Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Nouakchott le 14 février sur un vol Air Mauritania qui avait 3 heures de retard. L'aéroport international Oumtounsy était chaotique : climatisation cassée, files d'attente sans panneaux. On a dû attendre notre guide Ahmed à la sortie, 45 minutes sous une chaleur de 34°C. Dès le premier soir, au restaurant Lagon Bleu près de la plage de Nouakchott, nous avons goûté la tieboudienne, ce riz au poisson local : saveur salée, légèrement sucrée, avec une odeur d'huile d'arachide qu'on retrouve partout en Mauritanie. Comptez 2 500 ouguiya (7 euros) pour une assiette généreuse. Le lendemain matin, départ à 5h30 en 4x4 Toyota vers Chinguetti. La route nationale 1 est en bon état jusqu'à Atar, mais ensuite c'est du sable compacté. Ahmed nous a arrêtés à mi-chemin près de Ouadane pour voir les carrières de pierre bleue : des gisements qui alimentaient la région depuis le Moyen Âge. Les blocs brillaient sous le soleil de midi, et l'air sentait la poussière de calcaire. Chinguetti : ville des manuscrits et du temps suspenduNous avons grandi à Chinguetti vers 14h, épuisés par les 400 km de route cahoteuse. La ville s'étage sur une colline rocheuse, bâtiments en pierre ocre accrochés les uns aux autres. L'Hôtel Tichitt, notre base pour 5 nuits, coûtait 95 euros la chambre double. Vue sur les dunes depuis la terrasse, eau chaude deux fois par semaine. Le propriétaire, un ancien instituteur nommé Mohamed, nous a montré sa collection de poteries touareg. Le point fort : la Bibliothèque des manuscrits de Chinguetti. Ces 4 000 à 6 000 textes arabes du XIVe-XVIIIe siècle sont conservés par des familles depuis des générations. Nous avons dû demander l'accès auprès de l'imam local, attendre 2 jours, puis payer 30 euros de « donation ». En entrant dans une maison-bibliothèque (celle de la famille Ould Aïdara), l'odeur m'a frappé : cuir ancien, papier jauni, musc léger. Une femme voilée nous a montré des pages enluminées d'une géographie du XIVe siècle. Les verres de thé à la menthe offerts après étaient bouillants, servis à la trois reprises selon le rituel : amer, sucré, léger. Les galères du voyageUne mauvaise expérience : le deuxième jour, notre guide Ahmed nous a « proposé » d'acheter des tapis dans une boutique dont son cousin était propriétaire. Les prix affichés étaient gonflés de 300 %. Quand nous avons refusé, l'ambiance s'est tendue. Ahmed a arrêté de nous adresser la parole pendant 6 heures. Nous avons dû intervenir, expliquer que nous ne cherchions pas de biens matériels. Il s'est excusé le soir, blâmant « les traditions commerciales locales ». La panne mécanique du 4x4 près de Terjit nous a coûté 4 heures d'attente immobiles. Température 41°C, pas d'ombre. Ahmed a contacté un mécanicien par téléphone satellite. Un autre Toyota nous a pris en charge, trop chargé. Les Mauritaniens en bord de route vendaient du café très fort à 800 ouguiya (2 euros), sucré à mort. En repensant à ce moment, c'était terrible sur le moment, mais ça illustre la réalité du voyage au Sahara : l'imprévu fait partie du package. Excursions et rencontresNous avons visité un campement touareg à 20 km, organisme par la coopérative CMAT. Les familles vivaient sous des tentes de tissus multicouleurs. Une femme nommée Fatimata nous a montré comment elle teindait le tissu avec des racines. La température intérieure était 6-7°C plus fraîche qu'à l'extérieur. On a mangé une tajine lentement cuite sur du feu de bois : camel, pommes de terre, oignons. Goût riche, presque sucré du fait des raisins secs. Comptez 20 euros par personne pour le repas et la visite, direct aux familles. L'ascension du Guelb er Richat (le cratère d'impact visible depuis l'espace) s'est faite un jeudi matin. Départ à 6h du village de Araouane, randonnée 3 heures aller-retour. Vue panoramique circulaire sur les strates multicolores : rouge, gris, bleu minéral. En haut, silence presque religieux. Ahmed nous a raconté que des touristes chinois, la semaine précédente, avaient failli tomber en photographiant un pic. Pas d'accident, mais ça nous a rappelé la nécessité de respecter le vide. Le marché de Chinguetti, petite place centrale le samedi matin, vendait des légumes bruts, des épices en vrac, du lait frais dans des bidons. L'odeur mêlait coriandre, cumin, urine d'animal. Nous avons acheté des dattes Mejool à 15 euros le kg (qualité export). Un marchand nous a parlé français, ancien chauffeur de taxi à Dakar. Il nous a conseillé de ne pas nous aventurer seuls la nuit (zones non sûres au-delà du village). Retour à NouakchottLe vol retour a eu 2h30 de retard (orage sur Dakar). Air Mauritania propose un sandwich sec et une eau. L'aéroport de Nouakchott sent l'essence et la sueur. Avant de partir, nous avons dîné au restaurant L'Oasis (rue 21, Tevragh Zeïna) : méchoui (agneau rôti) pour 8 euros, pain de mie blanc, salade tomate-oignon. Service lent mais souriant.
Les bons plans repérés sur place.
Bibliothèque des manuscrits de Chinguetti – voir les pages enluminées du XVe siècle (accès sur demande auprès de l'imam local)
Hôtel Tichitt – terrasse avec vue dunes, eau chaude 2 fois par semaine, propriétaire passionné d'histoire locale
Guelb er Richat – cratère multicolore à 3h de route, randonnée 3h aller-retour, vide impressionnant sans barrière
Campement touareg CMAT – tajine servi sur feu de bois, 20 euros avec rencontre directe avec les familles
Marché central de Chinguetti samedi matin – dattes Mejool, épices en vrac, conseil du taxi-driver francophone
Photos — Chinguetti
Et au final.
Chinguetti nous a marqués par son isolement productif, ses habitants bienveillants et cette sensation d'être hors du temps. Nous repartions cependant fatigués par les routes cassantes, les pannes imprévisibles et la chaleur répétitive. C'était une aventure authentique, pas une tournée touristique lisse. Nous recommandons, mais pas pour ceux qui cherchent le confort.

