Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport international de Bermudes un jeudi matin à 8h30 après un vol Air Canada de quatre heures depuis Montréal. L'humidité m'a frappé tout de suite — pas la chaleur qu'on attend, mais cette espèce de mur moite qui s'accroche à la peau. Température affichée : 26°C, mais ça sentait les 30. On a loué une motocyclette chez Oleander Cycles à côté de la gare routière de Hamilton — la grosse, celle qui accueille les bus rose bonbon numéro 1, 3 et 7. Le gars du magasin nous a averti qu'il y avait eu un accident sur Middle Road; on n'a pas écouté. Résultat : on s'est planté pendant vingt minutes sur route côtière, suivis d'un taxi qui zigzaguait. C'était con. Le prix de la moto : 65 dollars bermudiens par jour, essence incluse (on a quand même rempli deux fois). South Shore : là où commencent les vraies couleursOn a enfourché vers Horseshoe Bay Beach le vendredi. Le sable rose — vrai rose, pas presque rose — m'a quand même secouée. Il paraît que c'est la décomposition de minéraux. La plage était blindée de touristes asiatiques avec des selfie sticks. On a marché vers l'est jusqu'à une petite crique déserte (dix minutes à pied). Là, j'ai eu mon moment : l'eau était à 24°C, transparente jusqu'à cinq mètres de profondeur, et j'ai vu un poisson-ange jaune à côté de mon orteil. Ma copine Sandrine criait comme une gamine. On a mangé au Café Olé sur Front Street à Hamilton le samedi midi. Un sandwich au thon (« rockfish sandwich », 18 dollars bermudiens) avec un ginger beer maison. Le ginger beer avait ce goût piquant, presque brûlant en arrière-gorge. Pas mauvais, mais énervant à la longue. Les prix sont fous ici : une salade de crevettes, 32 dollars. Un hamburger banal, 24. On a vite compris qu'on ne pouvait pas manger dehors tous les jours. Le tracas du logement et la réalité des mursOn s'était réservé un Airbnb chez quelqu'un qui s'appelait James, dans le Parish of Devonshire, à côté du Royal Naval Dockyard. L'appart était correct sur photos, mais à l'arrivée : l'humidité a pourri les murs. Des taches noires partout, une odeur de moisi qui ne disparaissait pas même la fenêtre ouverte. On a demandé à James de descendre le loyer; il a ignoré deux messages avant de répondre que « c'était normal aux Bermudes ». On n'a pas insisté, mais on s'est senti baisés. 145 dollars par nuit pour ça. Le vrai problème des Bermudes : l'île a été exposée à l'humidité depuis quatre cents ans, et ça se voit. Les vieilles maisons peintes en blanc ou rose pâle (le style bermudien) craquèlent, suintent. C'est pas juste cosmétique. St. George's et le ferry qui sentait le dieselMercredi, on a pris le ferry depuis Hamilton Dock — et là, panique : on s'est trompé de quai. On pensait que le ferry partait de 9h30 à 9h45. Il y avait un petit bus rose qui disait « Hamilton-St. George's, Ferry 100 ». On est montées dedans sans vérifier. Le bus a tourné pendant quarante minutes. C'était juste le transport jusqu'au vrai ferry. On a l'air malin. Le bateau : Rose et vert fluo, sens unique environ quarante minutes. L'odeur du diesel mélangée au sel marin. Pas dégueu, mais bien présente. Coût : 5 dollars par personne. St. George's valait le coup : c'est la plus vieille colonie anglaise du Nouveau Monde (fondée 1609 paraît-il). Les ruelles sont étroites, les maisons en pierre de couleur pastel. On a mangé un fish cake chez un vendeur de rue : pâte frite fourrée au poisson, un citron, 5 dollars. C'était gras, salé, excellent. Beach Club et le dimanche tranquilleDimanche, on a loué des chaises longues à Warwick Long Bay Beach (15 dollars chacune, parasol compris). On a commandé des bières locales — Dark and Stormy, rhum noir épicé avec du ginger beer — à 12 dollars pièce au petit bar de plage. On a rien foutu de la journée. Des poissons passaient près du rivage, les vagues balançaient du sable blanc léger, pas le rose. C'était mon moment préféré, pas un truc de postcard, juste... du temps qui passe sans culpabiliser. On a vu le lever de soleil un autre matin à 6h30 sur Jobson's Cove — c'était calme, pas de monde, et le ciel a viré du bleu gris au rose puis à l'orange en quinze minutes. Pas « magique », mais tranquille, qui nous a permis de nous réveiller doucement. Essentials Shop et le budget réalitéOn a acheté du pain, du fromage, des fruits à l'Essentials Shop sur Paget Parish. Un pain blanc banal : 4 dollars. Trois oranges : 6 dollars. On faisait nos pique-niques après ça. L'île n'a aucune production agricole, tout vient de bateau, d'où ces prix dingues.
Les bons plans repérés sur place.
Horseshoe Bay Beach, le sable rose, arriver tôt avant 8h pour avoir le soleil de face
Fish cakes de rue à St. George's, vrai goût du poisson, pas cher (5 dollars)
Ferry Hamilton-St. George's, fenêtre côté ouest pour voir l'île depuis l'eau
Royal Naval Dockyard, musée gratuit, halte obligatoire avant la plage
Jobson's Cove pour un lever de soleil sans monde, parking minuscule, venir avant 6h45
Photos — Hamilton, Parish of Devonshire
Et au final.
Dix jours bien remplis, des plages vraiment splendides et une ambiance détente qu'on ne trouve pas partout. Mais l'île coûte un bras, les logements ont tous ce problème d'humidité, et les routes sont petites et chiantes. On y retournerait? Peut-être, mais avec un budget de 150 euros par jour minimum, et en acceptant que ce soit pas un paradis perdu, juste un endroit où l'eau est belle.
