali. L'endroit est un dédale de petits commerces où les vendeurs vous agrippent la manche à chaque pas. Un homme nous a presque traîné vers sa boutique de tissus imprimés. Nous avons acheté deux dupatta (écharpes) pour environ 15 euros chacune. Les couleurs orange et bleu fuchsia sont éclatantes, on sent encore l'odeur d'humidité et de teinture. Nous avons ensuite pris un thé à la menthe à un petit comptoir, assis sur une marche de la ruelle. Mardi suivant, avant de partir, visite du Fort de Lahore en fin de matin. Moins bien entretenu qu'on aurait cru. Des parties de murs s'effritent, des coins sont fermés « for maintenance ». Mais la vue depuis les remparts sur la mosquée est singulière, pas photogénique au sens classique, juste vraie.
Les bons plans repérés sur place.
Badshahi Mosque (Mall Road, Lahore) : moins impressionnante que les photos, mais la prière du maghrib crée une atmosphère sérieuse, grave
Golden Temple à Amritsar : y arriver à 5 h du matin, avant les touristes, et manger le dal bhaat gratuit avec les pèlerins
Anarkali Bazaar (vieux Lahore) : se perdre volontairement, accepter de négocier les prix des dupatta et des textiles, 800 roupies pour un beau foulard
Ride en minibus PK-5 jusqu'à Amritsar : pas glamour, mais c'est comment les gens du coin se déplacent, crevaison incluse
Petit chai devant le Fort de Lahore au lever du jour : 30 roupies, servi dans un verre en verre grossier, légèrement brûlant
Photos — Lahore
Et au final.
Le Pakistan n'est pas un pays « facile » pour un touriste francophone. Les routes sont bruyantes, sales, imprévisibles. Mais nous avons eu des moments de générosité humaine qui ne sont jamais venus « de la brochure ». Ce qu'on aimerait moins refaire : le chaos du trafic et les restaurants touristiques fermés sans prévenir. Ce qu'on referait sans hésiter : boire un thé au sol avec des inconnus et discuter jusqu'à ne pas comprendre une seule phrase.








