Comment ça s'est passé.
On a atterri à Kaboul un mardi matin vers 7 h 30, après une nuit blanche sur Turkish Airlines. L'aéroport Hamid Karzai est petit, chaotique, avec des files d'attente mal balisées et des douaniers qui consultent leur téléphone sans se presser. La température était déjà à 18 degrés Celsius, bien plus fraîche qu'on ne l'imaginait. L'odeur caractéristique de poussière mélangée à diesel nous a frappés dès la sortie du terminal. On a réservé la chambre double de l'hôtel Safi Landmark à l'avance via un ami. 65 euros la nuit, petit-déjeuner inclus. C'est un établissement bleu poudré sur la Route de Darulaman, avec un accueil chaleureux mais des douches d'eau tiède non régulée. Le wifi marche une fois sur trois. On s'est installés, puis on a pris un taxi vers le Bazar de Kaboul vers 10 h pour manger quelque chose. Le chauffeur, Rashid, nous a chargé 150 afghani pour un trajet de 3 km (environ 2 euros), ce qui s'est avéré honnête. Le bruit là-bas est assourdissant : vendeurs criant, motos sans silencieux, coups de klaxon constants. Ça bouge de partout. La première galèreAu marché, nous avons commandé un aloo paratha à un vendeur ambulant près de la mosquée Pul Kheshti. Le pain était chaud, savoureux, rempli de pommes de terre épicées. 30 afghani seulement (0,40 euro). Mais deux heures plus tard, crampes d'estomac intensives. Pas grave à la fin, probablement juste une réaction à l'eau ou aux conditions d'hygiène. C'est un risque qu'on prenait. Le goût était bon, mais on n'a pas assez fait attention. Le mercredi, on a visité le musée national de l'Afghanistan. Ouvert de 9 h à 16 h, entrée 200 afghani par personne. Les collections sont fragmentées, certaines salles fermées pour restauration depuis des années. Mais voir les bouddhas de Bamiyan en photo, lire l'histoire des destructions de 2001, c'était émouvant et lourd. Un conservateur nous a expliqué en anglais cassé qu'ils tentaient de reconstituer les archives. Ce moment a créé un décalage : on visitait un pays dont on voyait les blessures historiques partout, pas camouflées par du vernis touristique. Panjshir et la route chaotiqueJeudi, on a pris une minibus partagée vers la vallée de Panjshir. Départ à 6 h de la gare routière Kabul Autobusistan. Compagnie Safi Travel, 300 afghani par personne. La route est montueuse, défoncée, avec des virages serrés. Un passager a dû descendre à mi-chemin car il se sentait mal. Le paysage devient rocheux, sec, avec des tunnels sommaires creusés dans la roche. L'air se refroidit progressivement. Arrivée à Bazarak vers 13 h, après 6 heures de trajet. On a loué une petite maison chez l'habitant via un contact local : 40 euros la nuit, trois pièces, chauffage au charbon de bois. L'odeur du charbon brûlant était prenante, un peu suffocante les premiers jours. On a marché quatre heures vers le village de Khenj. Les habitants nous saluaient avec curiosité, parfois réserve. Une femme nous a invités dans sa cuisine à boire du thé vert. Elle ne parlait pas anglais, on a utilisé Google Traduction sur le téléphone comme traducteur. Goût herbacé du thé, sucre cristallisé fond lentement sur la langue. Moment suspendu, loin de la tourmente politique qu'on lit dans les journaux. Retour à Kaboul, fin du voyageLe retour lundi a été tendu. Notre minibus a crevé à 15 km de Kaboul. Le chauffeur a changé la roue lui-même pendant une heure et demie sous un soleil bas. Personne ne râlait vraiment. On a discuté avec un commerçant de fruits secs qui vendait des pistaches et des raisins secs par sachets. 100 afghani pour un mélange de 250 grammes. Les pistaches étaient excellentes, salées à la perfection. On a mangé notre dernier dîner au restaurant Kabob House sur la Rue Jade Nadereh. Agneau tandoori, pain naan cuit au tandoor visible depuis la rue, riz blanc parfumé. Moins de 5 euros par personne. Service sympathique mais lent. Un des serveurs avait travaillé à Dubaï, il parlait de nostalgie d'une stabilité qui semblait loin ici. Sécurité : on n'a pas eu de problème direct, mais les checkpoints privés sont nombreux, les uniformes des gardiens peu standardisés, l'atmosphère imprévisible.Internet : très inconstant, panne de courant quasi quotidienne de 18 h à 21 h.Monnaie : impossible de changer de l'argent en dehors de Kaboul, prévoir des afghani d'avance.
Les bons plans repérés sur place.
Musée national de l'Afghanistan (Rue Jade Nadereh) : visite humaine et lente, collections fragmentées mais témoignages puissants des destructions
Vallée de Panjshir : minibus Safi Travel depuis Kabul Autobusistan, paysages rocheux de montagne, hospitalité villageoise autour du thé vert
Bazar de Kaboul : aloo paratha frais au four près de la mosquée Pul Kheshti, bruits et odeurs intenses, marchandage obligatoire
Hôtel Safi Landmark : petit-déjeuner œufs-pain-confiture traditionnel, accueil chaleureux, internet fragile mais vraiment abordable
Kabob House (Rue Jade Nadereh) : agneau tandoori authentique, tandoor visible en cuisine, prix dérisoires pour la qualité
Photos — Kaboul
Et au final.
Kaboul n'est pas une destination de confort. C'est un endroit où on se sent décalé, où les repères touristiques habituels n'existent pas. On a rencontré de la générosité réelle, mangé des choses délicieuses, mais aussi encaissé fatigue, incertitude, et une limite personnelle : impossible de vraiment se détendre sachant que les conditions de vie pour les Afghans sont bien plus difficiles. À recommander seulement si on accepte l'inconfort et qu'on prend le temps d'écouter plutôt que de juger.








