Comment ça s'est passé.
On a débarqué à Cotonou un mardi matin, 6h30, après une nuit cauchemardesque sur Brussels Airlines. L'aéroport de Cadjehoun ressemble à une gare routière climatisée : pas de portes automatiques, des flaques d'eau partout, et une file d'attente visa où j'ai attendu 45 minutes avec mon passeport poisseaux dans une salle qui sentait le renfermé et l'eau de Javel. Le visa à l'arrivée coûte 30 000 F CFA (45 euros), aucune réduction étudiant. Cotonou nous a frappés immédiatement par le bruit. Les klaxons, partout. Les zémidjan (motos-taxis) foncent entre les voitures à l'arrêt sur la Rue de Mogadiscio, nos conducteurs – j'en ai changé trois fois en cinq jours – criaient des trucs incompréhensibles dans le téléphone en tenant à peine le guidon. On a loué un studio au Résidence Océan, Rue des Cocotiers, 35 000 F CFA par nuit (53 euros) : petit balcon sur l'ocean, wifi aléatoire, très aléatoire. L'odeur d'iode et de poisson frit montait du marché en bas, mélangée à celle des pots d'échappement des Minibus jaunes surchargés passant toutes les trente secondes. On a traîné trois jours à Cotonou, ce qui s'est avéré deux de trop. Le Marché Dantokpa, présenté partout comme le cœur économique, était surtout un endroit où on s'est perdu deux heures en cherchant du tissu wax pour mon ami Adrien, tandis qu'une dame vendait des cacahuètes grillées pour 500 F CFA (0,76 euros) et criait qu'on était trop blancs pour être perdus là-dedans. C'était vrai, en fait. On a mangé un aloco-fromage (banane plantain frite + fromage fondu) chez Chez Mama Josée, un petit resto sans enseigne près du musée : 2 500 F CFA (3,80 euros), dégoulinant, délicieux, mais mon estomac n'a pas approuvé les deux jours suivants. Le vrai voyage commence quand on a pris la route pour Abomey. On s'est levés à 4h45 pour rejoindre la gare routière de Cotonou – pas une vraie gare, juste un parking poussiéreux Rue de Cocody où une dizaine de minibus Hyundai jaunes attendaient de partir. On a négocié avec le chauffeur, payé 6 000 F CFA (9 euros) par personne pour les deux heures et demie vers Abomey. Le trajet : route cabossée, arrêts impromptus pour prendre des femmes avec des seaux de tomates, un enfant qui a vomi sur ma chaussette, une panne de 20 minutes au milieu de nulle part où personne ne savait si on repartirait. On est arrivés à 7h20 au lieu de 7h15. À Abomey, on a dû monter dans un zémidjan de confiance recommandé par le chauffeur du minibus. Le gars roulait à 50 km/h dans les petites rues en terre battue, prudent, ça m'a rassuré. Le Palais Royal d'Abomey. Ça, c'était différent. Entrée 3 500 F CFA (5,30 euros), guide inclus – un jeune gars de 22 ans qui parlait français correctement et connaissait les histoires de la famille royale Fon du XIXe siècle. Les murs épais, les terrasses intérieures, les bas-reliefs en terre représentant les victoires des rois. J'ai touché des murs qui avaient touché les mains d'Agaja il y a trois cents ans. Pas dramatique, mais un truc s'est passé à ce moment-là. Le guide nous a dit que les femmes guerrières – les amazones du Dahomey – dormaient dans les chambres du second étage, qu'elles étaient plus mortelles au combat que les hommes. Je me suis assis sur une marche en pierre, trop chaud (36 degrés, hygrométrie 90%), et j'ai eu un moment où j'ai vraiment senti le poids du temps qui passe. On a dormi à l'Auberge Beninoise, 18 000 F CFA (27 euros), trois nuits. Un hôtel avec des fans mais pas vraiment de clim qui fonctionne. Le proprio, Bertrand, nous a cuisiné un ragout d'arachide avec du poulet fermier – pas payé en plus, juste inclu bizarrement. Un moment bizarre mais apprécié. Les nuits à Abomey, c'est le silence quasi complet, cassé seulement par les coqs et les appels à la prière de deux mosquées différentes à 5h du matin. Dimanche dernier, on a décidé d'aller au musée des Souvenirs du Palais (1 500 F CFA, 2,30 euros) : petit, pas bien entretenu, vitrines poussiéreuses, mais avec des armes de guerre Fon intéressantes. Une arme coûte 40 000 F CFA minimum si on veut un truc qui date vraiment. Arnaque probable. On a quitté Abomey mardi matin. Le trajet retour a été plus rapide, le minibus plus vide. On a passé une dernière nuit à Cotonou, mangé un yassa de poisson chez La Goélette (restaurant vrai, près du port) pour 8 500 F CFA (13 euros), et on a décollé mercredi.
Les bons plans repérés sur place.
Palais Royal d'Abomey, guide obligatoire à 3 500 F CFA – éviter le matin avant 8h (trop de groupes organisés)
Marché Dantokpa de Cotonou, se faire accompagner par quelqu'un du coin pour ne pas tourner en rond
Trajet en minibus jaune Hyundai Cotonou-Abomey (6 000 F CFA, départ 5h) – à faire au moins une fois pour comprendre la mobilité locale
Aloco-fromage chez Chez Mama Josée près du Musée de Cotonou (2 500 F CFA)
Coucher de soleil depuis la plage de Cotonou vers 18h30, avant que les vendeurs de beignets arrivent en masse
Photos — Cotonou / Abomey
Et au final.
Le Bénin, c'est un pays qui demande de la patience. Les transports sont usants, l'infrastructure touristique minimaliste, et la chaleur fatigue plus qu'on le prévoit. Mais Abomey mérite vraiment le détour si vous aimez l'histoire africaine précoloniale et la sensation brute de déplacement dans le temps. Cotonou lui-même, je la laisse aux gens qui aiment les villes portuaires surpeuplées et chaotiques.
