Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport Pointe-à-Pitre le 14 février à 14h45, après six heures de vol depuis Paris-Orly avec Air Caraïbes. En sortant de l'aérogare, l'air chaud et humide nous a frappés immédiatement, accompagné de cette odeur de sel marin mélangée à l'essence diesel des taxis qui font la queue. Premier taxi jusqu'à l'hôtel Le Domaine de l'Etuve, un trois-étoiles en bordure de la baie de Pointe-à-Pitre : 25 euros pour dix kilomètres, ce qu'on nous avait dit coûter 15 euros maximum. Leçon apprise : le dimanche, ça coûte plus cher. Nous avons dormi huit heures et nous sommes partis à 6h30 le matin suivant pour grimper à Pitons du Carbet, l'une des trois montagnes principales de l'île. Le sentier part de Petit-Bourg, à 45 minutes en bus de notre hôtel. Le bus n° 5 (ligne Texaco) nous a pris à la station routière de Pointe-à-Pitre, un endroit chaotique mais fonctionnel : 2 euros le ticket. Quatre heures de rando avec un guide local, Serge, qui nous a raconté qu'il fait ce métier depuis vingt-trois ans et gagne à peine 80 euros par jour. Au sommet, à 1 196 mètres, on voyait les deux îles en même temps. Le goût de la sueur salée sur les lèvres, le bruit des crickets invisibles, la fraîcheur soudaine une fois à l'ombre. Nous avons voulu prendre le ferry pour aller à Marie-Galante le jour 4. Catastrophe : le service était suspendu ce jour-là, non indiqué nulle part. Le responsable du terminal de Trois-Rivières — un port à vingt minutes au sud de Pointe-à-Pitre — nous l'a dit de façon trop décontractée. Nous avons perdu 200 euros de réservation d'hôtel là-bas. Nous avons improvisé : Basse-Terre, plutôt que l'île voisine. Cette déception nous a presque gâché la journée, mais nous avons décidé de mal prendre le coup de sourire. Basse-Terre est la véritable capitale administrative, une ville de 11 000 habitants. Nous avons pris une voiture de location chez Avis, à côté du port : 32 euros par jour pour une Peugeot 208. La route côtière longe des falaises à pic. Nous avons mangé au restaurant Salako à Deshaies (un village côtier), un établissement simple avec un menu du jour à 16 euros : du mérou poêlé, une sauce crevette assez grasse, du riz blanc, un verre de rhum blanc de la distillerie locale, Rhum Bologne. Nous avons mangé les pieds dans l'eau presque, les parasols fatigués au-dessus de nos têtes, et le serveur a oublié nos frites, ce qui nous a fait rire. Le parc national de la Guadeloupe occupe le cœur de Basse-Terre : pluviométrie intense, forêts tropicales très denses. Nous avons marché vers la Cascade aux Écrevisses, un parcours facile de trois kilomètres depuis la route. L'eau était froide, presque choc. Nous avons également visité le Mur d'Esnambuc, un fort datant de 1652, construit en pierre de lave, qui domine la baie de Saintes. L'entrée coûte 4 euros, c'est gratuit pour les moins de douze ans. Peu de touristes ce jour-là, juste deux groupes de scolaires en uniforme bleu. Nous avons passé trois jours dans le secteur de la Grande-Terre, l'île plate du nord. Gosier, la station balnéaire principale, s'étend sur douze kilomètres de côte. Notre hôtel Bambou Hôtel y était situé, très correct pour le prix : 72 euros la nuit en chambre double. Nous avons pris les bus n°6 et n°8 pour accéder aux plages. La plage du Bois-Jolan, à Gosier, était bondée le samedi. Mercredi, nous avions juste deux familles et une retraite très silencieuse qui lisait un Goncourt. Nous avons commandé un plateau de fruits de mer au bar Tropicana en front de mer : 28 euros, c'était moyen qualité, les huîtres n'étaient pas très fraîches, mais les sourires du patron compensaient. Moment marquant : une petite fille locale nous a appris à faire les tresses cornrow pendant que nous mangions, gratuitement, juste parce que nous lui avons demandé. Le marché de Pointe-à-Pitre, ouvert mardi au samedi de 6h à 13h, est un vrai labyrinthe : fruits tropicaux empilés, femmes qui crient les prix, crevettes encore frétillantes, ananas à 1,80 euro pièce. L'odeur mélangée d'épices, de poisson cru et de mangues trop mûres était presque oppressante en fin de matinée. Nous avons acheté un panier de fruits : mangues, papaye verte, bananes plantain, pour 9 euros. Nous les avons mangés en terrasse de la Café Citron, rue Schœlcher, juste avant de partir.
Les bons plans repérés sur place.
Pitons du Carbet : randonnée de 4h avec guide Serge (téléphone du bureau du parc : +590 590 80 86 08), départ de Petit-Bourg, vue à 1 196 m sur l'île entière
Marché de Pointe-à-Pitre : samedi matin tôt (6h-9h), fruits tropicaux frais et fruits de mer vivants, ananas à 1,80 euro
Deshaies (village nord) : restaurant Salako, mérou poêlé 16 euros, accès à la plage libre, point d'arrêt sur la route côtière obligatoire
Plage du Bois-Jolan à Gosier : préférer mercredi ou jeudi (moins de foule), eau à 26-27°C, bus n°6 direct depuis Pointe-à-Pitre
Cascade aux Écrevisses : 3 km de rando facile depuis la route N1, eau froide (baignade possible), gratuit, peu de touristes
Photos — Pointe-à-Pitre & Basse-Terre
Et au final.
Dix jours, c'était un peu court pour vraiment respirer et dépassionner du tourisme. Les routes sont stressantes, les prix gonflés pour les visiteurs, l'infrastructure de transport à côté de la réalité (le ferry qui ne vient pas). Mais nous avons croisé des gens foncièrement bienveillants, mangé du poisson frais qui venait de l'eau trois heures avant, et compris pourquoi les Guadeloupéens aiment leur île : elle change d'un jour à l'autre selon l'humeur de la pluie.







