Comment ça s'est passé.
Nous avons débarqué à l'aéroport international de Bagdad un mardi 6 h du matin, après un vol Turkish Airlines de 5 h depuis Istanbul. Le chaos a commencé au contrôle des passeports : deux heures à attendre, les climatiseurs qui fonctionnaient à peine, cette odeur caractéristique de poussière chaude mélangée au diesel. Mon collègue a failli rater son billet de bus intérieur à cause d'une confusion avec les dates calendaires locales. Notre hôtel, le Mansour Hotel en plein centre-ville sur la rive ouest du Tigre, nous a coûté 85 euros la nuit avec petit-déj. Chambre correcte, wifi aléatoire. Le premier choc : s'endormir avec le bruit des générateurs électriques (les coupures de courant sont récurrentes même en 2024). Le matin, nous avons pris un taxi collectif, une vieille Mercedes jaune immatriculée 47 BGB 2015, 3000 dinars irakiens (2,30 euros) jusqu'au marché d'Al-Mutanabi. C'était un mercredi, jour classique de marché. Le souk d'Al-Mutanabi : livres et négociationRue étroite, étouffante, littéralement des centaines de bouquinistes exposant leurs stock à même le sol. Nous avons goûté un café turc préparé sur un réchaud à gaz : 1500 dinars (1,15 euro), sucré, intense, avec cette texture granuleuse typique. Un libraire nous a vendu une vieille édition en arabe d'Um Kulthum pour 25 euros ; nous n'avions aucune idée si c'était une arnaque ou une bonne affaire, mais l'ambiance de négociation était palpable. Les vendeurs crient, les enfants courent entre les étagères, l'air sent l'encre ancienne et la sueur. Musée de Bagdad : loin d'être épargnéLe Musée archéologique national irakien (rue Al-Ma'amun) offrait une vue sombre sur la collection. Plusieurs salles demeuraient fermées pour rénovation. Les statues assyrienne et sumérienne restantes étaient impressionnantes, mais le bâtiment lui-même montrait des traces de dommages : impacts de balles sur les murs, vitres remplacées progressivement. Nous avons payé 10 000 dinars (7,60 euros) l'entrée. Visite très rapide, car les conditions d'accès peuvent être instables ; la sécurité locale nous a conseillé de ne pas rester longtemps seul. Jour 3-4 : route vers Najaf et le mausolée de l'Imam AliNous avons pris un minibus (Toyota Hiace blanc, affichage défaillant) via la compagnie Al-Ashtar, départ 7 h 30 du terminal sud de Bagdad, arrivée 11 h 15 à Najaf, 180 km, 15 euros par personne. La route traverse des zones pauvres, des checkpoints militaires. L'odeur de l'essence brûlée et de la climatisation défaillante du van était persistante. À Najaf, nous avons logé à la guest house Al-Imam près du mausolée : 50 euros la nuit, cuisine basique mais propre. Le mausolée de l'Imam Ali s'élève dans le centre de Najaf, dôme doré scintillant. Nous avons dû nous couvrir convenablement (jambes longues, cheveux pour les femmes), enlever nos chaussures, suivre un ritual strict. L'intérieur était bondé de pèlerins, l'air épais, chargé d'encens et de sueur concentrée. Moment intense, pas forcément confortable, mais clairement central pour les millions de visiteurs chiites. Aucune photo autorisée à l'intérieur. Nourriture et galères quotidiennesNous avons mangé du ma'amoul (pâtisserie farcie aux dates) au café Abu Adel, prix 2000 dinars (1,50 euros) les trois beignets. Un jour, notre taxi s'est arrêté sans raison, le moteur bloqué, durant 45 minutes en pleine rue. Le chauffeur disait « inshallah, inshallah » (si Dieu le veut) en fumant. Nous avons dû appeler un autre taxi. Petit épisode frustrant mais très représentatif de la vie quotidienne. Le biryani irakien mangé au restaurant Habiba Balady, rue Al-Rusheed : 12 euros le plat complet, riz longrains avec agneau, épices chaudes, accompagné d'un ayran salé. Problème de connexion : notre carte SIM locale (Asiacell, 30 euros pour 10 jours) s'est désactivée sans raison apparente jour 6. Le service clientèle du magasin était fermé le vendredi (jour saint), nous avons dû attendre samedi matin pour renouveler. Isolement total de notre groupe pendant 24 h. Jours 7-9 : Karbala et retour progressifExcursion d'un jour à Karbala (80 km sud), visite du mausolée de l'Imam Hussein, architecture semblable, affluence énorme (nous étions jour de ziyara, pèlerinage intensif). Covoiturage de 25 euros par personne, retour même jour. Karbala moins chaotique que Bagdad en apparence, mais tout aussi dense en histoire religieuse et en détails sensoriels troublants. Dernier jour, marché Shorja à Bagdad : brocante intense, vendeurs agressifs, odeurs de feuilles de menthe fraîche et d'épices grillées fusionnant. Nous avons acquis des tapis à bas prix (certains possiblement faux, mais peu importe). Repas d'adieu au restaurant Al-Mansour : tables en bois massif, vitraux colorés, brochettes de poulet grillé, 15 euros par personne.
Les bons plans repérés sur place.
Marché Al-Mutanabi à Bagdad : flâner mercredi matin entre les bouquinistes, prendre un café turc servi dans des verres minuscules
Mausolée de l'Imam Ali à Najaf : pèlerinage chiite fascinant, dôme doré visible de loin, ambiance religieuse dense
Musée archéologique irakien : sculptures sumériennes intactes malgré les années 2003-2017, horaires irréguliers
Rue Al-Ma'amun à Bagdad : bâtiment ottoman restauré partiellement, cafés traditionnels, atmosphère de détente locale
Minibus Al-Ashtar Bagdad-Najaf : trajet long mais prix bas, traversée du plateau désertique irakien, rencontres aléatoires avec pèlerins
Photos — Bagdad / Najaf
Et au final.
Dix jours intenses, loin du tourisme de masse habituel. L'Irak n'est pas une destination facile : infrastructure fragile, sécurité à évaluer jour par jour, hospitality contrastée. Mais nous avons senti une authenticity brute, des gens heureux de rencontrer des visiteurs, des trésors archéologiques et spirituels majeurs. Ce qu'on a moins aimé : le stress constant des coupures d'électricité, l'imprévisibilité des transports, et franchement, la sensation de fragilité générale qui rend chaque sortie moins détente que nous l'aurions souhaité.
