Comment ça s'est passé.
Arrivé à l'aéroport international de Bagdad vers 14h30 après une escale à Istanbul avec Turkish Airlines, j'ai senti immédiatement la chaleur moite d'avril frapper mon visage en descendant de l'avion. Les policiers des frontières m'ont posé des questions répétitives pendant 45 minutes – pas hostile, juste routine. Je logeais au Al-Mansour Hotel, à proximité de Firdos Square, chambre 412 avec vue sur la rue Saadoun. Le personnel parlait un anglais approximatif mais souriant. Le premier matin, je me suis levé à 5h45 pour descendre prendre un café à la cafétéria de l'hôtel. L'odeur du café irakien très concentré, servi dans des petites tasses épaisses, m'a fait tousser un peu – beaucoup plus fort que ce que je connaissais. Une tasse coûtait environ 2 500 dinars irakiens (moins de 2 euros). J'ai croisé un homme d'affaires de Bassorah qui m'a recommandé le marché d'Al-Mutanabi pour les livres anciens et les spécialités culinaires. J'y suis allé le jour suivant, vendredi, vers 10h. Al-Mutanabi Street était déjà encombrée de vendeurs de fruits secs, de manuscrits jaunis et de touristes locaux. J'ai acheté du ma'amoul (gâteaux à la pâte de datte) auprès d'une femme âgée dont j'ai oublié le nom – 5 000 dinars la portion, succulents et sablonneux. Un moment marquant : en revenant, un enfant d'environ 8 ans m'a abordé en français (!) pour me vendre des cartes postales du mausolée de l'Imam Ali. Son français était mauvais mais sincère. Je lui en ai acheté trois pour 3 000 dinars chacune, plus par sympathie que par besoin. La mosquée Al-Kadhimain (Kadhimain Mosque) m'a frappé le jour 4. Accès autorisé aux non-musulmans le matin avant 11h. L'odeur d'encens et d'eau de rose stagnait dans les galeries couvertes. Les carreaux bleus turquoise du dôme ont été restaurés partiellement – je pouvais voir les sections neuves, plus éclatantes, côtoyer les anciennes. L'imam du jour m'a parlé 15 minutes après la prière, me posant des questions sur la France et la politique française. Pas agressif, curiosité sincère. Pour les transports, j'ai loué une voiture avec chauffeur via mon hôtel : 80 euros la journée pour 8 heures. C'est devenu mon principal moyen de déplacement. Les taxis jaunes à Bagdad sont nombreux mais les trajets impliquent toujours des négociations et, une fois, le chauffeur a prétendu que son compteur était cassé. Galère classique. J'ai dû refuser le prix proposé (trois fois le tarif normal selon mon guide) et je suis descendu pour en prendre un autre. J'ai mangé plusieurs fois au restaurant Al-Rasheed, rue Al-Nile, spécialisé dans les grillades irakiennes. Leurs kebab au mouton avec pain lavash frais sortant du four (34 000 dinars, soit environ 25 euros pour deux portions) était excellent. La saveur du cumin et du sumac sur la viande était caractéristique. Une autre adresse : le café Shadows, beaucoup plus modeste, où on servait du thé irakien avec de la cardamome. L'atmosphère y était dense de fumée de chicha – presque intenable après une heure, mais l'expérience était authentiquement locale. Le musée national irakien a rouvert partiellement après sa fermeture suite aux pillages du début des années 2000. Le bâtiment en béton gris fait tristement années 1980. J'ai vu des tablettes cunéiformes sumériennes du IIIe millénaire avant J.-C. dans des vitrines poussiéreuses. L'électricité coupait régulièrement (deux pannes en trois heures de visite). Un gardien m'a expliqué que les générateurs n'arrivaient pas à compenser le manque de courant quotidien. Jour 7, excursion à Ctésiphon (anciennes ruines de l'empire parthe), à 30 km au sud-est de Bagdad. L'arche de Ctésiphon, vestige de 2 100 ans, se dressait en brique rouge craquelée. La température frôlait les 40°C à 14h. Mon chauffeur m'a conseillé de rester une heure maximum. Je me suis assis sur les ruines avec une bouteille d'eau tiède et j'ai observé les cicatrices de balles et d'éclats d'obus sur les briques – manifestement des combats récents, probablement entre 2014 et 2017. Les derniers jours, j'ai flâné dans le quartier d'Al-Adhamiyah, moins touristique. J'y ai découvert une petite famille qui gerait une échoppe de tissus. Ils m'ont invité à prendre un thé. Nous avons discuté trois heures, ils parlaient l'arabe dialectal et j'utilisais l'application Google Traduction sur mon téléphone. C'était inefficace mais touchant. Ils m'ont donné une petite nappe comme cadeau à la fin – je n'ai pas osé refuser.
Les bons plans repérés sur place.
Marché d'Al-Mutanabi Street : où manger des ma'amoul fraîches et dénicher des manuscrits du XIXe siècle à des prix dérisoires
Mosquée Al-Kadhimain : visitée en matinée avant 11h, dôme aux carreaux turquoise restaurés partiellement, discussions authentiques avec les locaux
Restaurant Al-Rasheed (rue Al-Nile) : kebab au mouton avec pain lavash à 34 000 dinars, viande épicée au sumac
Arche de Ctésiphon (à 30 km sud-est) : vestiges du IIIe siècle avec impacts de balles visibles, à visiter avant 15h pour éviter la chaleur extrême
Café Shadows : atmosphère locale dense de chicha, thé à la cardamome, ambiance sans artifices
Et au final.
Bagdad m'a confronté à la réalité d'un pays en reconstruction, loin des représentations médiatiques binaires. L'hospitalité des gens m'a sincèrement ému, mais l'instabilité sécuritaire palpable (check-points, présence militaire, tensions palpables) limite les déplacements et crée une tension sourde. Je ne recommande ce voyage que pour les voyageurs expérimentés et informés.







