Comment ça s'est passé.
On débarque à Douala un dimanche matin, à 6 h 30, après une correspondance pénible à Istanbul. L'aéroport international Nsimalen est à 40 km du centre-ville. On prend le taxi blanc officiel (attention : les blagues des taxis sauvages à la sortie, on les évite) pour environ 25 000 CFA (38 euros). Le trajet dure trois quarts d'heure, route cahoteuse, musique de highlife à fond dans la voiture, chaleur déjà écrasante malgré l'heure matinale. Notre hôtel, le Sawa Suites, se trouve rue Verdun dans le quartier Akwa. C'est une petite structure de trois étages, plutôt propre, avec un bar-restaurant au rez-de-chaussée. La chambre coûte 35 000 CFA (53 euros) la nuit. Le proprio, Monsieur Jean-Paul, vient nous parler à midi : il nous conseille d'aller au marché Sandaga pour acheter des tissus et de la nourriture, mais surtout d'éviter le quartier de New Bell après 20 h. Le marché Sandaga, c'est un chaos organisé. On y arrive vers 14 h, après avoir marché un quart d'heure sous 32 °C avec 85 % d'humidité. L'odeur est intense : mélange d'épices broyées, de poisson séché, de fruit pourri. Les vendeurs crient, se bousculent. Une femme nous propose du plantain frit (1 000 CFA, soit 1,50 euro) dans un cornet en papier journal. C'est chaud, salé, délicieux, mais on a eu la diarrhée deux jours après, problablement un manque d'hygiène. Premier point négatif : la nourriture de rue ne pardonne pas. Une galère : le transport vers Buéa Pour monter le Mont Cameroun, il faut aller à Buéa (80 km plus au sud). On prend un taxi collectif depuis la gare routière de Douala, vers 6 h du matin. On attend une heure que le taxi se remplisse (neuf places pour dix passagers, standard camerounais). Le trajet est chaotique : route en très mauvais état, trois arrêts non prévus, un contrôle de police où le conducteur négocie discrètement une « taxe ». Deux heures et demie pour 3 500 CFA (5 euros) par personne. Arrivée à Buéa à 9 h 30, les jambes en compote. À Buéa, petite ville de montagne, température plus supportable (28 °C au lieu de 32). On loge à l'hôtel Mount Cameroon Hotel, construit à l'époque coloniale, avec des balcons qui surplombent la ville. 40 000 CFA (61 euros) la nuit. Depuis la terrasse du restaurant, on voit la brume qui enveloppe les pentes du volcan. Le gérant, Mr. Ayamba, nous demande si on compte faire l'ascension. Oui. L'ascension du Mont Cameroun Le Mont Cameroun culmine à 4 095 mètres. L'ascension standard prend deux jours. On part le matin à 6 h du refuge Hut 1 (Guinness Hut, à 2 500 mètres), avec un guide nommé Samuel et un porteur, Alphonse. Le col d'odeurs piquantes de soufre apparaît après trois heures de marche. Les jambes brûlent, l'air devient raréfié. À 16 h, on atteint Hut 2 (Summit Hut, 3 750 mètres). On dort sur des lits de fortune, avec deux couvertures minces. La nuit, le froid nous pince les doigts, on dort mal. Le lendemain, réveil à 3 h 30. Samuel apporte du café instantané brûlant. À 4 h, on commence l'assaut final. Les trois derniers 300 mètres sont une succession de pentes de scories, on glisse à chaque pas. À 6 h 15, le soleil se lève juste au moment où on atteint le sommet. Samuel nous serre les épaules. On pleure un peu. Pas de larme d'émotion cinématique : plutôt un soulagement physique. Le guide nous dit qu'on est parmi les 2 % de Camerounais qui ont fait cette montée. Retour à Hut 1 en trois heures, puis à Buéa le soir même. Retour à Douala : vie urbaine et derniers jours On redescend à Douala en minibus le jour suivant (3 500 CFA, même prix, même chaos). À la Gare Routière Principale (Gare Douala), les rabatteurs frappent aux vitres. On ignore, on trouve notre taxi blanc officiel. Les trois derniers jours, on traîne entre le quartier Akwa et le port. On mange une soupe d'arachide au Restaurant le Palmier (8 000 CFA, vraiment bon, goût riche et complexe), on boit des Castel (bière locale, 1 500 CFA la bouteille) au Bar du Parc. On prend un pirogue à moteur pour voir le port depuis l'eau : débauche de conteneurs, odeur de diesel. Moment surréaliste, pas touristique du tout. On visite aussi la Cathédrale de Douala (rue Nachtigal, entrée libre). Très belle architecture coloniale, personne ne nous demande de visite guidée, on peut circuler seuls. Budget total (12 jours) : hôtels, transports, nourriture, guide Cameroun, guide ascension (~150 euros pour deux) : environ 1 100 euros pour deux personnes Moment de galère marquant : la diarrhée du jour 3, très inconfortable dans un taxi collectif sans toilettes à proximité Moment positif : le lever de soleil au sommet du Mont Cameroun
Les bons plans repérés sur place.
Ascension du Mont Cameroun avec guide Samuel depuis le refuge Hut 1 (départ 6 h, lever de soleil au sommet à 6 h 15)
Marché Sandaga à Douala : plantain frit à 1 000 CFA, expérience sensorielle intense, y aller le matin avant 14 h
Hôtel Mount Cameroon Hotel à Buéa : terrasse avec vue sur les pentes du volcan, restaurant convenable, 40 000 CFA la nuit
Soupe d'arachide au Restaurant le Palmier (8 000 CFA), quartier Akwa, goût authentique sans poudre blanche suspecte
Pirogue à moteur depuis le port de Douala (environ 10 000 CFA pour deux personnes, 30 minutes), vue sur le port côté eau, rarement fait par les touristes
Photos — Douala / Buéa
Et au final.
Le Cameroun n'est pas facile. Douala est bruyante, polluée, imprévisible. Mais l'ascension du Mont Cameroun, les gens qu'on croise, la nourriture de rue malgré ses risques : ça vaut le coup. Je reviendrais, mais mieux préparé sur l'hygiène alimentaire et avec plus de patience pour les transports.
