Comment ça s'est passé.
J'ai atterri à Dhaka un mardi 6 h du matin avec Biman Bangladesh Airlines, et dès la sortie de l'aéroport Hazrat Shahjalal, j'ai compris que ce voyage serait brutalement réel. Le chauffeur du taxi blanc en piteux état m'a demandé 800 taka (environ 8 euros) pour les 20 km jusqu'à l'hôtel Lakeshore en Gulshan — j'ai payé 600 après négociation. La route était un chaos : trois-roues jaunes partout, motos sans casque, un camion de fruits en travers de deux voies. La chaleur humide de 31 degrés m'a frappée avant même d'ouvrir la portière. Les premiers jours à Dhaka, j'ai logé à l'hôtel Lakeshore, chambre 305, fenêtre sur le lac de Gulshan. Petits déjeuners corrects à 450 taka : oeufs, toast, mangue fraîche. J'ai visité le mausolée de Shaheed Minar tôt le matin vers 5 h 30, seule avec trois écoliers en uniforme bleu et blanc qui y faisaient leur jogging. L'endroit m'a moins impressionnée qu'attendu — c'est compact, symboliquement important, mais bondé en milieu de journée. Le vrai choc a été le Old Dhaka, où j'ai pris le bus numéro 8 depuis Motijheel. Odeur de curry, de fumée de bois, et quelque chose d'autre — peut-être les égouts à ciel ouvert près du Sadarghat. Pas désagréable, juste... vivant, décapant. Le marché de Shakhari Bazar m'a bluffée mais aussi surmenée. J'y suis allée un mercredi 8 h pour éviter la foule de midi, mais j'ai quand même failli perdre mon téléphone. Les vendeurs de sari crient en bengali, il fait 38 degrés avec l'humidité, et j'ai transpirée pendant deux heures. J'ai acheté un sari blanc et or pour 1 200 taka chez un vieux monsieur qui s'appelait Arif. Il m'a offert un chai sucré après la vente — goût intense de gingembre et de cardamome, presque brûlant. Moment où j'ai senti que j'existais vraiment pour quelqu'un dans cette ville. Le jeudi, j'ai pris un bus Shyamoli depuis la gare Sadarghat pour aller aux Sundarbans, quatre heures de trajet jusqu'à Khulna. Siège 24, fenêtre, route chaotique traversant des villages entiers. À Khulna, j'ai dormi une nuit au Mermaid Hotel avant de partir pour le lodge Sundarban Retreat, en plein cœur de la réserve. L'arrivée en bateau motorisé à l'aube — 5 h 45 — a été le moment choc du voyage. Silence total, sauf le moteur. Brouillard épais. Puis les premières racines des palétuviers ont émergé. Pas de tigres vus (c'est rare, j'avais peur d'être déçue), mais des cerfs d'eau, des crocodiles dormant sur les berges, et une chaleur différente — moite, verte, oppressante. Trois jours au lodge Sundarban Retreat : 3 500 taka par nuit tout compris. Chambre basique mais propre, nourriture simple — dal, riz, poisson à la vapeur, le soir tous les soirs. Un guide nommé Karim, 45 ans, ancien pêcheur, m'a expliqué comment les habitants vivent en bordure de forêt, comment le tigre peut vous tuer en trois secondes. Une galère : le générateur est tombé en panne le deuxième soir vers 20 h, obscurité totale pendant trois heures. J'ai flippé un peu, seule dans ma chambre dans une réserve de tigres. Karim a apporté une lampe de poche et s'est assis dehors à la porte. Pas rassurant mais honnête. Dernier jour à Dhaka avant le retour. J'ai mangé des momos à la cuisine indienne du Dhanmondi (30 pièces pour 250 taka, incroyable) et traîné au Bangla Motor Market — marché de pièces auto géantes, rien à acheter mais ambiance folle. Puis café au Loaded Coffee & Bakery près de Banani Lake — cappuccino 180 taka, bonne qualité. J'ai demandé au barista (Tanzim) pourquoi tant de gens sont heureux malgré la pollution, la chaleur, l'encombrement. Il a souri sans répondre, juste dit « You're not from here, so you see problems. We see life. » Dhaka est sale, bruyante, imprévisible. Les Sundarbans m'ont donné une leçon d'humilité face à la nature. C'est loin d'être un voyage reposant. Mais c'est réel.
Les bons plans repérés sur place.
Sadarghat au lever du jour (5 h 30, débarcadère des Sundarbans) — bateau motorisé, première lumière sur le Brahmapoutre
Marché Shakhari Bazar, Old Dhaka — vendredi avant 7 h pour éviter la vraie cohue
Lodge Sundarban Retreat avec le guide Karim — trois jours minimum, pas une excursion d'un jour
Chai épicé chez Arif le vendeur de sari à Shakhari Bazar — goût et hospitalité
Dhanmondi Lake au coucher du jour (18 h-19 h) — promenade locale, pas touristique
Photos — Dhaka
Et au final.
Le Bangladesh m'a giflée plutôt que caressée. Pas de moment féerique, pas de coucher de soleil parfait photographié. À la place : une vraie fatigue, des moments de solitude, et la certitude d'avoir vu quelque chose que beaucoup de gens contournent. Je n'ai pas aimé la pauvreté extrême que j'ai croisée partout, ça m'a misen mal à l'aise. Mais je reviendrais.








