Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international de Brunei un mardi matin à 6 h 45, épuisés après 14 heures de vol depuis Paris. Le premier choc : la chaleur humide nous a frappés en sortant de l'avion, une moiteur qui s'accrochait à la peau et rendait chaque mouvement lent. Pas de queue aux douanes, c'est agréable. Le taxi depuis l'aéroport jusqu'à notre hôtel, l'Empire Hotel & Country Club (chambre 320 BND par nuit, environ 185 euros), a pris 25 minutes sur la route côtière. Bandar Seri Begawan est étonnamment calme pour une capitale. Les rues sont larges, les voitures peu nombreuses, et l'absence de klaxons nous a presque dérangés au début. Nous nous attendions à un chaos urbain typique du sud-est asiatique, mais nous avons trouvé de l'ordre, presque de l'austérité. Le premier jour, nous avons visité la Mosquée Jame Asr Hassanil Bolkiah en fin d'après-midi. La structure est impressionnante : deux dômes dorés massifs qui scintillent sous le soleil déclinant, des murs blanc crème immaculés. Nous avons dû retirer nos chaussures et revêtir des robes de prière fournies à l'entrée. L'intérieur sentait l'encens mélangé à un désinfectant à base de citron. Le silence y était palpable, à peine rompu par le murmure des fidèles en prière. Le mercredi, nous avons loué une petite voiture chez Hertz (située au centre-ville, près de la Jln Pemancha) pour explorer l'extérieur. Mauvaise décision : le conducteur n'était pas habitué à la conduite à gauche, et nous nous sommes trompés de direction trois fois avant d'arriver à Kampong Ayer, le village flottant. Nous avons embarqué sur une petite barque pilotée par un vieil homme nommé Hassan pour 15 BND (9 euros) la demi-heure. Les maisons sur pilotis s'alignaient le long de l'eau brune, leurs couleurs pastel se reflétant faiblement. Les enfants nous regardaient passer avec curiosité. Hassan nous a montré une petite mosquée, une école, une boutique flottante où l'on vendait des sodas et des snacks. L'odeur de l'eau stagnante mélangée aux filets de pêche entreposés était intense, presque suffocante par moments. Le jeudi, nous avons pris le bus urbain n°1 (1 BND aller simple, 60 centimes) jusqu'au marché Tamu Kianggeh, un marché traditionnel couvert qui fonctionne chaque jour. Les allées étaient étroites, encombrées de vendeurs qui criaient leurs prix. Nous avons goûté des brioches farcies à la viande de chèvre (laksa kuah putih) à 3 BND pièce, épicées juste comme il faut. Un vendeur nous a proposé du durian frais, et nous avons dû décliner poliment : l'odeur seule suffit à nous paralyser. Nous avons acheté des textiles imprimés en batik pour ramener en Europe. Le moment le plus singulier a été notre visite au Palais du Sultan, le Istana Nurul Iman, le jeudi en fin d'après-midi. Impossible d'entrer : c'est la résidence officielle du Sultan, fermée au public. Nous avons eu beau demander à plusieurs habitants, personne ne nous a donné d'horaires d'ouverture. Nous avons pu seulement contempler les murs extérieurs depuis la route. Déception certaine, même si la structure elle-même, avec ses toits étirés en pointe et ses murs beige clair, impressionne depuis la distance. Le vendredi, nous avons loué un guide local, Azhar, pour explorer la jungle primaire près de Bangar (1 heure 30 de route depuis Bandar). La forêt tropicale était suffocante : l'humidité avait atteint 95 pour cent, nos vêtements collaient à la peau. Nous avons croisé des singes proboscis (nasiques) dans les arbres, leur nez caractéristique pointant vers le ciel. Les sons étaient assourdissants : cris des oiseaux, bourdonnement des insectes, craquements du bois mort sous nos pieds. Azhar a payé l'entrée au parc (15 BND par personne) et nous a guidés sur un sentier bien balisé. Pas de rencontre dramatique, juste une immersion totale dans une nature qui nous ignorait complètement. Pour les repas, nous avons alterné entre les petits restaurants locaux et les hôtels occidentalisés. Le restaurant Nasi Katok près du marché nous servait un excellent nasi katok (riz, sauce, œuf) pour 2,50 BND. Le Tamu Café, une petite chaîne locale avec deux succursales (Jln Pemancha et Jln Sultan), proposait des cappuccinos honnêtes pour 5 BND. Nous avons dîné une fois à la Orchid Garden, restaurant dans l'hôtel Empire, où le poulet grillé à la sauce d'arachide coûtait 28 BND avec les légumes. Samedi et dimanche ont été des jours plus tranquilles. Nous avons visité le musée du Sultan (entrée 3 BND), un petit musée bien conçu mais pas très fourni en anglais. Quelques pièces du patrimoine royal, des armes anciennes, des vêtements traditionnels exposés derrière du verre. Nous nous sommes aussi promenés sur le front de mer au crépuscule, les mains accrochées ensemble, regardant les bateaux rentrer au port. Le coucher de soleil était orangé, banal mais apaisant. Le huitième jour, nous avons repris l'avion. Notre bilan : Brunei n'est pas une destination électrisante, mais elle offre une forme de quiétude rare en Asie du Sud-Est. Les gens sont discrets, polis, presque réservés. Les infrastructures sont excellentes. Mais l'absence de chaos, pour certains voyageurs, peut sembler de l'ennui.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée Jame Asr Hassanil Bolkiah : les deux dômes dorés sont visibles de presque partout en ville, et l'intérieur silencieux et odoriférant vaut vraiment le détour
Kampong Ayer en barque avec Hassan : 15 BND pour naviguer entre les maisons flottantes et sentir la vie quotidienne du village d'eau
Marché Tamu Kianggeh : testez les laksa kuah putih à 3 BND et les textiles en batik très bon marché
Jungle primaire près de Bangar : 1 h 30 de route, 15 BND d'entrée, rencontre probable avec des singes proboscis et humidité extrême
Promenade sur le front de mer au coucher de soleil : gratuit, calme, idéal pour décompresser après une journée dense
Photos — Bandar Seri Begawan
Et au final.
Brunei nous a offert une pause bienvenue loin des foules et du bruit, mais l'expérience manquait de saveur. Peu de sites spectaculaires, une vie nocturne quasiment inexistante (les bars ferment tôt), et une sensation de vide culturel provoquée par le manque d'arts de rue, de musique live, de vie bohème. À recommander surtout pour les voyageurs en quête de sérénité, pas pour ceux qui aiment les surprises.








